Cinq ans pour réinventer le Sénégal : Le pari populiste de Sonko - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 09/02/2026 03:02:40

Cinq ans pour réinventer le Sénégal : Le pari populiste de Sonko

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Ousmane Sonko, leader du parti Pastef, a tenu un meeting récent à Fass Barigo lors d’une tournée politique nationale. Il y a déclaré vouloir « un mandat de 5 ans » et proposer « un contrat social » comme charte entre sa formation et les citoyens, tout en affirmant qu’il ne perçoit pas d’argent de l’État. Ces éléments ont été prononcés devant ses partisans rassemblés sur place.

L’intervention a visé à rassurer une base jeune et mobilisée, mais elle a aussi posé des questions sur la consistance des engagements avancés et sur les garanties institutionnelles offertes en cas d’exercice du pouvoir.

La proposition de contrat social s’inscrit dans un climat politique marqué par la défiance envers les institutions et par des appels répétés à une refondation des pratiques publiques, tandis que la campagne de visibilité de M. Sonko s’intensifie dans plusieurs localités.

Les déclarations publiques reprennent deux motifs récurrents: la quête d’un mandat temporel précis et la promesse d’un pacte moral liant le dirigeant et le peuple. Sur le plan formel, un mandat de cinq ans renvoie à une durée claire, mais un contrat social sans contenu légalisé demeure une notion floue. Les démocraties constitutionnelles encadrent généralement les engagements politiques par des textes, des mécanismes de contrôle et des institutions indépendantes. En l’absence d’articles, de procédures de ratification ou de garanties juridiques, la transformation d’une promesse en droit opposable aux autorités reste incertaine.

Les risques concrets concernent la vacance de dispositifs de reddition des comptes et la dépendance à la bonne foi d’un exécutif. Si un document appelé « contrat social » se limite à des engagements verbaux ou à une charte symbolique, il peut donner l’illusion d’une contractualisation sans permettre de sanction formelle en cas de manquement. Les institutions de contrôle — justice, administration, instances de régulation — pourraient se retrouver fragilisées si l’exercice du pouvoir passe par des mécanismes improvisés plutôt que par des réformes codifiées.

Premièrement, la promesse de ne pas toucher d’argent public peut rassurer électeurs et observateurs, mais elle ne remplace pas des mécanismes transparents de financement politique et d’audit public. Les lois sur le financement des partis et les comptes publics fournissent des garde-fous qu’une posture morale ne suffit pas à garantir.

Deuxièmement, l’obsession pour le mandat comme objectif central peut détourner l’attention des politiques publiques concrètes: santé, éducation, sécurité économique. Un mandat sans feuille de route détaillée expose à une gouvernance réactive plutôt que planifiée. Des exemples régionaux montrent que des gouvernements arrivés au pouvoir sur des slogans ont dû improviser des politiques, entraînant des ruptures budgétaires et des tensions institutionnelles.

Troisièmement, l’absence d’articulation entre engagements et institutions crée un vide où l’autorité exécutive peut, volontairement ou non, contourner les procédures établies. La stabilité démocratique dépend d’équilibres: textes constitutionnels, contre-pouvoirs et procédures de transparence. Remplacer ces équilibres par un contrat moral personnel expose la collectivité à des décisions non encadrées.

Des études comparatives montrent que les chartes citoyennes efficaces combinent engagement populaire et inscription légale. Par comparaison, certains pays ont transformé des manifestes politiques en lois ou en réformes constitutionnelles, ce qui a renforcé la prévisibilité. À l’inverse, des expériences où les promesses restaient déclaratives ont conduit à des déconvenues administratives et à une érosion de la confiance publique. Les indicateurs de gouvernance, tels que la transparence budgétaire et l’indépendance judiciaire, restent des repères mesurables pour évaluer la solidité d’un projet politique.

Les propos d’Ousmane Sonko mettent en avant une ambition claire: un mandat de cinq ans et un contrat moral avec la population. Ces promesses portent un fort potentiel mobilisateur, surtout auprès des jeunes. Elles révèlent cependant une lacune factuelle: sans textes, procédures et contrôles explicites, la charte risque de rester symbolique et d’ouvrir la voie à une gouvernance improvisée. Pour que de telles propositions deviennent des garanties tangibles, il faudrait des mécanismes juridiques, des engagements chiffrés et des institutions renforcées capables de transformer les promesses en responsabilités vérifiables.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Mariama D.
Mis en ligne : 09/02/2026

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