CAF, sanctions et soupçons : Le Sénégal paie-t-il pour tous ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Sport | Par Eva | Publié le 01/02/2026 10:02:40

CAF, sanctions et soupçons : Le Sénégal paie-t-il pour tous ?

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La Confédération africaine de football a publié sa décision disciplinaire après la finale de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025: le sélectionneur sénégalais Pape Bouna Thiaw suspendu cinq matches et condamné à 100 000 dollars, la Fédération sénégalaise condamnée à 615 000 dollars, tandis que plusieurs joueurs sénégalais et marocains ont reçu des suspensions et des amendes. La décision a été rendue au Maroc à l’issue de la rencontre et la protestation marocaine a été rejetée.

Je pense que la différence de traitement entre le Sénégal et le Maroc ne relève pas seulement d’une appréciation factuelle des faits, mais révèle une machine disciplinaire mal calibrée et soumise aux influences des fédérations les plus puissantes. La sanction financière cumulée contre le Sénégal frôle les 430 millions de francs CFA, une gifle lourde pour une fédération en proie à des ressources limitées, tandis que le Maroc reçoit des pénalités moindres et des sanctions plus clémentes pour des actes semblables.

La finale avait dégénéré en incidents impliquant supporters, joueurs et ramasseurs de balles, avec usage de lasers et envahissement de la zone VAR. Les montants et la répartition des peines ont immédiatement suscité des interrogations.

Je refuse la lecture complaisante qui voudrait faire porter la responsabilité uniquement sur le comportement sénégalais. L’arbitrage des sanctions ressemble à une partition où quelques notes sont amplifiées et d’autres étouffées. Le Sénégal encaisse l’essentiel de la charge financière et disciplinaire alors que le Maroc, malgré des incidents patentés comme l’envahissement et l’usage de lasers, se voit infliger des peines moins sévères. Si l’on compare la sanction de la Fédération sénégalaise à celle de la Fédération royale marocaine, l’écart apparaît disproportionné: près de 615 000 dollars pour la première contre 315 000 dollars pour la seconde, alors que les griefs touchent des zones comparables de responsabilité collective.

Je mets en doute l’objectivité des règles d’application de la CAF lorsque les conséquences économiques et symboliques ne sont pas réparties selon la même logique de faute. La décision contre le sélectionneur, lourde et publique, pèse sur l’image d’un homme et d’un pays, et elle en dit long sur la volonté de faire exemple plutôt que sur celle de rendre justice équitable. Les joueurs marocains qui ont vu leurs sanctions assorties de sursis bénéficient d’un traitement qui ressemble à une indulgence calculée.

Premièrement, la disproportion financière fragilise le football sénégalais à long terme. Une amende de 715 000 dollars au total pèse sur les budgets de formation, sur les participations futures et sur les structures locales. Deuxième argument: la perception d’injustice alimente le soupçon d’une CAF réceptive aux pressions politiques ou économiques des fédérations influentes. Le Maroc dispose d’un dossier fédéral puissant, d’investissements massifs dans l’infrastructure et d’un poids diplomatique, et ces atouts peuvent, consciemment ou non, influencer l’interprétation des faits et la sévérité des peines. Troisièmement, l’autorité disciplinaire gagne en légitimité lorsqu’elle est perçue comme impartiale; en l’absence de cette perception, la sanction devient punition symbolique plutôt que réparation.

Je soutiens que la CAF doit publier les critères précis qui ont conduit à ces écarts de traitement: rapport d’incident complet, preuves vidéo, témoignages, rubricage des fautes et barème des amendes. Sans transparence, le public raisonnable en déduira que certaines fédérations jouent sur un terrain incliné, comme un club déjà favorisé qui reçoit moins d’avertissements pour les mêmes fautes. J’oppose ici deux comparaisons parlantes: le traitement du dossier sénégalais ressemble à une sanction expiatoire appliquée à une fédération moins influente, tandis que la réponse marocaine ressemble à une sanction palliative réservée à un acteur puissant.

Les sommes en jeu doivent être replacées dans des réalités budgétaires: pour une fédération africaine moyenne, 100 000 dollars équivalent à plusieurs années de budget de développement des jeunes. Les précédents disciplinaires montrent des variations importantes dans l’échelle des peines selon les compétitions et selon la nationalité des fautifs. Il serait honnête que la CAF publie un tableau comparatif des sanctions passées pour actes similaires afin de mesurer la cohérence de sa jurisprudence.

Je refuse que le discours officiel cache l’inégalité par des formules techniques et des communiqués aseptisés. La CAF a le devoir de rendre non seulement des décisions, mais aussi des comptes: expliquer, documenter et normaliser ses critères. Tant que les règles resteront opaques, la suspicion prospérera et le football africain sortira affaibli de chaque conflit traité à la hâte. J’attends de l’instance que les prochaines mesures soient accompagnées d’une transparence totale; sans cela, la justice sportive continuera d’avoir l’odeur désagréable de l’arbitraire.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Tapha Ba.
Mis en ligne : 01/02/202
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