Le 23 février, plusieurs députés du groupe Pastef ont refusé l’invitation du président Bassirou Diomaye Faye à la rupture du jeûne au Palais de la République à Dakar. Cheikh Bara Ndiaye, Fatou Cissé Goudiaby, Cheikh Omar Bamba Diop et Seynabou Yacine Sambe ont rendu publiques leurs décisions en invoquant des divergences politiques et leur fidélité au leader Ousmane Sonko. Les parlementaires considèrent que la rencontre relève d’une logique partisane et non d’un rendez-vous institutionnel.
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Suite de l’article : Je refuse de m’émerveiller devant cette scène qui ressemble moins à une dissidence d’idées qu’à un théâtre d’ego. Ces refus, présentés comme des actes de principes, sentent la mise en scène et la préservation d’ambitions personnelles. Quand les députés parlent de fidélité au « projet Pastef », je veux y croire, mais je vois surtout des carrières qui se jouent à découvert.
La dissidence intervient après la prestation de serment du président élu et la formation d’une coalition présidentielle perçue comme distincte du parti. Les prises de position publiques révèlent une fracture visible au sein de la majorité parlementaire.
Je crois que ces divisions ne sont pas de simples désaccords tactiques; elles révèlent une maladie politique plus profonde: la primauté de l’ambition individuelle sur le projet collectif. Les déclarations de députés qui réclament des preuves d’alignement du chef de l’État ou qui refusent d’être « instrumentalisés » montrent une défiance calculée. Cette défiance ne naît pas dans le vide. Elle se nourrit d’une course aux postures, d’une recherche de visibilité et d’un calcul électoral à court terme.
La conséquence est double et corrosive. D’abord la cohérence programmatique du parti s’effrite. Quand des députés publics posent comme condition la preuve d’une loyauté envers un leader, ils transforment le débat politique en examen d’appartenance. Le projet politique devient une marque à défendre plutôt qu’un programme à mettre en œuvre. Le second effet est la perte de confiance chez l’électeur. Les citoyens ont porté Pastef pour un changement porté par des idées, pas pour un feuilleton d’allégeances. Voir des élus se déchirer publiquement renvoie l’image d’un collectif incapable de gouverner ses ambitions internes.
J’observe aussi un paradoxe: ceux qui se réclament le plus des principes brandissent parfois la tactique la plus cynique. Refuser une invitation institutionnelle sous prétexte de principe alors que l’on reste député au sein de la majorité ressemble à un chantage politique déguisé. On dirait une famille qui se dispute la direction d’une maison pendant que la maison brûle. On dirait aussi une équipe de football dont certains joueurs préfèrent l’éclat individuel aux passes collectives.
La crédibilité d’un parti naît de sa capacité à transformer des discours en actions. Or, ces tensions sapent la capacité de Pastef à présenter un programme stable et à le défendre devant l’opinion. Quand la ligne politique dépend des ambitions personnelles, les décisions publiques deviennent aléatoires. Les partenaires potentiels hésiteront à s’engager, les électeurs se désengageront, et la mise en œuvre des réformes se fera au rythme des tiraillements internes.
Les exemples récents de partis fragilisés par des querelles de leadership montrent que la répétition des ruptures publiques finit par diluer l’identité politique. Un dirigeant peut rassembler un temps autour d’un charisme; il ne peut gouverner durablement sans une équipe soudée autour d’un projet clair. Les discours sur la justice pour les « martyrs » ou la reddition des comptes prennent l’allure d’un vernis moral lorsque les mêmes acteurs multiplient les déclarations contradictoires.
Les sondages et les analyses électorales enseignent que la confiance est un capital fragile. Une majorité qui se fracture perd du crédit face aux problèmes quotidiens des citoyens: emploi, santé, éducation. Les enjeux programmatiques exigent une machine politique organisée et disciplinée. Sans cela, les promesses resteront des mots et les attentes populaires seront trahies.
Je maintiens que ces divisions montrent que les ambitions personnelles ont pris le pas sur le projet politique du parti. Cette dynamique met en danger la cohérence programmatique et la confiance des électeurs envers Pastef. Tant que le parti ne revoit pas ses mécanismes internes de décision et ne remet pas la primauté au projet collectif, il offrira aux observateurs l’image d’un navire sans capitaine capable de gouverner la tempête.
Je ne suis pas naïf: la politique est l’art de l’ambition. Mais quand l’ambition écrase le projet, elle devient destructrice. Les prises de position au Palais dévoilent une gravité que l’on ne peut balayer d’un revers de main: un parti qui se consume de l’intérieur perd son sens et sa raison d’être. Pastef, ses dirigeants et ses députés doivent choisir entre la course aux postures et la responsabilité de gouverner. Sans ce choix, les promesses de changement deviendront la variable d’ajustement d’intérêts privés, et les électeurs paieront la note.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 14/04/2026
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