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La mise en accusation politique et médiatique autour du procès en appel de Marine Le Pen mérite d’être condamnée pour ce qu’elle est : une stratégie de diversion. Loin d’éclairer les faits, l’invocation d’une prétendue ingérence étrangère transforme une affaire de détournements présumés en récit victimisant. Cette tactique affaiblit la responsabilité démocratique, attise le complotisme et évite de répondre aux accusations internes qui pèsent sur le parti.
Le procès porte sur l’emploi d’assistants parlementaires et sur l’usage de fonds européens au profit d’un parti politique. Des condamnations ont déjà été prononcées en première instance, avec des peines importantes pour plusieurs prévenus. La perspective d’un jugement en appel alimente l’incertitude sur la participation électorale d’une figure politique majeure. Dans ce climat, la mise en avant d’une influence américaine supposée a été relayée pour contester la légitimité des magistrats et recentrer le débat sur une thèse d’ingérence externe.
La transformation d’un débat juridique en affaire internationale sert d’abord un objectif tactique évident : déplacer l’attention publique. Lorsque la narration dominante devient celle de la pression étrangère, les détails procéduraux, les bilans comptables et les responsabilités internes sont relégués au second plan. Cette mécanique n’est pas nouvelle ; elle ressemble à la stratégie qui consiste à accuser un arbitre de partialité pour masquer une mauvaise prestation sportive, ou à prétendre à une conspiration médiatique pour éviter un examen critique. Le résultat est le même : la parole publique se polarise sur l’émotion et non sur la preuve.
La première conséquence de cette instrumentalisation est démocratique. En présentant la justice comme l’instrument d’un complot étranger, le parti nie la compétence des institutions nationales et fragilise la confiance dans l’État de droit. La deuxième conséquence est communicationnelle : le récit d’ingérence sert de levier pour galvaniser la base en jouant sur la défiance et la défiance génère des réactions violentes et des menaces contre des magistrats. La troisième conséquence touche l’opinion : un électorat moins informé se laisse séduire par une explication simple et dramatique plutôt que par une lecture argumentée des faits. Enfin, cette stratégie a un coût moral pour la vie politique, puisque la normalisation du discours conspirationniste rend les compromis et le débat civil plus difficiles.
Dénoncer le recours au récit d’ingérence nécessite de pointer son instrumentalité sans excuser l’ingérence réelle si elle existait. Le problème majeur est l’usage politique de cette thèse pour éviter d’apporter des réponses sur les pratiques internes du parti et sur la gestion des fonds publics. En substituant l’accusation d’ingérence à la discussion sur les faits, la direction du parti élude les questions de transparence, de responsabilité pénale et d’éthique politique. Ce choix rappelle la tactique du bouc émissaire : accuser l’extérieur pour masquer des défaillances internes.
Les exemples contemporains abondent où des allégations étrangères ont été utilisées comme écran. Certains responsables internationaux ont été effectivement visés par des sanctions diplomatiques, mais l’existence de mesures ciblées ne transforme pas automatiquement chaque décision judiciaire en manipulation politique. Les chiffres du préjudice financier établi par la justice et les remboursements partiels effectués par des prévenus offrent des éléments concrets qui méritent d’être confrontés plutôt que noyés dans une rhétorique outrée. Un débat public rigoureux devrait s’appuyer sur ces éléments et non sur des rumeurs amplifiées.
La tentation de faire porter la responsabilité sur l’étranger est compréhensible quand la situation devient menaçante pour une formation politique, mais elle reste une fuite. En transformant un procès pénal en feuilleton d’ingérence, le parti évite d’affronter des questions de gouvernance et alimente une colère publique qui fragilise la démocratie. Le vrai courage politique consisterait à répondre aux accusations par des explications, des preuves et des réformes, et non par des invocations conspiratives qui servent d’écran à l’échec de la transparence.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Doudou Fall.
Mis en ligne : 29/01/2026
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