Crise de l’eau : L’appel de Diomaye Faye face au mur de la transparence - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Environnement | Par Eva | Publié le 29/01/2026 07:01:00

Crise de l’eau : L’appel de Diomaye Faye face au mur de la transparence

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Le président Bassirou Diomaye Faye a ouvert le 26 janvier 2026, au Centre international de conférences Abdou Diouf à Dakar, une réunion de haut niveau préparatoire à la Conférence des Nations Unies sur l’eau prévue à Abu Dhabi en décembre 2026. L’événement vise à mobiliser gouvernements, société civile et secteur privé pour améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement et à rechercher des financements.

Après ces faits, la tonalité change et la critique s’impose. Le discours présidentiel a résonné comme un appel vibrant à la solidarité, mais il reste creux. Promettre une « mobilisation internationale » face à la crise hydrique, c’est bien. Demander de l’argent sans dire qui contrôlera ces fonds, sans décrire des mécanismes clairs de transparence, c’est insuffisant et dangereux. Le verbe mobiliser masque trop souvent l’absence de garanties concrètes, et la population attend des comptes autrement que sous forme de slogans.

La crise de l’eau touche 2,2 milliards de personnes sans eau potable sûre et 3,5 milliards sans assainissement adéquat, selon les chiffres évoqués lors de la réunion, avec une Afrique particulièrement affectée. La conférence préparatoire regroupe des acteurs variés mais n’a livré ni calendrier précis des investissements ni gages de suivi indépendants.

La mobilisation internationale annoncée ressemble à un mécanisme de communication plutôt qu’à une stratégie opérationnelle. D’abord, les promesses de financement restent vagues: pas de montants chiffrés, pas d’engagements contraignants et pas de calendrier liant les bailleurs aux projets locaux. Ensuite, les instruments de contrôle font défaut. Qui vérifiera l’utilisation des fonds? Qui auditéra les projets? À quel rythme? Sans réponses, les risques de détournement, de doublons et de projets inadaptés explosent.

La rhétorique pro-garanties popularité oublie la réalité des pratiques. Plusieurs pays africains ont déjà subi des plans d’aide généreusement annoncés puis délivrés sans suivi réel; les populations ont vu des infrastructures mal entretenues tomber en ruine, des forages abandonnés et des systèmes d’assainissement inopérants. Comparé à une promesse électorale sans calendrier, cet appel mondial risque de produire le même effet: beaucoup de bruit, peu d’eau pour les citadins et les campagnes. Comparé à des initiatives locales où la gestion citoyenne a prouvé son efficacité, le grand spectacle diplomatique paraît fragile.

Premièrement, la transparence financière n’est pas optionnelle. Les engagements doivent être assortis de mécanismes de traçabilité des flux: comptes publics dédiés, audits indépendants, publication régulière des dépenses et indicateurs de performance accessibles au public. Deuxièmement, la gouvernance des projets exige la participation effective des communautés, des jeunes et des femmes, mais cela suppose un pouvoir décisionnel réel et des budgets locaux autonomes, pas seulement des consultations symboliques. Troisièmement, les bailleurs internationaux doivent accepter des clauses de responsabilité: financements conditionnés à des audits externes et à des indicateurs de résultat mesurables sur plusieurs années.

Sans ces mesures, la mobilisation restera une belle formule. Les mots se substituent aux actes et la société civile, qui porte l’exigence de transparence, est trop rarement mise au cœur des processus décisionnels. L’utilisation d’experts internationaux sans renforcement parallèle des capacités nationales reproduira la dépendance; l’achat massif d’équipements sans plan d’entretien reproduira la casse.

La critique centrale porte sur l’écart entre promesse et mécanisme. Le président appelle au financement, mais il n’a pas présenté de cadre garantissant que cet argent servira réellement les usagers. Les grandes conférences internationales agglomèrent souvent des promesses verbales qui ne se traduisent pas en engagements juridiques. Il faut exiger des contrats de financement avec des clauses précises: chiffrages, calendrier de décaissement lié à des jalons vérifiables, et instances indépendantes de contrôle. Sans cela, la mobilisation internationale devient un écran de fumée protégeant l’absence de réformes structurelles.

Des exemples récents illustrent le propos: des projets financés en Afrique de l’Ouest ont vu 30 à 50 % des infrastructures inutilisables après cinq ans faute d’entretien et d’implication locale. Des audits publics dans plusieurs pays ont révélé des redirections de fonds et des marchés attribués sans appel d’offres transparent. Les ONG expertes en eau recommandent des indicateurs simples et publics: taux de fonctionnement des forages, accès réel aux services, coût par usager et durée effective de maintenance. Ces données existent et peuvent être intégrées dans tout plan de mobilisation crédible.

La mobilisation internationale annoncée a du potentiel, mais elle est aujourd’hui une coquille vide si elle n’est pas assortie d’engagements chiffrés et de mécanismes de contrôle robustes. Le président a raison de rassembler, mais il faut exiger du concret: des budgets affectés, des audits indépendants, des responsabilités juridiques et la mise en gestion des communautés. Sans ces conditions, la pompe médiatique risque de pomper l’argent et de laisser la population assoiffée. Les promesses doivent devenir des preuves, pas des slogans.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Lionel Diatta.
Mis en ligne : 29/01/202
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