Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le président Diomaye Faye, lors du Conseil des ministres tenu récemment à Dakar, a demandé la révision du Code de la Pêche pour réformer la gestion des ressources halieutiques et renforcer la souveraineté nationale. Il a souligné la relance de la pêche artisanale, le repositionnement de l’aquaculture et la validation prochaine de la Politique maritime, de la Stratégie portuaire nationale et de la carte des infrastructures. Ces annonces fixent un cadre politique précis pour transformer le secteur maritime sénégalais.
J’accueille avec optimisme cet appel à la réforme parce que je crois que la réécriture du Code de la Pêche peut faire basculer notre économie maritime d’un simple extractivisme vers une économie verte et inclusive. Le chantier est technique, politique et humain à la fois, mais il contient une promesse tangible: créer des emplois locaux, attirer des investissements responsables et préserver les richesses marines pour les générations qui suivent. Il suffit d’aligner les règles, les contrôles et les incitations pour produire ce basculement.
La demande de révision intervient dans un contexte de surexploitation des stocks et de pressions sur la biodiversité marine, alors que les communautés de pêcheurs cherchent des revenus stables et que les ports doivent moderniser leurs infrastructures.
Je vais expliquer comment un Code de la Pêche révisé peut servir d’outil économique et écologique simultanément. D’abord, une législation claire et contraignante permet de sécuriser les droits des acteurs locaux. En donnant des quotas, des licences transparentes et des zones réservées à la pêche artisanale, le texte protège les petits pêcheurs contre les flottilles étrangères et contre les acteurs privés qui privatisent les bergeages. Ces protections se traduisent par des revenus plus stables, donc par une demande accrue pour des services locaux: chantiers navals, marchés de poisson modernisés, froids industriels et formation professionnelle.
Ensuite, la mise en place d’incitations fiscales et de garanties juridiques attire des investisseurs qui cherchent des projets durables plutôt que des profits rapides. Si le Code intègre des normes de traçabilité, des exigences environnementales et des partenariats public-privé transparents, les capitaux orientés vers l’aquaculture durable, les usines de transformation et les infrastructures portuaires modernes trouveront un environnement sécurisé. Je compare volontiers cette perspective au modèle adopté par certains pays nordiques qui ont associé quotas stricts et filières locales, ce qui a permis de préserver les stocks tout en développant des produits à forte valeur ajoutée.
Un troisième volet concerne la création d’emplois. La priorité à la pêche artisanale et à la transformation locale rompt avec l’exportation brute de matières premières. Chaque tonne transformée sur place génère plusieurs emplois supplémentaires dans la logistique, la transformation, la commercialisation et le tourisme de pêche. La modernisation des débarcadères et des chaînes du froid réduit les pertes post-récolte et augmente les marges pour les pêcheurs, rendant la filière plus attrayante pour les jeunes qui cherchent des métiers qualifiés au lieu de migrer.
La réforme doit intégrer des dispositifs concrets: formation technique pour les pêcheurs, microcrédits pour l’achat d’embarcations durables, contrôle satellitaire des zones maritimes et sanctuaires marins pour assurer le renouvellement des stocks. Je soutiens l’idée d’un label national pour le poisson issu de pratiques responsables, car un label crédible multiplie la valeur du produit sur les marchés internationaux. Un investisseur voit alors non seulement un port ou une usine, mais une filière certifiée avec des débouchés durables.
En outre, une gouvernance souveraine renforce la capacité de négociation de l’État lors des partenariats étrangers. La clarté juridique empêche les accords léonins et encourage des joint-ventures équilibrées où la technologie et le capital étrangers s’accompagnent d’un transfert de compétences et d’une part réelle de valeur pour les communautés locales. Je cite volontiers la formule suivante: « gestion durable et prospérité locale peuvent aller de pair », parce que j’ai vu des projets où la préservation des stocks a permis d’accroître les revenus sur le long terme.
Les études internationales montrent que la pêche durable augmente les rendements à long terme et que la transformation locale multiplie la valeur ajoutée d’un facteur deux à quatre selon les filières. En intégrant des données de suivi et en favorisant la coopération entre instituts de recherche et pêcheurs, le nouveau Code peut instituer une gestion adaptative fondée sur la science et sur l’expérience des communautés.
Je suis convaincu que la révision du Code de la Pêche est une opportunité historique pour transformer l’économie maritime sénégalaise en un moteur d’emplois et d’investissements durables, tout en garantissant la pérennité des ressources. Avec des règles claires, des incitations intelligentes et une gouvernance inclusive, la mer reprendra sa place de richesse partagée et renouvelable, et les jeunes trouveront dans la pêche et la transformation des perspectives dignes et durables. C’est une ambition exigeante, mais justice sociale et croissance verte peuvent enfin se rejoindre sur nos côtes.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Doudou Diop.
Mis en ligne : 01/02/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




