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Le 20 janvier, Macky Sall a signé un arrêté nommant 25 nouveaux membres des instances dirigeantes de l’Alliance pour la République (APR) au Sénégal, sept femmes incluses et huit porte-parole placés sous la coordination de Moussa Bocar Thiam. L’ancien président vit au Maroc depuis la défaite présidentielle et ces nominations visent officiellement à renouveler le parti en vue des échéances locales de 2027.
Je lis ces faits avec une inquiétude profonde. Je crois que gouverner à distance, depuis l’étranger, affaiblit l’autorité réelle d’un parti et ouvre la porte à des luttes sourdes. Nommer des cadres depuis un salon à l’étranger, même pour mettre en avant « plus de jeunes et plus de femmes », ne remplace pas la présence politique, la responsabilité quotidienne et la prise de décision visible dont un parti a besoin pour exister.
L’APR a connu une défaite marquante face au mouvement Pastef en 2024 et a vu partir des militants après cette élection, poussant le parti vers une logique de renouvellement et de survie politique.
Je conteste la stratégie d’une gouvernance à distance parce qu’elle engendre un vide décisionnel dangereux. Quand le chef historique réside à l’étranger, les responsables locaux perdent le référent immédiat qui arbitre et discipline. Ce vide favorise la multiplication des clans, la course aux postes et la politisation des structures locales. Les nominations massives deviennent alors moins des choix stratégiques que des pansements sur une plaie organisationnelle. J’observe que l’APR, en rêvant de reconquête, risque de confondre mouvement de façade et véritable mobilisation enracinée.
Une autorité imposée à distance ressemble souvent à un titre administratif sans autorité opérationnelle. Les militants attendent un leader qui assiste aux réunions, qui tranche les conflits locaux et qui porte les dossiers dans les territoires. En l’absence de cette présence, les décisions prises depuis l’extérieur paraissent déconnectées et suscitent du ressentiment. Je compare cela à une entreprise dirigée par un PDG expatrié: la stratégie peut exister sur le papier, mais l’exécution sur le terrain s’effrite rapidement.
La nomination de huit porte-parole sous une coordination centralisée risque d’accentuer la multiplication des messages et la confusion identitaire du parti. Sans un contrôle de proximité, chaque réseau local devient un micro-État capable de contester les choix centraux. J’ai vu des partis se déliter après des absences prolongées de leur chef, comme un navire qui avance sans capitaine: la trajectoire se perd et la confiance des passagers flanche.
Mettre en avant la jeunesse et la féminisation est un bon discours mais insuffisant si la stratégie reste verticale et décidée à distance. Les jeunes réclament une responsabilisation réelle, des mandats clairs et des ressources. S’ils sentent que leurs nominations servent surtout à réparer une image, le désengagement gagnera du terrain. La féminisation nominale sans pouvoirs effectifs reproduit des schémas d’apparat.
Les élections locales de 2027 exigent un maillage territorial solide et des relais qui portent des programmes concrets en matière d’eau, d’éducation et d’emploi. Les expériences comparatives le montrent: les partis qui ont gagné durablement se sont appuyés sur des fédérations locales activées par des leaders présents et investis. Les études de science politique rappellent que la présence physique du leader reste un facteur clé de cohésion et de discipline interne.
Je considère que la gouvernance à distance de l’ancien président crée un vide décisionnel qui fragilise la direction de l’APR et expose le parti à des fractures internes et à une perte de crédibilité auprès des électeurs. Cette pratique substitue la communication au travail de terrain et promet beaucoup sans garantir les capacités de mise en œuvre nécessaires pour reconquérir le pouvoir.
Je refuse l’idée que la politique puisse se conduire efficacement depuis l’étranger lorsqu’un parti cherche à se renouveler et à reconquérir des mandats. L’APR a besoin d’une présence assumée, d’une direction capable de trancher sur le terrain et d’un leadership visible pour restaurer la confiance des militants et des citoyens. Si les nominations servent surtout à alimenter une image de renouveau pilotée à distance, le parti s’expose à une lente érosion plutôt qu’à une véritable renaissance. Le défi est simple: revenir parmi les gens, partager les responsabilités et permettre aux dirigeants locaux d’agir avec autorité et transparence.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Oumar Diop.
Mis en ligne : 30/01/2026
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