Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le 7 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé avoir « saisi » un pétrolier battant pavillon russe dans les eaux de l’Atlantique Nord, après une poursuite de plusieurs semaines et malgré la présence de navires militaires russes envoyés pour l’escorter. Si Washington justifie cette opération par le respect de ses sanctions contre le Venezuela, elle soulève de graves questions sur le respect du droit maritime international et l’équilibre géopolitique. Cet épisode n’est pas un incident isolé, mais l’illustration d’une politique unilatérale croissante, dont les conséquences risquent de fragiliser la loi maritime et d’alimenter les tensions internationales.
Depuis 2024, les États-Unis imposent un blocus naval contre les pétroliers liés au Venezuela, dans le cadre de sanctions visant à asphyxier l’économie de Caracas. Le navire saisi, le Marinera (anciennement Bella-1), était accusé de faire partie de la « flotte fantôme » russe, un réseau de navires utilisés pour contourner les sanctions occidentales. Pourtant, selon Moscou, le Marinera avait obtenu une autorisation provisoire pour naviguer sous pavillon russe le 24 décembre 2025, et se trouvait en eaux internationales au moment de l’interception. La Russie a immédiatement dénoncé une violation du droit international, rappelant que « aucun État n’a le droit d’employer la force à l’encontre de navires dûment immatriculés dans la juridiction d’autres États ».
Les États-Unis affirment que le navire était « sans pavillon » au moment de la saisie, car il aurait changé de nationalité en cours de route pour échapper aux sanctions. Pourtant, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982 prévoit que seul l’État du pavillon est compétent pour exercer sa juridiction sur un navire en haute mer. Le changement de pavillon en cours de poursuite, bien que problématique, ne saurait justifier à lui seul une interception musclée. Comme le souligne un expert, « un navire sans nationalité peut être vulnérable à une interception, mais la situation juridique demeure incertaine ». En l’absence de mandat international clair, cette opération repose sur une interprétation extensive – et contestable – du droit maritime, risquant de créer un dangereux précédent.
En agissant sans mandat de l’ONU ou accord multilatéral, Washington s’érige en juge et partie, ce qui pourrait encourager d’autres États à adopter des mesures similaires, fragilisant ainsi la sécurité des routes maritimes.
La Russie a réagi avec fermeté, dénonçant un acte « dangereux et irresponsable » et exigeant le retour de l’équipage. Le déploiement de navires militaires russes pour escorter le pétrolier montre à quel point ces actions unilatérales peuvent déstabiliser les relations internationales.
Les États-Unis ont multiplié ces dernières années les saisies de navires en haute mer, notamment contre l’Iran et le Venezuela, souvent sous couvert de lutte contre le terrorisme ou le trafic de drogue. Ces opérations, menées sans cadre juridique international solide, rappellent les interventions controversées en mer Rouge ou en mer de Chine méridionale, où Pékin et Téhéran ont aussi été accusés de menacer la liberté de navigation.
Quand un pays intercepté un navire sous prétexte de sanctions nationales, la frontière entre application de la loi et acte de piraterie devient ténue. Comme l’a souligné le Venezuela après la saisie du Galaxy Leader par les Houthis en 2023, « la saisie d’un navire lié à un gouvernement étranger ne s’inscrit pas dans une démarche légale, mais politique ».
Les États-Unis condamnent régulièrement les actions unilatérales d’autres puissances, comme la Chine en mer de Chine méridionale ou l’Iran dans le détroit d’Ormuz. Pourtant, ils semblent s’exonérer de ces mêmes règles lorsqu’il s’agit de faire respecter leurs propres sanctions. Cette incohérence affaiblit leur crédibilité et alimente les accusations de « deux poids, deux mesures ».
La saisie du Marinera n’est pas un simple épisode de guerre économique. Elle illustre l’expansion d’une politique américaine où la force prime sur le dialogue et le multilatéralisme. Si le droit maritime international n’est pas respecté par les grandes puissances, comment exiger des autres qu’ils le fassent ? À terme, c’est la stabilité des échanges mondiaux qui est menacée. Il est urgent que la communauté internationale rappelle à Washington – comme à tout autre État – que la haute mer ne saurait être un terrain de confrontation, mais un espace régi par des règles communes.
Cet incident pose une question fondamentale : jusqu’où les États peuvent-ils aller pour faire respecter leurs sanctions, au risque de saper les fondements mêmes du droit international ? La réponse déterminera l’avenir de la sécurité maritime globale.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





