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L’ancien président Macky Sall séjourne à Marrakech, au Maroc, accueilli comme hôte du Royaume en dehors de tout transfert judiciaire public. Abdou Soulèye Diop, vice-président sénégalais d’une importante confédération patronale marocaine, a expliqué que cette hospitalité s’inscrivait dans la continuité des relations entre les deux pays. Cette arrivée intervient après des procédures judiciaires et des remous politiques au Sénégal autour de la fin de son mandat.
Je suis inquiet face à cette hospitalité sans conditions judiciaires. Accueillir un ex-chef d’État controversé loin de son pays, sans garanties que la justice puisse suivre son cours, fragilise la crédibilité de nos institutions. On ne parle pas seulement d’un geste diplomatique; il s’agit d’un signal envoyé aux citoyens et aux partenaires internationaux sur la manière dont la responsabilité politique et pénale est traitée.
Les traditions d’hospitalité entre États existent depuis longtemps, parfois pour des raisons humaines, parfois pour apaiser des tensions politiques. Ici, la pratique marocaine d’offrir refuge à des personnalités étrangères a des précédents historiques qui influencent la perception publique.
Je refuse de dissocier la dimension symbolique de la dimension pratique. Symboliquement, permettre à un ancien président de s’installer à l’étranger sans un cadre judiciaire clair donne l’impression que la justice nationale peut être contournée par des arrangements diplomatiques. Pratiquement, cela complique l’action des magistrats sénégalais, qui peuvent voir leurs enquêtes entravées par l’absence du mis en cause ou par des difficultés d’extradition. Le risque est double: perte de confiance interne et affaiblissement de la posture républicaine à l’extérieur.
La souveraineté judiciaire se mesure aussi à la capacité d’un État à faire respecter ses décisions. Quand un ex-président impliqué dans des controverses trouve un havre d’accueil sans conditions, la victime potentielle ressent une injustice et le citoyen doute. J’entends des voix qui plaident pour la diplomatie, pour la préservation des relations bilatérales, et je comprends la prudence qui motive ces positions. Pourtant, la politique étrangère ne devrait pas devenir un paravent pour l’impunité.
Premièrement, la légitimité des institutions repose sur l’idée que nul n’est au-dessus des lois. Si l’exercice du pouvoir laisse place à des échappatoires géopolitiques, l’exemplarité attendue des dirigeants s’effrite. Deux exemples aident à saisir le problème: lorsqu’un ancien chef d’État bénéficie d’un exil sans accords judiciaires, les victimes et les enquêteurs perdent l’accès direct à des éléments de preuve; inversement, lorsque des mécanismes d’entraide judiciaire sont activés, la transparence progresse et la confiance se reconstruit. Comparer ces deux trajectoires montre l’enjeu concret pour l’État de droit.
Deuxièmement, l’image internationale du Sénégal est en jeu. Les partenaires économiques et les bailleurs observent la manière dont un pays traite ses affaires internes. Un accueil diplomatique perçu comme un contournement de la justice affaiblit la crédibilité du pays dans des négociations où la gouvernance et la transparence comptent. Je crains que des entreprises ou des investisseurs interrogent la fiabilité des institutions sénégalaises si elles estiment que la justice peut être mise entre parenthèses.
Troisièmement, il y a un coût démocratique. Les contestations politiques ne s’apaisent pas uniquement par des gestes d’hospitalité; elles exigent des réponses claires, des procédures respectées, et si besoin, des compromis encadrés par la loi. Sans encadrement judiciaire, l’exil d’un dirigeant controversé devient une zone grise propice aux rumeurs, aux conspirations et à la polarisation.
Les précédents historiques montrent que des États ont su conjuguer hospitalité et respect des procédures: des accords d’entraide judiciaire, des mises à disposition temporaires ou des garanties de comparution ont permis la protection humanitaire sans sacrifier la justice. S’inspirer de ces pratiques éviterait l’alternative binaire entre accueil inconditionnel et confrontation diplomatique. Des exemples comparatifs avec d’autres pays africains illustrent que la coopération judiciaire reste possible même lorsque l’hôte propose une hospitalité politique.
Je crois que l’hospitalité a des vertus humaines et diplomatiques, mais elle ne doit pas devenir une échappatoire pour qui est soupçonné par la justice de son propre pays. Accueillir un ex-président controversé sans conditions judiciaires compromet la crédibilité du Sénégal, affaiblit la confiance des citoyens et livre la justice à l’instinct des équilibres diplomatiques. Il faudrait exiger des garanties claires: coopération judiciaire, accès aux magistrats et engagement de transparence. Sans cela, le geste d’amitié risque de coûter cher à l’autorité morale du pays.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Aliou Seye.
Mis en ligne : 05/02/2026
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