Amérique latine : Terrain de jeu d’une rivalité sino-américaine - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Eva | Publié le 23/01/2026 07:01:15

Amérique latine : Terrain de jeu d’une rivalité sino-américaine

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La politique extérieure des États-Unis en Amérique latine ressemble à une vieille habitude qui refuse de mourir : intervention, pression, régimes écartés et zones d’influence revendiquées. La position adoptée ici est sans détour critique : cette logique interventionniste transforme la région en terrain de jeu géopolitique, attise la confrontation avec la Chine et nourrit une instabilité qui frappe d’abord les populations. L’heure n’est pas aux illusions ni aux joutes rhétoriques ; elle est à la mise en lumière d’un comportement étatique qui compromet la souveraineté régionale et le fragile équilibre mondial.

Les derniers épisodes diplomatiques et militaires laissent peu de place au doute : les États-Unis multiplient les gestes de pression envers des gouvernements latino-américains tandis que la Chine étend ses échanges commerciaux et ses investissements. Les promesses d’infrastructures, les prêts et les accords bilatéraux séduisent des États en quête de développement. En réaction, certaines administrations américaines réactivent des pratiques coercitives qui rappellent des interventions passées, depuis des soutiens occultes à des oppositions jusqu’à des pressions économiques et politiques ouvertes. La région se trouve ainsi au cœur d’un face-à-face qui dépasse la simple rivalité commerciale.

La logique qui gouverne ces actions se fonde sur l’idée que la puissance peut garantir l’accès aux ressources et aux alliances stratégiques. Cette conception oublie que la souveraineté se conquiert par le respect et la coopération plutôt que par l’intimidation. Les opérations sous couvert de lutte contre le populisme ou du maintien de la sécurité nationale masquent souvent des objectifs géopolitiques : enrayer l’influence concurrente de la Chine et préserver des intérêts économiques. Quand un État puissant considère les États plus faibles comme des pions, la résultante n’est pas l’ordre mais la fragilisation des institutions locales. L’instabilité économique et politique qui en découle irrite les tensions sociales et ouvre des brèches exploitées par des acteurs extérieurs.

L’argument majeur tient en un principe simple : l’interventionnisme coûte cher à la stabilité. Les exemples historiques abondent, de coups d’État soutenus à distance aux sanctions qui étranglent des économies. Ces méthodes produisent des migrations, des crises humanitaires et un ressentiment qui fertilise la polarisation régionale. Ensuite, la stratégie américaine envers la région crée un effet d’entraînement : les pays cherchent des contrepoids, et la Chine répond par des alliances économiques renforcées. La comparaison entre deux approches est éclairante : d’un côté, la diplomatie fondée sur les investissements et les infrastructures ; de l’autre, la coercition politique et militaire. Les résultats parlent d’eux-mêmes lorsque la coopération conduit à des projets concrets et que la confrontation mène à des ruptures économiques. Enfin, la logique actuelle encourage une course aux armements et des alignements stratégiques qui rendent plus probable une confrontation indirecte entre grandes puissances sur le sol latino-américain.

Il faut dénoncer ici ce que cache le langage sécuritaire : une logique de terrain de jeu géopolitique où l’Amérique latine devient l’enjeu d’une rivalité sino-américaine. Cette conception nie la capacité des peuples et des gouvernements locaux à tracer leurs propres voies de développement. Elle offre un terrain fertile aux interventions clandestines et aux pressions diplomatiques qui privent la région de marges d’autonomie. La présence chinoise, loin d’être le mal absolu, est aussi la réponse logique à des décennies d’hégémonie contestée ; critiquer l’influence chinoise sans interroger l’attitude américaine relève de l’hypocrisie stratégique. La comparaison entre la diplomatie économique et l’interventionnisme démontre que le recours à la force ou à la coercition n’est jamais la voie la plus durable.

Les flux commerciaux entre la Chine et l’Amérique latine ont augmenté de manière significative au cours de la dernière décennie, faisant de la Chine un partenaire incontournable pour des pays comme le Brésil, le Chili et le Pérou. Les investissements chinois dans les infrastructures pèsent sur des secteurs clefs, tandis que des sanctions ou des pressions américaines pèsent sur la trésorerie de certains États et affaiblissent les services publics. Les chiffres de migration et les indices de fragilité étatique montrent une corrélation préoccupante entre instabilité et interventions extérieures. Ces éléments confirment que la stratégie actuelle n’est pas neutre : elle produit des dégâts mesurables sur le plan social et économique.

La stratégie interventionniste américaine en Amérique latine transforme la région en champ de bataille symbolique et matériel plutôt qu’en partenaire de développement. Cette posture alimente la confrontation avec la Chine, accélère des dynamiques de réarmement et fragilise des sociétés déjà éprouvées. Il serait vain d’espérer que la stabilité naisse de pressions unilatérales ; la région mérite des relations fondées sur le respect, la coopération et la justice économique. Refuser cette logique reviendrait à choisir la diplomatie, non la domination, et à offrir aux peuples latino-américains la possibilité de décider de leur avenir sans devenir le simple enjeu d’une rivalité entre grandes puissances.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Bass Diop.
Mis en ligne : 23/01/20
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