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L’Alliance pour la République (APR) s’indigne : Ousmane Sonko, en cherchant à réactiver l’affaire Prodac, mène selon elle une « dangereuse entreprise de destruction de l’État de droit ». Pourtant, cette réaction, aussi bruyante soit-elle, sonne comme une tentative désespérée de détourner l’attention. Car si l’APR était dissoute et ses membres envoyés en prison, comme certains l’ont imaginé, vous auriez enfin le temps de « fatiguer avec vos direct » – et de réfléchir à votre propre responsabilité dans la politisation de la justice sénégalaise.
L’affaire Prodac, qui oppose Ousmane Sonko à Mame Mbaye Niang, est un feuilleton judiciaire né en 2022 d’accusations de détournement de fonds. Condamné pour diffamation en 2023, Sonko voit aujourd’hui une porte de sortie : un rapport de l’IGF, soudainement « découvert », qui pourrait justifier une révision de son procès.
L’APR crie au scandale, dénonçant une manœuvre pour mobiliser la justice à des fins politiques. Mais qui, mieux que l’APR, connaît les rouages de l’instrumentalisation judiciaire ? Sous le régime de Macky Sall, le parti a souvent bénéficié d’une justice aux ordres, utilisant les tribunaux pour écarter des adversaires gênants. Aujourd’hui, face à une stratégie similaire – mais venue de l’autre camp –, l’APR joue les vierges offensées.
L’APR accuse Sonko de vouloir « sonner le glas de la justice ». Pourtant, c’est bien sous son ère que la justice sénégalaise a été systématiquement utilisée comme arme politique. Les arrestations arbitraires, les procès expéditifs contre des opposants, et les condamnations opportunes ont été monnaie courante. Alors, cette indignation soudaine ? Elle ressemble étrangement à celle du pyromane qui crie au feu.
L’APR s’offusque que Sonko veuille faire réviser son procès en brandissant un rapport de l’IGF. Mais où était sa rigueur quand il s’agissait de condamner des opposants sur la base de preuves tout aussi fragiles ? Quand Mame Mbaye Niang, membre éminent de l’APR, porte plainte contre les avocats de Sonko pour diffamation, on est en droit de se demander : s’agit-il de défendre l’honneur d’un homme, ou de protéger un système où la justice a longtemps été un outil de pouvoir ?
Premièrement, l’APR a longtemps bénéficié d’une justice complaisante. Les affaires politisées sous Macky Sall – comme celle de Khalifa Sall ou d’Ousmane Sonko lui-même – ont montré comment le pouvoir en place pouvait utiliser les tribunaux pour éliminer ses rivaux. Aujourd’hui, l’APR feint de découvrir les dangers de la judiciarisation de la vie politique. Un peu tard pour jouer les gardiens de la morale.
Deuxièmement, l’APR oublie un détail : c’est elle qui a instauré une culture où la justice est perçue comme un instrument de vengeance. En criant au complot dès qu’un adversaire tente de retourner la situation à son avantage, elle révèle son vrai visage : celui d’un parti qui ne supporte pas que les règles du jeu changent. Comme le note Jeune Afrique, « la justice sénégalaise a souvent été le reflet des rapports de force politiques ». L’APR en a été la première bénéficiaire – et la première responsable.
Enfin, l’APR semble oublier que la révision d’un procès, si elle est encadrée par la loi, est un droit. Sonko joue peut-être un jeu dangereux, mais c’est l’APR qui a créé les conditions pour que la justice devienne un champ de bataille. En Afrique de l’Ouest, les exemples ne manquent pas : au Burkina Faso, en Guinée, ou en Côte d’Ivoire, les partis au pouvoir ont souvent utilisé la justice pour museler l’opposition, avant de pleurer victimisation dès que le vent tourne.
En Guinée, l’ancien pouvoir a instrumentalisé la justice pour écarter ses opposants, avant de pleurer injustice dès qu’il a perdu le contrôle. Au Mali, les réformes judiciaires ont souvent servi à légitimer des purges politiques. L’APR, en s’indignant aujourd’hui, fait preuve d’une amnésie sélective. Elle a contribué à affaiblir l’État de droit ; elle n’a pas le droit de feindre la surprise quand d’autres utilisent les mêmes méthodes.
Si l’APR était dissoute et ses membres envoyés en prison, comme certains l’ont fantasmé, vous auriez enfin le temps de « fatiguer avec vos direct ». Car c’est bien votre parti qui a normalisé l’idée que la justice n’était qu’un outil au service du pouvoir. Aujourd’hui, vous récoltez ce que vous avez semé.
Plutôt que de jouer les victimes, l’APR ferait mieux de reconnaître sa part de responsabilité dans la dégradation de l’État de droit. La justice sénégalaise a besoin de crédibilité, pas de leçons de morale de la part de ceux qui l’ont le plus malmenée.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Lamine T.
Mis en ligne : 28/01/2026
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