Tribunal d’Abidjan : La justice au service du pouvoir ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 03/03/2026 04:03:00

Tribunal d’Abidjan : La justice au service du pouvoir ?

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Le 27 février 2026, au tribunal de première instance d’Abidjan, le ministère public a requis trois ans de prison avec sursis et 500 000 francs CFA d’amende contre Calice Yapo, secrétaire exécutif du PDCI-RDA, pour « troubles à l’ordre public » après des propos tenus lors d’une réunion à Toumodi suite à l’annulation par le Conseil constitutionnel de la réélection d’Hervé Alliali. L’accusation porte sur la remise en cause de la décision constitutionnelle et la diffusion d’extraits sur les réseaux sociaux.

Je refuse de croire que la justice puisse devenir l’instrument de règlements politiques sans que la démocratie n’en paie le prix. Le procès de M. Yapo ressemble moins à une défense de l’ordre public qu’à une mise à l’épreuve de l’indépendance judiciaire, avec le risque palpable que les institutions se transforment en armes partisanes.

La décision du Conseil constitutionnel du 9 janvier 2026 annulant la réélection d’Hervé Alliali a déclenché une réunion de soutien le 10 janvier à Toumodi, suivie d’une élection partielle le 21 février 2026 remportée par le candidat du PDCI avec une large avance, selon la Commission électorale indépendante.

Je considère que la procédure engagée contre Calice Yapo pose une menace sérieuse à l’impartialité de la justice. Quand un responsable politique est poursuivi pour avoir contesté une décision institutionnelle lors d’un meeting, la ligne entre la liberté d’expression et la protection de l’institution devient trouble. Les tribunaux ne doivent pas servir de chambre d’écho pour apaiser des sensibilités politiques. La question centrale n’est pas seulement la nature des paroles prononcées; elle porte sur le choix de l’autorité judiciaire de transformer un débat politique en une affaire pénale.

L’utilisation visible de la justice contre des opposants rappelle des pratiques observées ailleurs, où des poursuites ciblées ont neutralisé la concurrence électorale. Dans certains pays, la justice a cessé d’être un arbitre pour devenir un joueur. Je vois ici un risque identique: l’instrumentalisation des institutions érode l’équité du jeu démocratique. Si l’appareil judiciaire peut intervenir pour sanctionner des discours jugés gênants, quel message reçoit l’électeur? Que la contestation se paie en criminalisation plutôt qu’en argumentation.

D’abord, l’argument procédural: les faits reprochés à M. Yapo relèvent majoritairement d’une scène politique locale et d’une rhétorique contestataire. Poursuivre pénalement un discours tenu devant des partisans, relayé ensuite sur des réseaux sociaux, banalise la conversion des tensions électorales en dossiers judiciaires. Ensuite, l’impact électoral: la menace d’une condamnation pèse sur la capacité des partis d’opposition à mobiliser, surtout dans des localités où les sensibilités historiques sont fortes. L’affaire Alliali, fils d’une famille symbolique, illustre comment le politique et le symbolique se mêlent pour alimenter des contentieux hors du champ strictement électoral. Enfin, le risque institutionnel: le public juge la justice aussi par ses choix de poursuites. Une justice perçue comme sélective perd sa légitimité; une fois la défiance installée, le système perd son rôle de garant neutre.

Je maintiens que cette procédure révèle une logique d’instrumentalisation potentielle. Le but affiché de protection de l’ordre public peut servir de prétexte pour intimider l’opposition. La temporalité compte: l’enquête et la réquisition interviennent après une annulation controversée, puis avant une élection partielle. Cette coïncidence nourrit l’idée d’un calcul politique. Comparer la justice à un arbitre impartial ne suffit pas si, sur le terrain, elle apparaît comme un entraîneur qui favorise l’équipe au pouvoir. Comparer encore à un match où l’arbitre brandit le carton pour chaque protestation de l’équipe adverse donne une image plus parlante pour le citoyen.

Les éléments de preuve portés en audience — extraits sonores partagés en ligne et témoignages de militants — ne suppriment pas la nécessité d’une appréciation stricte du contexte politique. Les magistrats doivent mesurer l’effet dissuasif d’une sanction sur la libre expression politique, surtout quand celle-ci se situe dans la zone grise entre invective et critique politique. La jurisprudence comparée montre que les démocraties stables protègent plus volontiers la parole politique, même rugueuse, plutôt que de la réprimer pénalement.

Je ne minimise pas l’importance de la protection de l’ordre public, mais je considère que la justice ne doit pas devenir un instrument de correction politique. Poursuivre Calice Yapo pour des propos tenus dans un contexte électoral ressemble à une tentative de discipliner l’opposition par la menace judiciaire, et cela fragilise la confiance des citoyens dans les institutions. Si la cour confirme ce type de logique, la séparation des pouvoirs n’aura pas seulement été théoriquement bafouée: elle aura été instrumentalisée au détriment de l’équité électorale, et c’est la démocratie qui en sortira affaiblie.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 03/03/202
6

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top