Réformer l’ONU ou la contourner : Le faux remède du Conseil de paix - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Eva | Publié le 30/01/2026 09:01:00

Réformer l’ONU ou la contourner : Le faux remède du Conseil de paix

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Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a parlé au président américain Donald Trump le 26 janvier lors d’un appel de cinquante minutes durant lequel ils ont convenu d’une rencontre à Washington et ont évoqué la création d’un « Conseil de paix » centré sur Gaza et la proposition d’un siège pour la Palestine. Lula a demandé que l’organisation soit limitée à la question de Gaza et a appelé à une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU.

Je veux dire d’emblée que je considère cette initiative comme dangereuse pour l’ordre juridique international. J’accueille la préoccupation humanitaire qui motive l’attention portée à Gaza, mais je m’alarme de la manière dont une nouvelle institution pourrait empiéter sur la Charte des Nations unies et affaiblir le droit international auquel les peuples et les États ont droit.

La proposition intervient après des contacts réguliers entre les deux dirigeants et dans un contexte régional tendu, avec des discussions sur le Venezuela et des gestes politiques entre Washington et Brasilia qui ont apaisé certaines tensions commerciales.

Je m’appuie ici sur des principes juridiques simples pour expliquer mon opposition. La Charte de l’ONU confie au Conseil de sécurité la responsabilité première du maintien de la paix et de la sécurité internationales, avec des mécanismes et des procédures codifiés depuis 1945. Créer une structure parallèle portée par un seul État ou par un groupe d’États sans base dans la Charte pose immédiatement une question de légitimité. Qui décidera de son mandat, de ses moyens, de sa représentation et de son contrôle judiciaire? Si le Conseil de paix s’arroge des prérogatives d’intervention ou de sanction sans l’aval du Conseil de sécurité, il risque de violer la souveraineté des États et de fragiliser les garanties procédurales prévues par le droit international.

Je perçois aussi un risque de sélection politique: des crises pourraient être traitées par ce nouveau conseil tandis que d’autres, peut-être moins médiatisées, resteraient à la charge de l’ONU classique. C’est une fracture comparable à la création d’un tribunal ad hoc pour certains conflits et pas pour d’autres; c’est la logique du deux poids deux mesures. En second lieu, la composition possible de ce Conseil de paix soulève un problème d’impartialité. Si des puissances dominantes s’arrogent la direction d’un organe de paix, elles pourraient instrumentaliser sa vocation humanitaire pour poursuivre des objectifs géopolitiques, comme lorsqu’un précédent institutionnel a été détourné au profit d’intérêts étatiques.

Sur le plan juridique, l’absence de mandat clair rendu conforme à la Charte rendrait contestables les actes du Conseil devant les instances internationales et judiciaires. On peut comparer cette dérive à la pratique des coalitions militaires sans mandat onusien, qui ont engendré des débats sur la légalité et l’efficacité des interventions. Autre comparaison: l’Organisation des Nations unies ressemble à un contrat collectif; lancer une structure de substitution revient à rompre ce contrat sans procédure de révision constitutionnelle internationale. Ce cloisonnement institutionnel fragiliserait les normes communes et ouvrirait la porte à des interprétations concurrentes du droit international humanitaire.

Je refuse l’idée qu’un nouvel organe puisse pallier la lenteur ou l’inefficacité de l’ONU en contournant ses règles. L’urgence humanitaire mérite des réponses, mais celles-ci doivent renforcer les institutions légitimes et respecter la primauté du droit. Sinon, on s’expose à une spirale où chaque grande puissance inaugure son propre mécanisme, rendant le système international plus instable et plus inégal.

Les antécédents montrent que les solutions extraconstitutionnelles produisent de l’incertitude: des coalitions sans mandat onusien ont provoqué des litiges devant la Cour internationale de Justice et des fractures diplomatiques durables. Le renforcement de l’ONU, l’élargissement du Conseil de sécurité et la création de mécanismes temporaires mandatés collectivement seraient des pistes conformes au droit et plus durables.

Je maintiens ma réserve: le projet de Conseil de paix tel qu’annoncé menace la légitimité du droit international si sa création échappe à la Charte et à la supervision collective. J’éprouve de la sympathie pour la volonté d’agir face à la souffrance, mais la façade d’efficacité ne doit pas masquer un affaiblissement des règles communes. Si l’on veut vraiment protéger les civils et restaurer la paix, il faut renforcer les institutions universelles et réformer le Conseil de sécurité plutôt que créer des organes parallèles qui risquent de diviser et d’affaiblir le droit international.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mame Gore.
Mis en ligne : 30/01/2026

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