Crise alimentaire au Sahel : Les alertes ne suffisent plus, il faut agir - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 04/02/2026 01:02:10

Crise alimentaire au Sahel : Les alertes ne suffisent plus, il faut agir

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Un récent rapport de la FAO tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : près de 42 millions de personnes en Afrique de l’Ouest et au Sahel sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire, un chiffre qui pourrait atteindre 53 millions d’ici août 2026 si rien n’est fait. L’organisation appelle à une réponse collective d’urgence, combinant aide humanitaire et solutions durables. Pourtant, force est de constater que les appels à la mobilisation se heurtent à une réalité implacable : l’aggravation de la crise, malgré les alertes répétées, révèle l’incapacité de la communauté internationale et des États concernés à inverser la tendance. Derrière les chiffres, c’est l’échec d’un système qui se dessine, où les promesses ne suffisent plus à masquer l’inaction.

L’insécurité alimentaire dans cette région n’est pas un phénomène nouveau, mais son ampleur actuelle est sans précédent. Les causes sont connues : conflits armés persistants (notamment au Nigeria, au Mali, au Niger et au Burkina Faso), chocs climatiques (sécheresses, inondations, désertification), flambée des prix des denrées alimentaires et réduction drastique des financements humanitaires. Depuis 2020, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë a augmenté de 20 %, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Les populations les plus vulnérables, souvent déplacées par la violence, voient leurs moyens de subsistance s’effriter, tandis que les États peinent à garantir un accès équitable aux terres et à l’eau.

La période de soudure (juin à août), où les stocks s’épuisent avant les nouvelles récoltes, aggrave chaque année la situation. Dans l’État de Borno, au Nigeria, 15 000 personnes risquent la famine d’ici juillet 2026 si aucune assistance n’est déployée. Pourtant, les plans de réponse humanitaire ne sont financés qu’à hauteur de 24 % en 2025, obligeant les ONG à réduire leurs interventions et à faire des choix impossibles entre les communautés à soutenir.

La FAO et ses partenaires insistent sur la nécessité de renforcer la résilience des systèmes agricoles, d’améliorer l’accès aux intrants et de diversifier la production. Pourtant, les investissements restent insuffisants. Le coût d’une alimentation nutritive dans le Sahel central est 110 % plus élevé que le salaire minimum local, rendant impossible pour des millions de ménages de se nourrir correctement. Les projets de résilience, bien que louables, se heurtent à des réalités économiques et sécuritaires : les agriculteurs, confrontés à la hausse des prix des engrais et à l’insécurité, abandonnent leurs champs.

La dépendance aux importations alimentaires, couplée à la dépréciation des monnaies locales et à l’inflation galopante (jusqu’à 103 % au Nigeria en 2024), aggrave la crise. Les pays côtiers comme le Sénégal ou la Sierra Leone, autrefois épargnés, voient désormais leurs populations basculer dans la précarité. Pourtant, les solutions existent : diversification des cultures, gestion durable de l’eau, soutien aux filières locales. Mais leur mise en œuvre bute sur le manque de volonté politique et de coordination régionale.

Malgré les appels répétés, les financements humanitaires ne suivent pas. En 2025, seuls 1,8 milliard de dollars ont été mobilisés sur les 7,8 milliards nécessaires, soit à peine 24 %. Les donateurs, confrontés à des crises multiples (Ukraine, Moyen-Orient), réduisent leurs contributions, laissant les populations sahéliennes à leur sort. L’ONU elle-même reconnaît que les coupes budgétaires ont forcé les humanitaires à abandonner des millions de personnes.

Les distributions d’aide alimentaire, bien que vitales, ne suffisent pas. Elles créent une dépendance et ne résolvent pas les causes structurelles de la crise. Pourtant, les programmes de développement agricole et de protection sociale, pourtant identifiés comme prioritaires, restent sous-financés.

Les conflits intercommunautaires, les tensions entre éleveurs et agriculteurs, et la montée du terrorisme dans le Sahel central (Burkina Faso, Mali, Niger) paralysent les efforts de coopération. Les États, souvent fragilisés par l’instabilité politique, peinent à mettre en œuvre des politiques cohérentes.

En Asie du Sud, la prévalence de la sous-alimentation a reculé de 7,9 % à 6,7 % entre 2022 et 2024, grâce à des politiques publiques ciblées et à des investissements massifs dans l’agriculture. En Amérique latine, des programmes de protection sociale ont permis de réduire la faim de manière significative. En Afrique de l’Ouest, en revanche, les initiatives restent fragmentées et sous-financées. Le contraste est frappant : alors que le coût d’une alimentation saine est aussi élevé qu’aux États-Unis, les revenus moyens ne permettent pas aux ménages de s’alimenter correctement.

La crise alimentaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel n’est pas une fatalité. Elle est le résultat d’un enchaînement de défaillances : manque de financements, absence de vision à long terme, et incapacité à briser le cycle des conflits et de la pauvreté. Les appels de la FAO et du PAM doivent être entendus, mais ils ne suffiront pas sans un sursaut politique et une mobilisation réelle des ressources.

Il est temps de passer des discours aux actes. Sans une réponse collective, ambitieuse et coordonnée, des millions de vies resteront en suspens. La question n’est plus de savoir si la crise va s’aggraver, mais quand elle deviendra ingérable. L’urgence n’est plus seulement humanitaire : elle est morale.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba Faye.
Mis en ligne : 04/02/202
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