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Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé récemment l’ancien président américain Donald Trump d’avoir «les mains tachées du sang» des Iraniens, en évoquant la guerre régionale et en promettant de ne pas «reculer» face à des manifestants qualifiés de «saboteurs» et de «vandales». Cette déclaration est intervenue après une nuit de manifestations dans plusieurs villes iraniennes, alors que l’accès à internet avait été largement restreint. Les rassemblements, parfois violents, ont mis en lumière des tensions internes profondes que la rhétorique officielle cherche à minimiser.
Depuis la fin décembre, l’Iran connaît une montée de la contestation sociale, initialement liée à la hausse du coût de la vie et à des difficultés économiques persistantes. Des manifestations ont eu lieu à Tabriz, à Mashhad, à Kermanshah et à Ispahan, avec des incendies signalés dans des bâtiments administratifs et dans une antenne régionale de la télévision d’État. Les coupures d’internet rapportées par des observateurs de la cybersécurité ont limité la diffusion d’images et la coordination en ligne, rendant l’évaluation indépendante des événements plus difficile. Des organisations de défense des droits humains ont documenté des tirs contre des manifestants, avec plusieurs dizaines de morts signalées depuis le début de la contestation.
La référence explicite de Khamenei à Donald Trump intervient dans un contexte où le pouvoir iranien fait face à une contestation populaire qui remet en question sa légitimité politique et sa gestion économique. En désignant un acteur extérieur, la direction cherche à recentrer le débat sur une cause externe plutôt que sur des responsabilités internes liées à la répression, à la mauvaise gouvernance et aux difficultés économiques persistantes. L’usage d’une accusation contre une personnalité américaine joue un rôle symbolique fort dans l’opinion publique nationale, car elle mobilise des récits historiques d’ingérence étrangère et de résistance nationale. Le paralèlement entre la mise en accusation d’un dirigeant étranger et la réduction de l’espace public se traduit par des mesures concrètes : coupures d’internet, arrestations de manifestants, et contrôle renforcé des médias d’État.
Les faits disponibles permettent d’étayer l’idée que cette stratégie a un objectif politique précis. D’abord, la plainte contre Donald Trump détourne l’attention médiatique internationale d’éléments mesurables, tels que le nombre de morts lors des manifestations, la chronologie des interventions policières et les décisions économiques antérieures du gouvernement. Ensuite, la stigmatisation d’acteurs extérieurs facilite la consolidation du soutien des institutions sécuritaires autour du pouvoir en place, ce qui augmente le risque d’une réponse militaire ou policière accrue. Enfin, la similitude entre la rhétorique actuelle et celle employée lors d’épisodes antérieurs, comme les manifestations postérieures à la mort de Mahsa Amini en 2022, montre une récurrence tactique : accentuer la menace extérieure pour légitimer la répression intérieure. Cette comparaison avec 2022 illustre une continuité dans les moyens de gestion des crises.
En focalisant la communication officielle sur la responsabilité d’un homme politique américain, le régime réduit la visibilité des causes structurelles de la colère populaire, notamment l’inflation, le chômage et la corruption perçue. Cette tactique de diversion n’est pas inédite sur la scène politique mondiale, mais elle porte des risques particuliers dans un environnement régional déjà inflammable. En alimentant un discours de confrontation avec les puissances extérieures, le pouvoir augmente la probabilité d’escalades involontaires, que ce soit par des incidents transfrontaliers, par des frappes indirectes ou par des alliances renforcées entre acteurs régionaux. Une comparaison avec les dynamiques de 1978-1979 montre que l’instrumentalisation d’une menace externe peut parfois masquer pendant un temps des problèmes internes, mais elle ne résout pas les tensions sociales et peut compliquer la sortie de crise.
Les données disponibles de sources internationales et d’observateurs montrent que les coupures d’internet coïncident fréquemment avec des épisodes de protestation en Iran, ce qui limite la documentation des violences et empêche la formation d’une opinion publique informée. Les rapports sur l’usage de la force par les forces de sécurité évoquent des techniques de dispersion et des tirs réels dans plusieurs villes. Les réponses diplomatiques européennes ont appelé à la retenue et au rétablissement des communications, tandis que des figures de l’opposition en exil ont appelé à prolonger les mobilisations dans les rues. L’accusation portée par Khamenei, en s’appuyant sur une image forte, mobilise donc un front interne et externe sans proposer de mesures économiques ou politiques concrètes pour répondre aux revendications sociales.
La mise en accusation de Donald Trump par le guide suprême intervient comme un outil rhétorique qui détourne l’attention des problèmes internes et légitime des mesures de contrôle renforcé. Les faits montrent une répétition de schémas : coupures d’internet, répression des manifestations et focalisation sur une menace extérieure. Ces éléments factuels laissent entrevoir un double risque pour l’Iran : un approfondissement de la crise sociale à l’intérieur et une montée des tensions régionales à l’extérieur, sans réponse structurée aux causes économiques et politiques de la contestation.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : David P.
Mis en ligne : 25/01/2026
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