Un projet de téléphérique entre Diamniadio et Dakar a récemment été évoqué dans une interview du directeur général du Conseil exécutif des transports urbains durables (Cetud), Dr Thierno Birahim Aw. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie de transformation des systèmes de transport urbain, présentée comme innovante, inclusive et climato-résiliente.
Ce projet, soutenu par la Société financière internationale (SFI), fait partie d’un ensemble de quatre axes ambitieux, visant à moderniser le réseau de transport de la capitale sénégalaise.
Mais, malgré le vernis technique et environnemental, ce projet est non seulement inopportun, mais également injustifiable dans un pays où les urgences sociales et environnementales s’accumulent, sans réponse concrète.
À l’heure où les banlieues s’enfoncent chaque année dans les eaux boueuses dès les premières pluies, où l’accès à l’eau potable demeure un luxe pour de nombreuses familles, où l’assainissement est encore inexistant dans plusieurs quartiers populaires, les autorités optent pour des projets spectaculaires et dispendieux.
Pourquoi investir des milliards dans un téléphérique à Diamniadio, alors que des zones comme Keur Massar, Pikine, ou encore Guédiawaye sont régulièrement submergées dès les premières pluies ? Pourquoi songer à relier le Ter à un téléphérique, pendant que certaines régions de l’intérieur ne disposent même pas de l’électricité ou d’un hôpital digne de ce nom ?
Les partisans du projet avancent des arguments techniques solides : densité urbaine croissante, congestion routière, pollution… Certes, ce sont des problèmes réels. Mais la réponse apportée ici semble davantage pensée pour un segment restreint de la population, celle qui vit ou travaille dans les pôles modernes et « attractifs » de Dakar et Diamniadio. À l’inverse, les habitants des quartiers précaires sont relégués, une fois encore, au second plan.
L’approche gouvernementale, fondée sur une « modernité vitrine », favorise les investissements spectaculaires au détriment des infrastructures de base. Cela reflète un choix politique clair : celui de l’apparence plutôt que de la substance.
Si l’on observe d’autres pays confrontés à des défis similaires, comme le Rwanda ou le Maroc, les priorités sont recentrées sur les besoins fondamentaux : l’habitat social, la santé, l’éducation de base, et les systèmes d’assainissement. Ces pays démontrent qu’il est possible de viser le progrès sans pour autant perdre de vue les réalités du plus grand nombre.
Le téléphérique peut être utile dans des contextes de relief difficile ou de surcharge extrême de mobilité. Mais au Sénégal, ce n’est pas un besoin urgent. Il y a des dizaines d’autres priorités qui attendent, et chaque franc CFA dépensé doit répondre d’abord aux nécessités de survie et de dignité des citoyens.
L’heure est à la réorientation des investissements publics. Nous n’avons pas besoin d’un téléphérique. Nous avons besoin d’un réseau d’assainissement fiable, de transports accessibles aux banlieues, d’une couverture sanitaire étendue, et d’infrastructures éducatives et routières dans les régions oubliées.
Il faut cesser de construire pour impressionner, et de commencer à construire pour soulager. Le Sénégal ne manque pas d’ingéniosité, mais de sens des priorités. C’est un appel direct aux autorités : écoutez les populations. Le progrès, le vrai, commence là où l’humain est placé au centre.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Jean Goudiaby.
Mis en ligne : 23/06/2025
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