Un an après l’alternance : Le PASTEF peine à incarner la rupture promise - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 18/01/2026 12:01:00

Un an après l’alternance : Le PASTEF peine à incarner la rupture promise

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L’entretien accordé par l’ancien ministre Seydou Gueye après le discours du président Bassirou Diomaye Faye à la nation, le 31 décembre 2025, offre une analyse sans fard d’un régime qui, un an après son arrivée au pouvoir, peine à incarner la rupture promise. À en croire M. Gueye, le PASTEF serait marqué par une « triple panne de projet, de méthode et de leadership », reproduisant les travers de l’ère Macky Sall plutôt que d’inventer une nouvelle voie. Si l’alternance démocratique de 2024 avait soulevé l’espoir d’un Sénégal renouvelé, force est de constater que le nouveau pouvoir semble marcher « sur les pas » de son prédécesseur, assumant l’héritage du Plan Sénégal Émergent (PSE) sans en égaler les résultats, et reconnaissant, implicitement, la « grandeur » de Macky Sall. Une situation qui interroge : à quoi sert une alternance si elle ne produit qu’une continuité déceptive ?

Le Plan Sénégal Émergent (PSE), lancé en 2014 sous Macky Sall, avait pour ambition de transformer structurellement l’économie sénégalaise, avec des infrastructures majeures, une croissance soutenue et une réduction de la pauvreté. Malgré des réalisations incontestables (autoroutes, aéroport, centrales électriques), le bilan social restait mitigé : croissance proche du taux démographique, pauvreté persistante, et dépendance aux bailleurs internationaux. Le PASTEF, porté par une jeunesse en rupture et des classes moyennes assoiffées de changement, avait fait campagne sur la promesse d’une refonte radicale : transparence dans la gestion des ressources naturelles, souveraineté économique, et justice sociale. Pourtant, un an après l’élection de Bassirou Diomaye Faye, les signes d’une continuité troublante s’accumulent.

En opposition, le PASTEF accusait Macky Sall d’avoir « siphonné » les revenus pétroliers. Pourtant, depuis son arrivée, le nouveau régime a recentralisé la gestion du pétrole à la présidence, sans clarifier la destination des revenus. Alors que le Sénégal a produit près de 17 millions de barils en 2024, générant 950 millions de dollars, la part allouée aux Sénégalais reste floue – seulement 10 % de « contribution institutionnelle », selon Seydou Gueye. Pire, les contrats pétroliers hérités de l’ère Sall, critiqués pour leur opacité, n’ont toujours pas été renégociés de manière transparente. Le président Faye a bien annoncé un audit et la création d’un fonds intergénérationnel, mais les Sénégalais attendent toujours des comptes clairs.

Le cas de l’arachide est emblématique. Entre 2022 et 2023, 96 milliards de FCFA avaient permis de récolter 1,5 million de tonnes. Sous le PASTEF, 120 milliards ont été investis pour une production de 731 000 tonnes en 2024-2025 – soit deux fois moins. Les causes ? Semences de mauvaise qualité, absence de coordination, et une taxe à l’export de 40 FCFA/kg qui a poussé les exportateurs au boycott. Résultat : plus de 250 milliards dépensés en deux ans pour un effondrement de la production, et des paysans payés en « petits tickets » plutôt qu’en cash. Une régression qui rappelle les pires heures du modèle colonial, alors que le PRACAS (programme de diversification agricole sous l’ancien régime) avait permis d’atteindre 3 millions de tonnes de production horticole par an.

Le régime Faye-Sonko se targue d’avoir rompu avec le FMI, mais il a simplement remplacé la dette extérieure par un endettement domestique tout aussi vertigineux. La dette publique, déjà à 76 % du PIB en 2024 sous Macky Sall, continue de peser, sans que les projets financés ne soient visibles. La pression fiscale, elle, n’a jamais été aussi forte : « C’est taxé partout », résume Seydou Gueye, évoquant même une taxation prochaine des tontines. Une « souveraineté » bien coûteuse pour des citoyens déjà à bout.

Le Sénégal reste un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, avec trois alternances pacifiques depuis 2000. Pourtant, les dérives autoritaires se multiplient : emprisonnements de journalistes, instrumentalisation de la justice, et détentions politiques (cas Farba Ngom, famille Madiambale). L’OFNAC, « relookée » mais sans réforme de fond, illustre cette démocratie de façade. Comme le note l’économiste Ndongo Samba Sylla, « même quand vous avez une alternance au Sénégal, le programme est défini avec le FMI ».

À l’instar du Ghana ou du Nigeria, le Sénégal montre que l’alternance ne suffit pas à garantir le changement. Comme au Mali, où la renégociation des contrats miniers a buté sur les réalités géopolitiques, le PASTEF se heurte à la complexité des engagements internationaux et à la résistance des élites économiques. Pourtant, contrairement à ces pays, le Sénégal bénéficiait d’institutions solides et d’une tradition de dialogue. Les réformes institutionnelles annoncées (révision de la Constitution, code électoral) semblent surtout destinées à occulter l’absence de projet économique crédible.

Seydou Gueye a raison de souligner une « continuité » avec l’ère Sall. Le PASTEF a hérité d’un pays en crise, mais il a aussi repris ses méthodes : opacité, clientélisme, et une gestion économique qui privilégie les annonces aux résultats. Un an après, le bilan est clair : l’alternance n’a pas produit le changement attendu. Pire, elle risque de discréditer l’idée même de renouvellement démocratique, si les promesses de rupture ne sont que des mots.

Comme le disait l’ancien ministre, « le problème du Sénégal n’est pas institutionnel, il est économique et social ». Tant que le PASTEF ne proposera pas une vision claire pour sortir de la « triple panne » qu’il dénonce, les Sénégalais pourraient bien se demander : à quoi bon voter, si c’est pour recommencer ?

Le PASTEF saura-t-il, en 2026, transformer l’essai et incarner enfin la rupture promise ? Ou l’alternance de 2024 ne restera-t-elle qu’un épisode de plus dans l’histoire des espoirs déçus ? L’avenir le dira, mais les Sénégalais, eux, attendent des actes.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ibrahim Diop.
Mis en ligne : 18/01/202
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