Carburant, blocus et impuissance : Comment le JNIM asphyxie le Mali - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 03/02/2026 04:02:30

Carburant, blocus et impuissance : Comment le JNIM asphyxie le Mali

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

L’attaque du 29 janvier 2026 contre un convoi de camions-citernes dans la région de Kayes, attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, est un nouveau rappel brutal de l’incapacité de l’État malien à protéger ses infrastructures vitales. Malgré les escortes militaires et les annonces de mesures de rationnement, des dizaines de camions ont été réduits en cendres, des vies perdues, et l’économie locale asphyxiée. Si les autorités minimisent l’impact sur l’approvisionnement, la réalité est bien plus sombre : ces attaques ne sont pas des incidents isolés, mais les maillons d’une stratégie jihadiste multidimensionnelle, à la fois militaire, économique et humanitaire, qui expose les failles criantes de la gouvernance malienne.

Kayes, carrefour stratégique entre le Mali et ses voisins, est devenue la cible privilégiée du JNIM depuis septembre 2025. Le groupe y mène un « jihad économique », visant à couper les approvisionnements en carburant, à déstabiliser les autorités et à plonger la population dans la précarité. Les attaques répétées sur les convois, les mines et les sites industriels ont déjà provoqué des pénuries d’essence et d’électricité, contraignant les autorités à fermer écoles et universités, et à instaurer un rationnement du carburant à l’approche du ramadan. Cette situation s’inscrit dans une logique de blocus systématique, visant à isoler Bamako et à saper la légitimité de la junte au pouvoir.

Les mesures annoncées par le gouvernement – escortes militaires, rationnement, lutte contre les trafics – peinent à endiguer la crise. Pire, elles révèlent une improvisation dangereuse. Le rationnement, présenté comme une solution, est en réalité un aveu d’impuissance : il ne fait qu’aggraver les tensions sociales et les files d’attente interminables devant les stations-service, sans résoudre le problème de fond. Les escortes militaires, quant à elles, se révèlent insuffisantes, comme en témoignent les attaques récurrentes sur l’axe Kayes-Sénégal, pourtant considéré comme sécurisé. Le JNIM, lui, a su adapter sa tactique, ciblant désormais les convois malgré la présence de soldats maliens et russes, et étendant son emprise sur les corridors commerciaux vitaux.

Les escortes, bien que renforcées, n’ont pas empêché la destruction de dizaines de camions en janvier 2026. Le JNIM a même revendiqué des embuscades contre l’armée, prouvant sa capacité à contourner les dispositifs de sécurité.

La pénurie de carburant paralyse l’économie, fait flamber les prix, et prive les ménages d’accès aux biens de première nécessité. Les coupures d’électricité, les transports bloqués et l’inflation créent un cercle vicieux de pauvreté et de tensions, que le gouvernement semble incapable de briser.

Le rationnement, censé lutter contre le marché noir, risque de pénaliser davantage les citoyens que les réseaux illicites, déjà bien organisés. Les autorités accusent les entreprises et les trafiquants, mais leur propre incapacité à sécuriser les axes routiers est le vrai problème.

En asphyxiant l’économie, le JNIM affaiblit l’État sans avoir besoin de conquérir militairement Bamako. Il construit une légitimité alternative en comblant les vides étatiques, notamment dans les zones rurales abandonnées.

Cette situation rappelle les stratégies de blocus économique utilisées par d’autres groupes armés, comme l’État islamique en Syrie ou les Talibans en Afghanistan. Dans les deux cas, l’asphyxie des populations a précédé la chute des régimes en place. Au Sahel, le JNIM reproduit ce schéma, avec une différence majeure : l’État malien, déjà fragilisé par des coups d’État à répétition, n’a ni les moyens ni la cohésion pour riposter efficacement.

Les attaques du JNIM ne sont pas seulement une menace sécuritaire, mais un test de résistance pour l’État malien. Force est de constater que, jusqu’à présent, ce test est un échec. Sans une refonte profonde de la stratégie – combinant sécurité, développement économique et dialogue avec les populations locales – le Mali risque de sombrer dans un chaos durable, où les jihadistes dicteront les règles. La junte doit cesser de se voiler la face : sans une réponse globale et coordonnée, le « jihad économique » du JNIM aura raison de sa légitimité et de la stabilité du pays.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Doudou Faye.
Mis en ligne : 03/02/202
6

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top