Dix ans de silence : Au Gabon, les blessures de 2016 restent ouvertes - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 09/09/2026 05:09:00

Dix ans de silence : Au Gabon, les blessures de 2016 restent ouvertes

Dix ans ont passé depuis la crise post-électorale qui a profondément marqué le Gabon. Pourtant, lorsque je repense aux événements de la nuit du 31 août au 1er septembre 2016, j’ai le sentiment que cette page n’a jamais véritablement été tournée.

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Suite de l’article : Derrière les années écoulées, il reste des familles endeuillées, des blessés, des traumatismes et surtout une question qui demeure : que s’est-il réellement passé ?

À l’époque, l’annonce de la réélection d’Ali Bongo avait provoqué une vive contestation. L’assaut contre le quartier général de Jean Ping, suivi de plusieurs jours de violences à Libreville, avait plongé le pays dans le chaos. Pillages, affrontements et répression avaient laissé des traces profondes. Mais dix ans plus tard, le bilan humain exact et les responsabilités restent encore entourés de nombreuses zones d’ombre.

Personnellement, c’est cette absence de réponses qui me dérange le plus. Je peux comprendre qu’un pays cherche à avancer après une période aussi douloureuse. Je peux également comprendre la volonté de préserver la stabilité. Mais avancer ne signifie pas nécessairement oublier. À mes yeux, une société ne peut véritablement tourner la page que lorsqu’elle accepte de regarder son passé en face.

Les témoignages de victimes montrent d’ailleurs que 2016 n’appartient pas seulement à l’histoire. Pour certains survivants, cette période continue de peser sur leur quotidien. Les souvenirs des morts, des violences et des blessures restent présents. C’est pourquoi je comprends ceux qui demandent aujourd’hui l’ouverture d’une véritable enquête.

Je considère qu’une enquête sérieuse ne devrait pas être perçue comme une vengeance politique. Elle devrait plutôt permettre d’établir les faits, d’identifier les responsabilités et de donner enfin une place officielle à la parole des victimes. Qui a donné les ordres ? Qui les a exécutés ? Qui savait ? Qui pouvait empêcher certaines violences ? Ces questions méritent des réponses.

Depuis le changement de régime de 2023, une nouvelle possibilité semble pourtant exister. Le pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema a entrouvert la porte à une prise en charge des blessés de 2016. Mais le sujet reste sensible, notamment parce que plusieurs responsables sécuritaires encore présents dans les institutions exerçaient déjà des fonctions importantes à cette époque.

Je comprends donc les prudences politiques. Je comprends aussi que les autorités puissent craindre de rouvrir une période qui divise encore la société. Mais je pense que le silence comporte lui aussi un risque. Lorsque les blessures ne sont jamais reconnues, elles peuvent se transmettre d’une génération à l’autre.

Pour moi, la réconciliation ne peut pas simplement être un mot prononcé lors des cérémonies officielles. Elle doit être accompagnée d’une volonté réelle de comprendre ce qui s’est passé. Une commission vérité, justice et réconciliation pourrait constituer une piste, à condition qu’elle dispose d’une réelle indépendance et qu’elle permette aux victimes de s’exprimer librement.

Je crois surtout qu’il faut éviter de transformer cette quête de vérité en règlement de comptes. La justice doit être guidée par les faits, pas par les appartenances politiques. Ceux qui sont innocents doivent pouvoir le démontrer, et ceux dont la responsabilité serait établie doivent répondre de leurs actes.

Dix ans après, je pense donc que le Gabon a besoin de regarder 2016 sans peur. Non pour raviver les divisions, mais pour empêcher qu’elles ne se reproduisent. Une nation ne devient pas plus fragile parce qu’elle reconnaît ses blessures. Au contraire, elle devient plus forte lorsqu’elle accepte de les soigner.

À mes yeux, la véritable réconciliation ne commencera pas lorsque les Gabonais auront cessé de parler de 2016. Elle commencera lorsque chacun pourra enfin parler de cette période sans craindre le silence, la pression ou l’oubli.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 09/09/2026

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