L’actualité nous offre parfois des scènes qui, sous couvert de légalité, sentent furieusement l’esquive. celle de Guy Marius Sagna, député PASTEF, refusant de déférer à une convocation de la gendarmerie en invoquant son immunité parlementaire, en est une.
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Suite de l’article : Je ne peux m’empêcher de voir dans cette posture une manœuvre politique bien plus qu’un débat juridique. Et je le dis avec franchise : ce recours systématique à l’immunité, quand il sert à éluder la justice plutôt qu’à protéger la démocratie, est une menace pour l’État de droit.
L’immunité parlementaire n’est pas un privilège, mais un rempart contre les poursuites arbitraires visant à museler l’opposition. Au Sénégal, comme ailleurs, elle est encadrée par l’article 61 de la Constitution et le règlement de l’Assemblée. Pourtant, son usage récurrent ces derniers mois – que ce soit pour Sagna, Cheikh Bara Ndiaye, ou encore Farba Ngom, dont l’immunité a été levée à deux reprises pour des affaires de malversations financières – révèle une dérive. Quand des élus l’utilisent pour se soustraire à des investigations, même légitimes, ils transforment un mécanisme de protection en arme d’obstruction.
Pire, cette pratique s’inscrit dans un climat politique tendu, où PASTEF, parti au pouvoir, dénonce régulièrement une « instrumentalisation de la justice ». Ironie du sort : les mêmes qui hier critiquaient les convocations de Bassirou Diomaye Faye ou Ousmane Sonko sous Macky Sall reproduisent aujourd’hui les mêmes schémas. La justice devient un terrain de guerre politique, et l’immunité, un bouclier contre la transparence.
Guy Marius Sagna justifie son refus par un argumentaire juridique de quatre pages, censé prouver l’irrégularité de la convocation. Soit. Mais je me demande : si ses arguments sont si solides, pourquoi ne pas les défendre devant les juges ? Pourquoi se cacher derrière des textes plutôt que de les faire valoir en justice ? La réponse est simple : parce que l’objectif n’est pas de gagner un débat, mais de l’éviter.
Son discours est habile : il affirme ne pas manquer de respect à la gendarmerie ni à la justice. Pourtant, en refusant de se présenter, il sape l’autorité de l’État. Comment convaincre les Sénégalais que la justice est indépendante si les élus, eux-mêmes, choisissent quelles lois appliquer ? L’immunité n’est pas une carte blanche pour ignorer les institutions.
Premièrement, l’État de droit ne se négocie pas. Si chaque député peut décider unilatéralement de l’applicabilité des lois, nous glissons vers l’anarchie institutionnelle. En 2025, l’Assemblée a levé l’immunité de Farba Ngom pour des faits graves (blanchiment, corruption). Pourquoi ? Parce que la justice doit pouvoir enquêter sans entrave quand des soupçons pèsent sur des élus. Sagna, lui, ne fait l’objet que d’une convocation pour « une affaire le concernant » – une formule vague qui, précisément, justifierait qu’il clarifie les faits plutôt que de les fuir.
Deuxièmement, les comparaisons internationales sont accablantes. En France, les parlementaires peuvent être entendus par la police, sauf en cas de flagrance pour des faits liés à leur mandat. En Afrique du Sud, l’immunité est levée dès qu’un juge l’estime nécessaire. Au Sénégal, certains semblent croire qu’elle est absolue – une exception dangereuse. Quand des pays comme le Nigeria ou le Ghana, souvent critiqués pour leur instabilité politique, parviennent à faire répondre leurs élus devant la justice, pourquoi le Sénégal, souvent cité en exemple, reculerait-il ?
Enfin, le message envoyé est désastreux. Si un député peut ignorer une convocation sous prétexte d’immunité, que dire au citoyen lambda convoqué pour un délit mineur ? L’égalité devant la loi n’est pas un concept à géométrie variable. En agissant ainsi, Sagna et ses pairs alimentent la défiance envers les institutions – la même défiance qu’ils dénoncent par ailleurs.
Je ne conteste pas le droit de Guy Marius Sagna à se défendre. Mais je refuse l’idée que l’immunité parlementaire doive servir de paratonnerre contre toute investigation. La démocratie sénégalaise mérite mieux que ces jeux de pouvoir où la justice est tantôt un outil, tantôt un obstacle.
L’État de droit se construit sur des règles claires et appliquées à tous. Quand des élus les contournent, ils trahissent la confiance que le peuple a placée en eux. À force de jouer avec les limites, on finit par les faire sauter. Et c’est toute la démocratie qui en paie le prix.
Alors oui, je le dis sans détour : l’immunité de Sagna sent l’esquive. Et si rien ne change, demain, ce sera la justice elle-même qui sera en procès.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 04/06/2026
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