Récolte record sans stockage : Les champs de pommes de terre menacés - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Agriculture | Par Eva | Publié le 07/02/2026 07:02:50

Récolte record sans stockage : Les champs de pommes de terre menacés

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Depuis le 31 janvier, les producteurs maraîchers de Notto-Gouye-Diama, dans la zone des Niayes (département de Tivaouane), signalent une accumulation de pommes de terre non vendues dans les champs et dénoncent l’absence de débouchés commerciaux. Le président des maraîchers locaux, Yancoba Ndiaye, a exprimé l’appel auprès du ministre du Commerce et des membres de l’Agence pour la Relance des Marchés (ARM) pour obtenir des solutions de commercialisation et des magasins de stockage. Ces agriculteurs saluent la subvention des semences et des intrants, mais soulignent l’incapacité actuelle à écouler la production.

Le constat met en lumière un décalage entre l’aide matérielle et l’accompagnement commercial: des semences subventionnées ont permis une production abondante, mais aucun mécanisme structuré n’a été mis en place pour transformer ce volume en ventes. La situation expose les risques de perte post-récolte et interroge l’efficacité des politiques agricoles axées sur l’achat symbolique plutôt que sur la gestion complète des filières.

La récolte de pomme de terre a démarré fin janvier dans la zone des Niayes et, selon les maraîchers, la production est sortie « en quantité et en qualité » sans qu’un marché local satisfaisant ne permette son écoulement.

Les éléments factuels disponibles pointent vers trois forces conjuguées: la subvention des semences et des intrants, l’absence de plan de commercialisation structuré, et le manque d’infrastructures de stockage. Le premier élément est avéré par la distribution d’intrants aux exploitations maraîchères. Le deuxième se manifeste par la dénonciation publique du défaut de marché pour écouler les stocks. Le troisième se matérialise dans la demande répétée des maraîchers pour des magasins de stockage promises par les autorités.

L’absence de débouchés provoque des conséquences mesurables: maintien des tubercules dans les champs au-delà des périodes optimales de récolte, augmentation du risque de dégradation sanitaire et baisse potentielle des prix en cas d’afflux simultané de l’offre sur un marché restreint. Ces phénomènes sont observables dans d’autres contextes agricoles lorsque la logistique commerciale n’accompagne pas la production. À la différence de certaines filières exportatrices qui disposent de contrats d’écoulement, la filière pomme de terre des Niayes reste majoritairement orientée vers le marché local sans garanties d’achat.

Le premier argument factuel relie la subvention à l’excès de production: en facilitant l’accès aux semences, l’État a contribué à une augmentation de l’offre sans conditionner l’aide à un plan de vente. Le deuxième argument se fonde sur l’absence d’infrastructures: les producteurs réclament depuis plusieurs campagnes des magasins de stockage capables d’absorber les éventuelles méventes. Le troisième argument concerne la gouvernance des marchés: l’appel direct adressé au ministre du Commerce et à l’ARM traduit une demande de médiation institutionnelle qui n’a pas encore trouvé de réponse opérationnelle.

La juxtaposition des faits montre une logique d’affichage politique: l’octroi d’intrants subventionnés constitue une action visible et immédiate pour les autorités, tandis que la construction d’un dispositif commercial exige un engagement plus long et des moyens organisationnels. Comparée à des programmes intégrés qui lient subvention et contrat d’écoulement, la démarche observée aux Niayes apparaît incomplète. Comme dans d’autres régions confrontées à des excédents saisonniers, l’absence de stockage et de circuits commerciaux fiables transforme une réussite agronomique en risque économique.

Des études sur la post-récolte en zone tropicale démontrent que sans stockage adapté, les pertes peuvent atteindre 20 à 40 % selon les conditions climatiques et sanitaires. Des exemples régionaux montrent que la mise en place de silos, d’entrepôts réfrigérés ou de contrats de vente anticipés réduit significativement ces pertes et stabilise les revenus des producteurs.

Les faits rapportés par les maraîchers de Notto-Gouye-Diama dressent un tableau précis: des semences subventionnées ont permis une forte production depuis le 31 janvier, mais l’absence de marché et de magasins de stockage laisse la récolte exposée aux pertes. La demande formulée auprès du ministre du Commerce et de l’ARM pour matérialiser des infrastructures de stockage repose sur une nécessité concrète et chiffrable. Si les autorités maintiennent une politique centrée sur la distribution d’intrants sans articuler des mesures de commercialisation, la filière risque de voir se répéter des campagnes où l’offre abondante débouche sur des tonnes de pommes de terre invendues.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Diarra Bousso.
Mis en ligne : 07/02/2026

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