Clivage au sommet : Les ministres pris en otage du duel Diomaye–Sonko - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 26/01/2026 12:01:00

Clivage au sommet : Les ministres pris en otage du duel Diomaye–Sonko

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Un récent article a mis en lumière le climat de suspicion et de tensions politiques inédites qui pèsent sur les ministres et conseillers du président Bassirou Diomaye Faye, en raison des relations tendues entre ce dernier et son Premier ministre, Ousmane Sonko. Si la situation politique sénégalaise a souvent été marquée par des rivalités, la configuration actuelle, où le chef de l’État et son Premier ministre s’affrontent publiquement, est sans précédent. Nous analyserons ici comment cette dynamique expose les ministres à une paralysie politique dangereuse, fragilisant l’action gouvernementale et la confiance des citoyens.

Le tandem Diomaye-Sonko, né d’une alliance politique historique, a permis une victoire électorale retentissante en 2024. Pourtant, depuis plusieurs mois, les divergences entre les deux hommes se sont exacerbées, transformant une collaboration prometteuse en un affrontement public. Les ministres et conseillers, pris entre deux feux, subissent les conséquences d’une relation exécutive dysfonctionnelle. Les prises de position antagonistes, les accusations de trahison, et les remaniements contestés (comme la nomination d’Aminata Touré à la tête de la coalition présidentielle, perçue comme une provocation par le camp Sonko) ont créé un climat de méfiance généralisée, où chaque décision est scrutée, critiquée, voire sabotée avant même d’être appliquée.

Les ministres, censés incarner la stabilité et la continuité de l’action publique, se retrouvent aujourd’hui dans une position intenable. D’un côté, ils doivent loyalement servir le président Faye ; de l’autre, ils subissent la pression d’un Premier ministre qui conteste ouvertement les choix présidentiels et mobilise son parti, le Pastef, pour bloquer toute initiative perçue comme hostile. Les récentes déclarations de Sonko, affirmant que des responsables « comptables de la situation passée » occupent toujours des postes clés, ont jeté le discrédit sur l’ensemble de l’administration, y compris sur des ministres pourtant nommés par le président.

Cette situation a des répercussions concrètes : les réformes peinent à aboutir, les décisions sont retardées, et les ministres, craignant d’être instrumentalisés ou discrédités, adoptent une attitude attentiste. Le pays, déjà confronté à une crise économique et sociale aiguë (dette record, chômage, pauvreté), voit son gouvernement paralysé par des querelles de leadership, au détriment de l’intérêt général.

Quand le Premier ministre remet en cause la légitimité des ministres et du président, il sape la crédibilité de l’État dans son ensemble. Les citoyens, déjà méfiants envers les élites, voient leurs craintes confirmées : le pouvoir est divisé, inefficace, et incapable de répondre à leurs attentes.

Un gouvernement ne peut fonctionner si ses membres sont constamment suspectés de double allégeance. Les ministres, pris dans un étau, hésitent à agir, de peur d’être désavoués par l’un ou l’autre camp. Cette paralysie aggrave la crise économique et sociale, comme en témoignent les retards dans la mise en œuvre des réformes promises.

Le climat de suspicion nourrit les extrêmes. Les partisans de Sonko, convaincus que le président Faye trahit leur leader, pourraient basculer dans une opposition frontale, tandis que les soutiens de Faye, excédés par les ingérences de Sonko, pourraient durcir leur position. Cette polarisation menace la stabilité démocratique du Sénégal.

Cette situation rappelle d’autres crises politiques africaines, où des rivalités au sommet ont conduit à l’immobilisme, voire à l’effondrement des institutions. En Côte d’Ivoire, la cohabitation houleuse entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara dans les années 2000 a plongé le pays dans une crise post-électorale sanglante. Au Zimbabwe, les tensions entre Robert Mugabe et son Premier ministre Morgan Tsvangirai ont paralysé le gouvernement d’union nationale, aggravant la misère économique. Le Sénégal, souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique, risque aujourd’hui de suivre une voie similaire si le conflit entre Faye et Sonko n’est pas résolu.

Le climat de suspicion entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye ne nuit pas seulement à leur relation personnelle ; il paralyse l’ensemble du gouvernement, discrédite les ministres, et affaiblit la confiance des citoyens dans leurs institutions. Face à l’urgence économique et sociale, le Sénégal n’a pas les moyens de s’offrir un tel luxe. Il est impératif que les deux hommes clarifient leurs positions et rétablissent une chaîne de commandement claire, sous peine de voir le pays sombrer dans une crise institutionnelle durable.

La crédibilité du Sénégal, son avenir démocratique et sa capacité à relever les défis qui l’attendent dépendent désormais de la capacité de ses dirigeants à dépasser leurs ego et à retrouver l’unité d’action qui a fait leur force. Sinon, ce ne sont pas seulement Faye et Sonko qui paieront le prix de leur division, mais l’ensemble des Sénégalais.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 26/01/20
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