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Le chroniqueur n’hésite pas : la célébration des outils connectés et des drones pour l’agriculture sénégalaise masque une réalité cruelle, celle d’une modernisation réservée à une minorité. L’enthousiasme médiatique pour les startups masque la misère technique et financière des petits exploitants. Plutôt que de transformer la vie des paysans, ces innovations créent une vitrine technologique où la majorité reste exclue, sans équipements, sans crédits et sans formation adéquate.
La scène agricole sénégalaise accueille des jeunes entreprises qui vantent des pompes pilotables, des plateformes vocales et des systèmes d’intelligence artificielle pour l’agroalimentaire. Dans les salons et lors des concours, ces projets reçoivent des prix et des subventions symboliques. Sur le terrain, cependant, la petite exploitation familiale conserve des outils traditionnels et des savoirs transmis, souvent sans accès à l’électricité stable, à l’Internet ou à des pièces détachées. Le décalage entre la communication urbaine et la réalité rurale crée une fracture visible.
Le chroniqueur décortique cette fracture : d’un côté, des drones qui survolent les images promotionnelles; de l’autre, des ouvriers agricoles qui traitent la terre à la main. La technologie exige des coûts d’entrée élevés, des compétences numériques et un service après-vente que le réseau rural ne fournit pas. Les subventions ponctuelles pour des prototypes ne remplacent pas des crédits d’investissement accessibles aux exploitants. La formation promise par certaines structures reste souvent théorique et concentrée dans les capitales, ce qui éloigne encore la majorité des agriculteurs.
Les arguments s’alignent sans concession. D’abord, l’accès au matériel reste l’apanage d’exploitations connectées ou de PME urbaines, ce qui introduit une inégalité dans la capacité de produire et de stocker. Ensuite, le financement public et privé privilégie des projets « scalables » mais néglige les équipements lourds nécessaires aux agriculteurs, comme les systèmes d’irrigation à grande échelle. Enfin, la formation technique adaptée aux réalités locales est rare : on apprend à utiliser une application, mais on n’apprend pas à réparer une pompe sur le champ. Une comparaison s’impose : ce modèle ressemble à celui d’une école qui distribue des tablettes sans fournir d’électricité, comme il ressemble aussi à un marché où seul le commerçant a la caisse enregistreuse numérique.
L’angle revendiqué met l’accent sur l’exclusion des petits exploitants. Les outils connectés et les drones restent proposés en priorité aux acteurs qui disposent déjà d’un minimum d’infrastructures et de capitaux, laissant la majorité sans accès aux équipements, aux financements et aux formations nécessaires. Le chroniqueur rappelle qu’une révolution agricole ne peut naître des seules démonstrations technologiques ; elle naît de plateformes de financement adaptées, d’une politique foncière protectrice et d’un maillage de formation technique décentralisée. Sans ces éléments, la technologie devient un luxe, non un levier.
Des études locales montrent que la majorité des exploitations dépassent rarement quelques hectares et dépendent d’une main-d’œuvre familiale. Le coût d’un drone professionnel, d’un abonnement cloud et d’une pompe automatisée dépasse souvent le budget annuel de ces familles. Les mécanismes publics de soutien existent, mais ils privilégient la création d’entreprises plutôt que la modernisation des exploitations. Une voix de chercheur a résumé le problème en ces termes : « la modernisation est en marche, mais elle oublie ceux qui labourent. » Cette phrase frappe parce qu’elle met en lumière l’écart entre intention et impact.
Le chroniqueur conclut sans appel : la course aux gadgets agri-tech risque de fabriquer une agriculture à deux vitesses, où quelques acteurs capteront l’innovation pendant que la majorité poursuivra la survie. La technologie ne soigne pas les inégalités par elle-même et ne remplace pas des politiques publiques ambitieuses pour le foncier, le crédit et la formation. Si rien ne change, les drones resteront des objets de prestige et non des outils d’émancipation paysanne.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Habib Faye.
Mis en ligne : 20/01/2026
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