Le chroniqueur observe une injustice criante: pendant que l’État proclame des milliards dépensés, les villages du Sahel restent privés d’eau, d’écoles et de soins.
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Suite de l’article : Cette situation n’est pas l’effet d’une maladresse administrative, mais le produit d’un choix politique et d’une mécanique de détournement qui organise l’abandon. La position est nette et sans complaisance: ces dépenses publiques servent d’abord une élite concentrée à Dakar, et non les populations qui travaillent la terre et élèvent les enfants.
Dans les campagnes, l’eau manque au quotidien, les routes deviennent impraticables à la saison sèche, les maternités fonctionnent parfois à la bougie. Les habitants posent la même question depuis des années: « Où passe cet argent ? » Les réponses officielles restent vagues, tandis que les marchés urbains et les grands chantiers absorbent des enveloppes considérables. Le constat couvre Matam, Tambacounda, Kolda et Diourbel: le contraste entre la vitrine urbaine et la réalité rurale ressemble à un fossé creusé volontairement.
L’analyse montre plusieurs engrenages. D’abord, la centralisation budgétaire favorise des projets visibles et spectaculaires qui donnent des retombées politiques immédiates, mais qui laissent les besoins de base sans financement. Ensuite, l’opacité des marchés publics et l’absence de contrôles indépendants créent un terrain propice aux surfacturations, aux facturations fictives et aux contrats attribués à des sociétés liées à des décideurs. Enfin, l’absence de décentralisation réelle empêche les collectivités locales de décider de priorités adaptées, ce qui transforme l’aide en une logique de clientélisme.
Ces mécanismes nourrissent l’injustice sociale de plusieurs manières. Quand l’eau potable est inaccessible, les femmes perdent des heures de travail et les enfants perdent des jours d’école; quand les centres de santé manquent de médicaments et d’électricité, la mortalité évitable devient une condition ordinaire. La mauvaise allocation des ressources produit une migration forcée vers Dakar ou vers l’étranger, et la perte de main-d’œuvre alimente la fragilité économique des régions. C’est une violence lente, administrée par des décisions budgétaires en faveur d’intérêts concentrés.
La corruption publique n’est pas une série d’écarts isolés, elle fonctionne comme un système: budgets gonflés pour des projets urbains, marges pour les intermédiaires, et peu de sanctions pour ceux qui détournent. Les propositions techniques existent, par exemple l’irrigation via le barrage de Diama ou la construction d’une usine de dessalement à Potou pour alimenter Diourbel et Kaolack, mais elles échouent si les financements sont captés avant d’atteindre les bénéficiaires. Le gouvernement finance la visibilité plutôt que l’efficacité, comme on bouche une fuite d’eau en repeignant la pièce au lieu de réparer la canalisation.
Des pistes émergent pour inverser la tendance: instaurer une véritable transparence des marchés, rendre obligatoire la publication des contrats et des livrables, transférer des budgets décisionnels aux collectivités locales et renforcer les contrôles judiciaires indépendants. Ces mesures se heurtent aux intérêts enracinés, mais elles restent les seules à briser le cycle où l’argent public alimente l’enrichissement privé plutôt que le bien commun.
La conclusion ne cherche pas à apaiser: la mauvaise allocation des milliards est une faute politique qui normalise la privation et la corruption. Tant que les ressources resteront gérées selon la logique de l’élite et non selon les besoins réels des territoires, le Sahel continuera d’être la grande oubliée d’un développement proclamé. Le réveil exige d’affronter les pratiques qui détournent l’argent public et de rendre aux villages les moyens de vivre dignement.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Ramatoulaye T.
Mis en ligne : 13/09/2026
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