Grammy Awards : La reconnaissance tardive et partielle de l’Afrique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Musique | Par Eva | Publié le 03/02/2026 07:02:50

Grammy Awards : La reconnaissance tardive et partielle de l’Afrique

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L’annonce de la nomination de Youssou Ndour aux Grammy Awards 2026 a été saluée comme une nouvelle consécration pour l’artiste sénégalais, déjà auréolé d’un Grammy en 2005 pour son album « Egypt ». Sa réaction, empreinte d’humilité – « La musique va au-delà des trophées » – a été largement relayée comme un exemple de noblesse et de sagesse. Pourtant, derrière cette image d’Épinal se cachent des réalités moins reluisantes : celles d’un système de récompenses international encore marqué par des biais structurels, une reconnaissance tardive et partielle de la musique africaine, et une instrumentalisation parfois ambiguë de ses ambassadeurs.

Youssou Ndour est sans conteste une figure majeure de la musique africaine. Son parcours, de Dakar aux scènes mondiales, incarne la réussite d’un artiste engagé, porteur d’une culture riche et plurielle. Son Grammy de 2005 a marqué un tournant, offrant une visibilité inédite à la musique sénégalaise et africaine.

Pourtant, cette reconnaissance s’inscrit dans un contexte plus large, celui d’une industrie musicale occidentale qui a longtemps marginalisé les artistes africains, les cantonnant à des catégories spécifiques (« musique du monde », puis « meilleure performance africaine ») plutôt que de les intégrer pleinement dans les récompenses majeures. Comme le souligne un article de Jeune Afrique, la création d’une catégorie dédiée à l’Afrique aux Grammy Awards peut être interprétée comme une forme de ghettoïsation, limitant la portée réelle de cette reconnaissance.

La déclaration de Youssou Ndour, aussi noble soit-elle, ne doit pas occulter les critiques récurrentes adressées aux Grammy Awards. En 67 ans d’existence, seuls 12 artistes noirs ont remporté le trophée de l’album de l’année, et les artistes africains restent largement absents des catégories principales. La nomination de Chris Brown dans la catégorie « meilleure performance africaine » en 2025 a ainsi suscité une polémique, révélant une méconnaissance – voire un mépris – des spécificités culturelles du continent. De plus, la nouvelle catégorie « africaine » risque de confiner les artistes dans une case identitaire, plutôt que de célébrer leur universalité.

Les Grammy Awards ont été accusés à maintes reprises de partialité, notamment envers les artistes non-occidentaux. La création d’une catégorie « africaine » est une avancée, mais elle peut aussi être perçue comme une manière de maintenir les artistes africains à l’écart des récompenses les plus prestigieuses.

Si Youssou Ndour, Angélique Kidjo ou Burna Boy sont aujourd’hui mis en avant, leur succès reste l’exception plutôt que la règle. La plupart des artistes africains peinent à percer sur la scène internationale sans le soutien de stars occidentales ou de collaborations stratégiques.

La musique africaine est souvent célébrée pour son exotisme ou son potentiel commercial, plutôt que pour sa profondeur artistique. Les collaborations avec des artistes occidentaux sont parfois perçues comme une condition sine qua non pour accéder à une reconnaissance globale, ce qui pose la question de l’autonomie culturelle.

Cette dynamique n’est pas propre aux Grammy Awards. En France, par exemple, les artistes africains sont souvent relégués dans la catégorie « musiques du monde », limitant leur accès à un public plus large. Comme le note un article de Cairn.info, les musiques africaines sont encore trop souvent perçues à travers le prisme de l’ethnicité, plutôt que pour leur valeur artistique intrinsèque. En Afrique du Sud, malgré l’essor de l’afrobeat et du kwaito, les artistes locaux doivent composer avec des stéréotypes persistants et un manque de reconnaissance institutionnelle.

Youssou Ndour a raison de rappeler que la musique transcende les récompenses. Mais cette affirmation ne doit pas servir à minimiser les inégalités structurelles qui persistent dans l’industrie musicale. La véritable reconnaissance de la musique africaine passera par une intégration pleine et entière dans les catégories majeures, une meilleure représentation des artistes dans les instances décisionnelles, et une valorisation de leur créativité sans filtre exotisant. Les Grammy Awards, et plus largement l’industrie musicale mondiale, ont encore un long chemin à parcourir pour offrir une place équitable aux artistes africains.

En attendant, les paroles de Youssou Ndour résonnent comme un rappel salutaire : la musique est avant tout un langage universel, un vecteur de paix et de dialogue. Mais pour que ce message porte pleinement, il faut que les institutions qui la célèbrent fassent preuve de la même humilité et de la même ouverture qu’elles exigent des artistes.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Pape Mané.
Mis en ligne : 03/02/202
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