Je refuse la logique qui transforme la parole publique en délit. La condamnation de Ras Bath et de l’influenceuse Rokia Doumbia me semble moins un jugement que l’installation d’un précédent répressif : frapper deux voix populaires en pleine lumière pour intimider toutes les autres.
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Suite de l’article : Je considère cette peine comme un avertissement brutal adressé aux radios, aux réseaux sociaux et aux citoyens : parlez, et vous risquez la prison. C’est un étouffoir posé sur le débat.
Les faits sont simples et glaçants : une figure médiatique et une créatrice de contenu sont privées de liberté sur des motifs liés à la réputation de l’État et à une qualification d’association. Les images de soutien et les cris « Libérez Ras Bath ! » ont montré l’ampleur du soutien populaire, mais elles n’ont pas fait plier la machine judiciaire.
Le procureur a d’ailleurs explicitement dit que l’objectif était d’éloigner le chroniqueur des ondes et des réseaux, en le présentant comme « un danger pour les actuelles autorités ». Quand le tribunal semble répondre à une injonction politique plutôt qu’à la délibération d’arguments, le message envoyé aux journalistes est limpide : mieux vaut taire ses critiques que risquer une condamnation exemplaire.
Je vois déjà les conséquences concrètes. Les radios locales et les pages qui relatent l’actualité vont choisir la prudence, puis la censure soft, puis l’absence totale d’enquête critique. Les citoyens vont apprendre à mesurer leurs mots, à effacer leurs commentaires, à ne plus partager d’analyses qui dérangent. Le procès agit comme un filtre : il retient la parole vive et laisse passer la langue prudente. C’est comme fermer la grande place d’un marché : sans cette agora, les idées ne circulent plus et les rumeurs occupent l’espace laissé vide. C’est aussi comparable à couper le micro d’une bibliothèque : on prive l’espace public de ses sons utiles.
La portée politique dépasse les personnes jugées : dans un pays où les formations politiques sont contraintes à l’anonymat et où la contestation tient souvent à peine sur des réseaux, frapper des têtes visibles vise l’exemplarité. Ceux qui détiennent aujourd’hui l’autorité comprennent la mécanique du prestige médiatique et la craignent. On remet en garde par la violence judiciaire pour empêcher l’agrégation d’une colère populaire capable de tenir un discours collectif et audible. Le résultat est simple et cruel : la démocratie se dévitalise quand le coeur du débat, la critique accessible, est muselé.
Je rejette l’argument selon lequel la justice ferait seulement son travail. Le pouvoir judiciaire est aussi socialement situé, et quand il sert de bras aux peurs d’un régime, il légitime la peur chez tous. La défense parle déjà d’appel, des voix réclament la grâce, mais ces recours ne résorbent pas l’effet dissuasif immédiat. Les médias indépendants, les acteurs civiques et les citoyens ordinaires constatent la nouvelle règle du jeu : la parole publique a désormais un prix élevé.
J’affirme que condamner des voix populaires pour dissuader les autres est une méthode politique, pas une sanction neutre. En réduisant la dispute publique à un silence surveillé, on sacrifie l’espace vital où se produisent la vérité, l’éducation civique et la contestation non violente. Si la société accepte ce tarif de la parole, elle consent à vivre sans débat. Moi, je refuse que la peur devienne la condition normale du dialogue.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 30/08/2026
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