Panique monétaire au Sahel : Le démenti qui ne rassure pas - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 30/01/2026 02:01:50

Panique monétaire au Sahel : Le démenti qui ne rassure pas

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Le ministère de l’Économie et des Finances du Mali, par la voix de son secrétaire général Abdoulaye Traoré, a publié un communiqué le mardi 27 janvier 2026 pour démentir la mise en circulation imminente d’une monnaie commune au sein de la Confédération des États du Sahel. Le communiqué précise qu’aucune communication officielle n’a annoncé « la mise en circulation prochaine d’une monnaie commune ou la finalisation d’un calendrier opérationnel en ce sens ». La rumeur était née d’un document présenté comme un communiqué officiel.

Je suis frappé par la maladresse de cette séquence: une fuite, un document non vérifié, puis un démenti ferme mais creux. Pour moi, la question n’est pas seulement de savoir si le projet existe ou non, mais de mesurer l’onde de choc provoquée par une communication confuse. Les marchés réagissent à l’incertitude. Les ménages et les entreprises, eux, paient rapidement la note quand les signaux publics sont brouillés.

La région connaît depuis plusieurs mois des discussions sur l’avenir monétaire après des ruptures entre pays d’Afrique de l’Ouest et leurs partenaires. Cette rumeur a pris de l’ampleur sans canal officiel validé, amplifiant la nervosité économique.

La capacité d’un État à rassurer tient autant à la rapidité qu’à la clarté de son discours. Ici, le ministère a répondu, mais il n’a pas donné de cadre temporel ni expliqué les mécanismes institutionnels évoqués. Dire que les décisions « s’inscrivent dans des cadres institutionnels définis » reste une formule vide pour un investisseur ou un commerçant qui cherche des repères concrets. J’estime que ce flou entretient une inquiétude palpable qui fragilise les équilibres économiques locaux.

Premièrement, l’impact sur les ménages est immédiat. Face à des rumeurs de changement monétaire, les consommateurs réduisent leurs dépenses, les remises d’argent se ralentissent, et les prix peuvent fluctuer selon des anticipations. J’ai vu des commerçants annuler des commandes en attendant une clarification sur la convertibilité et sur la garantie des dépôts. Quand l’information publique manque de précision, le crédit informel prospère et les familles les plus vulnérables se retrouvent en première ligne.

Deuxièmement, pour les entreprises, la confusion coûte cher. Les importateurs hésitent à engager des contrats libellés en francs CFA ou en autres devises, les banques recalculent leurs marges face à un risque perçu, et les investisseurs étrangers retardent leurs décisions. Une annonce administrative qui se contente d’un démenti sans feuille de route devient comparable à un signal contradictoire envoyé au marché. Je compare cette incertitude à une météo changeante: on ne quitte pas la maison sans parapluie si la pluie est annoncée, et on n’investit pas si l’orage peut éclater sans avertissement.

Troisièmement, l’absence de transparence institutionnelle mine la confiance dans les processus régionaux. La mention de canaux et de mécanismes appropriés aurait dû être accompagnée d’une feuille de route, d’un calendrier et d’un interlocuteur permanent chargé d’informer. Sans cela, l’administration ressemble à une maison aux fenêtres fermées pendant qu’une rumeur circule à l’extérieur. La comparaison avec d’autres pays ayant géré des transitions monétaires montre que l’information publique structurée réduit les coûts de transaction et les tensions sociales.

Je soutiens que le ministère a commis une faute stratégique en se contentant d’un démenti formel. Un démenti sans détails nourrit les spéculations plus qu’il ne les réprime. Il aurait suffi d’un engagement clair pour publier, dans un délai court, une note explicative sur les procédures, les acteurs concernés et l’impact attendu sur les citoyens. Une autre erreur a été de ne pas mobiliser les banques centrales régionales et les chambres de commerce pour harmoniser le message. La coordination publique-privée aurait amorti la panique et évité des décisions économiques irréversibles prises dans la précipitation.

Les effets d’une communication déficiente se mesurent dans des indicateurs concrets: hausse de la demande de liquidité, baisse temporaire de l’activité commerciale, et contraction du crédit à court terme. J’ai observé des signaux identiques lors d’annonces monétaires mal préparées ailleurs: les coûts bancaires augmentent, la trésorerie des petites entreprises se tend, et l’économie informelle se développe en réaction. Ici, l’absence d’informations chiffrées laisse les acteurs privés contraints de faire leurs propres hypothèses, souvent pessimistes.

Je reste critique sur la conduite de cette crise d’information: le démenti du ministère était nécessaire mais insuffisant. L’incertitude qu’il laisse en héritage fragilise les ménages et les entreprises, et elle expose les marchés à des réactions excessives. J’appelle à plus de rigueur dans la communication publique, à des tableaux de bord partagés et à des interlocuteurs identifiés, pour que la parole officielle devienne une bouée plutôt qu’une source d’angoisse. Sans clarté, la confiance se fissure et les conséquences économiques se paient vite et cher.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadidiatou Faye.
Mis en ligne : 30/01/2026

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