Accusations faciles et stratégie politique : Le jeu dangereux du général Tiani - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 03/02/2026 09:02:00

Accusations faciles et stratégie politique : Le jeu dangereux du général Tiani

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L’attaque spectaculaire de l’aéroport international de Niamey, dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a offert au général Abdourahamane Tiani une tribune pour accuser nommément Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara d’être les « sponsors » des assaillants. Dans une déclaration au ton menaçant, le chef de la junte nigérienne a ainsi choisi de désigner des ennemis extérieurs, plutôt que de s’interroger sur les failles sécuritaires internes ou de présenter des preuves tangibles. Cette posture, loin d’être anodine, s’inscrit dans une stratégie politique bien rodée : détourner l’attention des défis réels du pays et consolider un discours souverainiste, tout en renforçant l’axe anti-occidental que le Niger forme désormais avec le Mali et le Burkina Faso.

Depuis le coup d’État de 2023, le Niger s’est progressivement isolé de ses partenaires traditionnels, notamment la France et les institutions régionales comme la CEDEAO. La junte a rompu les accords militaires avec Paris, nationalisé les actifs d’Orano (ex-Areva) dans le secteur de l’uranium, et multiplié les déclarations hostiles à l’encontre des anciennes puissances coloniales. En parallèle, elle s’est rapprochée de la Russie, qui fournit désormais un soutien militaire et sécuritaire, comme l’a souligné Tiani lui-même après l’attaque de Niamey : « Nous félicitons […] les partenaires russes qui ont défendu avec professionnalisme leur secteur de sécurité ».

Cette dynamique n’est pas isolée : le Mali et le Burkina Faso, également dirigés par des juntes militaires, ont adopté une trajectoire similaire, formant avec le Niger une « Alliance des États du Sahel » (AES) qui prône une souveraineté de rupture avec l’Occident. Pourtant, les résultats de ces choix sont loin d’être probants. Comme le note l’IRIS, ces régimes ont « aggravé la crise sécuritaire, alimenté le chaos institutionnel et ouvert la voie à des ingérences étrangères aux conséquences désastreuses pour les populations ».

L’attaque de Niamey, bien que grave, n’a été revendiquée par aucun groupe. Pourtant, Tiani n’a pas hésité à pointer du doigt la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire, sans apporter la moindre preuve de leur implication. Cette précipitation interroge : pourquoi accuser si vite, si fort, et sans élément concret ? La réponse réside dans la nécessité pour la junte de légitimer son pouvoir et de mobiliser l’opinion publique autour d’un ennemi commun. En désignant des boucs émissaires extérieurs, Tiani détourne l’attention des échecs internes : insécurité persistante, gestion contestée des ressources naturelles, et isolement diplomatique croissant.

Par ailleurs, l’attaque a visé un site stratégique abritant non seulement des infrastructures militaires, mais aussi un stock d’uranium au cœur d’un bras de fer avec Orano. La junte, qui a nationalisé les mines et saisi plus de 1 000 tonnes d’uranium, cherche à contrôler cette ressource clé pour financer son régime et s’affranchir de toute dépendance occidentale. Or, cette stratégie risque d’aggraver les tensions économiques et juridiques, comme en témoignent les menaces de poursuites judiciaires brandies par Orano et le gouvernement français.

Accuser sans preuve affaiblit la crédibilité du Niger sur la scène internationale. Aucun groupe, aucune enquête indépendante n’a confirmé l’implication des pays visés. Cette précipitation discrédite les autorités nigériennes et alimente les suspicions sur leurs véritables motivations. En rompant avec la CEDEAO et en s’aliénant ses voisins, le Niger s’expose à des sanctions et à une marginalisation régionale. Les partenariats avec la Russie, souvent présentés comme une alternative, se révèlent coûteux et peu transparents, comme l’a montré l’expérience malienne avec le groupe Wagner.

La nationalisation des mines et la saisie de l’uranium, bien que présentées comme un acte de souveraineté, risquent de plonger le pays dans des litiges juridiques interminables et de décourager les investisseurs étrangers. La France, premier client historique, pourrait se tourner vers d’autres fournisseurs, privant le Niger de revenus essentiels. En concentrant ses efforts sur la lutte contre des « ennemis extérieurs » imaginaires, la junte néglige les véritables menaces terroristes qui frappent le Sahel. Les groupes jihadistes, comme le JNIM, profitent de ces divisions pour étendre leur influence, comme l’a souligné la DW après l’attaque de Niamey.

Le Niger semble reproduire les erreurs du Mali et du Burkina Faso. Ces deux pays, après avoir rompu avec la France et la CEDEAO, ont vu leur situation sécuritaire se dégrader, malgré l’arrivée de mercenaires russes. Les promesses de stabilité et de développement n’ont pas été tenues, et les populations paient le prix fort d’un isolement croissant et d’une militarisation à outrance.

Les accusations portées par Abdourahamane Tiani contre Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara relèvent davantage de la manœuvre politique que de la réalité factuelle. En l’absence de preuves, ces déclarations servent avant tout à consolider un pouvoir fragile, à justifier un rapprochement avec la Russie, et à masquer les échecs internes. Pourtant, cette posture radicale expose le Niger à des risques majeurs : isolement diplomatique, dégradation sécuritaire, et perte de crédibilité internationale.

Plutôt que de brandir des menaces et de désigner des ennemis, la junte nigérienne gagnerait à s’attaquer aux vrais défis du pays : la lutte contre le terrorisme, la gestion transparente des ressources, et le rétablissement d’un dialogue constructif avec ses partenaires régionaux et internationaux. Sans cela, le Niger risque de s’enfermer dans une spirale d’instabilité, au détriment de sa population et de sa stabilité à long terme.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousseynou Diop.
Mis en ligne : 03/02/202
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