Réparations, actes, justice : Le vrai test pour PASTEF - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Eva | Publié le 11/06/2026 08:06:00

Réparations, actes, justice : Le vrai test pour PASTEF

Le discours d’Ousmane Sonko à Diamniadio, où il a rendu un hommage vibrant aux militants emprisonnés, blessés ou disparus lors des manifestations de 2021 à 2024, a marqué les esprits.

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Suite de l’article : Pourtant, derrière les mots solennels et les références aux valeurs de jom ou de kersa, je ne peux m’empêcher de voir une stratégie de communication habile, mais creuse. Car si l’émotion est nécessaire, elle ne suffit pas à prouver la sincérité d’un engagement. Aujourd’hui, Sonko et son parti, PASTEF, détiennent les leviers du pouvoir. Alors, où sont les actes ?

La loi d’amnistie adoptée en mars 2024 sous Macky Sall visait à apaiser les tensions politiques en effaçant les infractions liées aux violences survenues entre 2021 et 2024. Elle a permis la libération de centaines de détenus, dont Sonko lui-même et Bassirou Diomaye Faye, aujourd’hui président. Mais pour les familles des victimes, cette loi est une insulte : elle a scellé l’impunité pour des dizaines de morts, des tortures et des violences d’État. Pendant sa campagne, Sonko a promis son abrogation pure et simple. Une promesse répétée, y compris lors de sa déclaration de politique générale en décembre 2024.

À Diamniadio, Sonko a martelé : « Une révolution qui oublie ses martyrs finit toujours par oublier son peuple. » Pourtant, force est de constater que son gouvernement a choisi la demi-mesure. Au lieu d’abroger la loi, PASTEF a proposé une « loi interprétative » pour en limiter la portée. Pire : cette manœuvre a été rejetée par l’Assemblée nationale, puis censurée par le Conseil constitutionnel en avril 2025, qui a déclaré son article principal contraire à la Constitution. Résultat ? La loi d’amnistie reste en vigueur, et les familles des victimes attendent toujours justice.

Sonko dispose aujourd’hui de la majorité parlementaire. Si la justice pour les victimes était une priorité, pourquoi ne pas avoir immédiatement déposé un projet de loi d’abrogation ? Pourquoi se contenter d’une interprétation juridiquement contestable ? Les Sénégalais ne sont pas dupes : un hommage en discours ne vaut pas un vote en séance plénière.
En Afrique du Sud, la Commission vérité et réconciliation a montré que la réconciliation passe par des aveux publics et des réparations. Au Sénégal, on se contente de symboles. Pendant ce temps, les responsables des violences de 2021-2024 dorment sur leurs deux oreilles.

En Tunisie, après 2011, la loi sur la justice transitionnelle a permis des poursuites contre les anciens dignitaires du régime Ben Ali. Au Rwanda, les gacaca ont offert une justice, même imparfaite, aux victimes du génocide. Au Sénégal, on tergiverse. On préfère les effets d’annonce – comme cette « abrogation imminente » promise en décembre 2024 – aux réformes concrètes.

Je ne nie pas la sincérité de Sonko quand il évoque les sacrifices des militants. Mais la mémoire des victimes exige plus que des larmes versées sous les projecteurs. Elle exige des lois, des poursuites, des réparations. PASTEF a les moyens de son ambition. Alors, que manque-t-il ? Du courage ? De la volonté ? Les Sénégalais, eux, n’oublieront pas. Et ils jugeront non pas sur les discours, mais sur les décisions. En attendant, l’émotion reste un leurre, et la justice, une promesse en suspens.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 11/06/202
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