Le franc CFA : Un piège dont l'Afrique ne peut s'échapper - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 12/01/2026 08:01:45

Le franc CFA : Un piège dont l'Afrique ne peut s'échapper

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Le franc CFA, créé en 1945, célèbre cette année ses 80 ans d’existence. Initialement conçu comme une monnaie pour les colonies françaises d’Afrique, il est aujourd’hui perçu par beaucoup comme un symbole de la dépendance économique persistante des anciennes colonies vis-à-vis de la France. Malgré des décennies de promesses de développement et de coopération, le système CFA semble révéler l’incapacité des élites africaines à revendiquer une véritable souveraineté monétaire.

Le franc CFA, qui signifie « franc des colonies françaises d’Afrique », a été instauré pour stabiliser les économies des colonies françaises après la Seconde Guerre mondiale. À sa création, sa valeur était fixée à 1,70 franc français. Ce lien monétaire a permis à la France de maintenir un contrôle sur les économies africaines, facilitant ainsi l’accès à ses ressources tout en limitant l’autonomie économique des pays africains. Bien que des réformes aient été proposées, comme le changement de la monnaie d’ancrage au profit de l’euro, les structures fondamentales du système demeurent intactes.

Huit décennies après sa création, le franc CFA n’a pas réussi à favoriser un développement économique significatif dans les pays qu’il dessert. Les taux de croissance, bien que présentés comme encourageants, masquent une stagnation alarmante. Par exemple, le PIB réel par habitant de la Côte d’Ivoire est inférieur de 21,6 % à son niveau de 1978, illustrant une régression économique malgré des taux de croissance positifs. Les pays de la zone franc, qui comptent plus de 220 millions d’habitants, continuent de dépendre d’une structure monétaire héritée de la colonisation, sans avoir développé une politique monétaire autonome.

Les élites africaines, en acceptant ce système, semblent renoncer à leur capacité de gérer une monnaie de manière indépendante. Alors que des pays comme les Seychelles, avec une population bien moindre, parviennent à gérer leur propre monnaie, les nations de la zone franc sont contraintes de suivre les directives de la France. En outre, les réserves de change des pays de la zone CFA restent sous le contrôle du Trésor français, limitant davantage leur capacité à revendiquer une souveraineté monétaire. Les sanctions financières imposées à des dirigeants comme Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ou Assimi Goïta au Mali soulignent cette dépendance et la vulnérabilité des gouvernements face à l’influence française.

Le système CFA, après 80 ans, met en lumière l’incapacité des élites africaines à s’émanciper d’un héritage colonial. Malgré des tentatives de réforme, les structures de pouvoir et les mécanismes de contrôle restent largement inchangés. Les pays de la zone franc, en dépit de leur potentiel économique, continuent de faire face à des défis structurels qui entravent leur développement. La dépendance à l’égard d’une monnaie fixée à l’euro, sans politiques économiques internes solides, démontre une absence de volonté ou de capacité à revendiquer une autonomie réelle.

Les statistiques révèlent que le commerce intra-zone est remarquablement faible, atteignant seulement 1,5 % en Afrique centrale. De plus, les taux de bancarisation dans ces pays sont parmi les plus bas au monde, ce qui entrave l’accès au capital et limite les opportunités économiques. Les élites africaines, malgré des décennies de « coopération monétaire », n’ont pas réussi à établir des institutions financières autonomes capables de soutenir un développement durable.

L’existence du franc CFA après 80 ans souligne les défis persistants auxquels font face les pays africains pour revendiquer leur souveraineté monétaire. Les structures héritées de la colonisation continuent de façonner les économies africaines et limitent leur développement. Alors que le monde évolue, la nécessité d’une véritable autonomie monétaire devient de plus en plus pressante pour les nations de la zone franc, qui doivent repenser leur place dans l’économie mondiale.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Pierre Gomis.
Mis en ligne : 12/01/202
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