Niger : Ces accusations qui risquent d’embraser davantage le Sahel - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 10/09/2026 05:09:00

Niger : Ces accusations qui risquent d’embraser davantage le Sahel

L’article publié ce 2 septembre 2026, révélant les accusations portées par un capitaine nigérien contre la Côte d’Ivoire, le Bénin, la France, le Tchad et la Cédéao pour leur présumé soutien à la mutinerie des 28 et 29 août, m’a profondément interpellé.

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Suite de l’article : Si ces allégations restent à prouver, je ne peux m’empêcher de dénoncer, avec une ferme mais polie indignation, l’instrumentalisation dangereuse de la défiance qui gangrène aujourd’hui les relations au Sahel. Ce témoignage, diffusé sans preuve tangible par la télévision d’État, n’est pas un hasard : il illustre une crise de confiance institutionnelle qui menace de plonger la région dans un chaos durable.

La région est depuis des années le théâtre d’une ceinture de coups d’État — Mali, Burkina Faso, Niger, Gabon — où les juntes militaires, une fois au pouvoir, rompent systématiquement avec leurs anciens partenaires, notamment la France et la Cédéao. Le retrait effectif du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la Cédéao depuis janvier 2025, et la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont scellé une division profonde. Pire, les mécanismes de coopération sécuritaire, comme le G5 Sahel ou l’Initiative d’Accra, sont aujourd’hui enrayés, remplacés par des accusations croisées d’ingérence. Les liens économiques et sociopolitiques, autrefois solides entre le Niger et le Bénin ou la Côte d’Ivoire, se distendent sous le poids de la méfiance.

Dans ce climat, chaque événement — comme l’attaque de l’aéroport de Niamey en juin 2026, attribuée par le général Tiani à des acteurs « soutenus par la France » — devient un prétexte pour alimenter la paranoïa collective. Les réactions, comme celle du président tchadien Mahamat Idriss Déby citant un verset du Coran pour dénoncer le mélange de « faux et de vérité », montrent à quel point les mots pèsent lourd dans un contexte aussi polarisé.

Le capitaine Roger Gabriel, inconnu jusqu’ici, affirme avoir été contacté par des insurgés nigériens et des militaires tchadiens pour soutenir la mutinerie. Il évoque même une intervention « pilotée par les autorités et les forces spéciales françaises ». Pourtant, aucune preuve n’étaye ces déclarations. Le silence assourdissant des cadres de la junte, à commencer par le général Tiani, est révélateur : pourquoi ne pas rendre publics les enregistrements des appels ou les éléments concrets si l’enjeu est aussi grave ?

Ce qui me frappe, c’est l’absence de transparence sur le bilan des affrontements entre les rebelles et la garde présidentielle, soutenue par les forces russes d’Africa Corps. Si la junte cherche à mobiliser l’opinion contre ses « ennemis », elle se garde bien de communiquer sur les pertes humaines ou les dégâts matériels. Une opacité qui, à mes yeux, dénote une volonté de manipuler l’information plutôt que de l’éclairer.

Premièrement, ces allégations aggravent les fractures régionales. La Cédéao, déjà affaiblie par le retrait de trois de ses membres, voit sa crédibilité sapée. Les pays côtiers, comme le Bénin ou la Côte d’Ivoire, sont désignés comme des ennemis, alors qu’ils partagent avec le Niger des défis communs, notamment la menace jihadiste. Diviser pour mieux régner semble être la stratégie, mais à quel prix ? Celui d’un Sahel isolé, où la coopération sécuritaire — autrefois vitale contre le terrorisme — devient un luxe inaccessible.

Deuxièmement, ces accusations risquent d’enclencher une spirale de représailles. Si le Tchad, la Côte d’Ivoire ou la France réagissent à ces sous-entendus, la région pourrait basculer dans un conflit ouvert. Déjà, en février 2026, le général Tiani avait accusé Paris d’être responsable de l’attaque de l’aéroport de Niamey, avant que cette dernière ne soit revendiquée par l’État islamique dans le Sahel. Jouer avec le feu des accusations non fondées, c’est prendre le risque de brûler toute la région.

Enfin, cette affaire révèle une dérive autoritaire. En l’absence de preuves, le recours à des témoignages non vérifiés pour discréditer des adversaires politiques — comme les proches de l’ancien président Bazoum — rappelle les pires heures des régimes répressifs. Quand la parole d’un seul suffit à condamner des États ou des institutions, la démocratie recule.

Le Niger n’est pas un cas isolé. Au Mali, la junte d’Assimi Goïta a rompu tous les accords militaires avec la France, accusant Paris de « néo-colonialisme ». Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a suivi la même voie, expulsant les troupes françaises et se tournant vers la Russie. Dans les deux cas, les accusations d’ingérence ont servi à légitimer des choix politiques controversés, comme le retrait de la Cédéao ou l’adoption du russe comme langue officielle.

Pourtant, ces pays paient aujourd’hui le prix de leur isolement : affaiblissement économique, montée de l’insécurité, et perte de confiance des partenaires internationaux. Le Niger semble emboîter le pas, comme si la région avait tiré aucun enseignement de ces échecs.

Je ne nie pas que les tensions entre le Niger et ses voisins, ou avec la France, soient réelles. Mais accuser sans preuve, c’est attiser les braises d’un conflit qui pourrait consumer le Sahel. La junte nigérienne, en instrumentalisant ces soupçons, alimente un climat de paranoïa où chaque État devient un ennemi potentiel. Pire, elle détourne l’attention des vrais défis : la pauvreté, le terrorisme, et la nécessité d’une gouvernance stable.

Le Sahel a besoin de dialogue, pas de boucs émissaires. Les accusations du capitaine Roger Gabriel, si elles ne sont pas étayées, ne font que creuser les fossés et éloigner toute perspective de paix. Je le dis avec fermeté : la région mérite mieux que cette diplomatie de la suspicion, où la parole vaut preuve et où la défiance prime sur la raison. Il est temps de remplacer les coups de gueule par des actes concrets de réconciliation — avant qu’il ne soit trop tard.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/09/2026

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