Crise à l’UCAD : Quand la précarité étudiante devient une bombe sociale - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Education | Par Eva | Publié le 10/02/2026 08:02:10

Crise à l’UCAD : Quand la précarité étudiante devient une bombe sociale

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L’actualité récente a mis en lumière une crise universitaire alarmante : la suspension des bourses et la fermeture des restaurants universitaires à l’UCAD, dénoncées avec vigueur par le député Abdou Mbow. Qualifiant ces mesures d’« illégales et inhumaines », il pointe une volonté délibérée d’« affamer » les étudiants, déjà en proie à une précarité croissante. Si le ton est fort, il reflète une réalité indéniable : ces décisions, prises sans concertation ni anticipation, fragilisent le droit à l’éducation et risquent d’aggraver les tensions sociales.

Notre analyse, résolument critique, interroge les conséquences de ces choix politiques et leur cohérence avec les valeurs de solidarité et de justice sociale.

Au Sénégal, comme dans de nombreux pays africains, les étudiants dépendent largement des bourses et des restaurants universitaires pour survivre. Selon les témoignages recueillis, ces dispositifs ne sont pas des privilèges, mais des filets de sécurité essentiels dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie et la rareté des emplois étudiants. La fermeture des restaurants universitaires, décidée en réaction à des mouvements de grève, prive des milliers d’étudiants de leur seul accès à une alimentation abordable, tandis que les retards de paiement des bourses, parfois de plusieurs mois, les plongent dans une insécurité financière chronique.

Cette situation n’est pas isolée : en France, par exemple, la suppression des APL pour certains étudiants étrangers a récemment suscité une vague d’indignation, révélant comment des mesures budgétaires peuvent basculer dans l’exclusion sociale et la discrimination. Ces comparaisons soulignent une tendance préoccupante : l’éducation et la jeunesse deviennent les variables d’ajustement des politiques d’austérité.

Les arguments avancés par les autorités — lutte contre les « abus » ou « sabotage » des restaurants universitaires — ne résistent pas à l’examen. La fermeture brutale des restaurants, présentée comme une sanction contre les grèves, ignore délibérément les causes profondes de la colère étudiante : des bourses payées avec des mois de retard, des montants insuffisants, et une absence de transparence dans la gestion des fonds. Pire, elle aggrave la précarité qu’elle prétend combattre.

Le député Abdou Mbow a raison de souligner l’illégalité de ces mesures, qui violent le droit à l’éducation et à une alimentation décente, garanti par les textes nationaux et internationaux. Leur caractère « inhumain » ne tient pas seulement à leur impact immédiat, mais aussi à leur manque total d’anticipation : aucune solution alternative n’a été proposée aux étudiants, aucun calendrier de régularisation des bourses n’a été communiqué.

L’accès à l’éducation et à la restauration universitaire est un droit, pas une faveur. Priver les étudiants de ces moyens, c’est les condamner à l’abandon scolaire ou à la survie précaire. Les tensions à l’UCAD ne sont pas un hasard. Elles reflètent un ras-le-bol face à des promesses non tenues et à un mépris affiché pour les réalités étudiantes. La répression ne fera qu’attiser la colère. Comment justifier des milliards de FCFA pour d’autres postes budgétaires, tout en invoquant la pénurie pour les bourses ? La priorité donnée à la sécurité plutôt qu’au dialogue est un aveu d’échec. En France, la suppression des APL pour les étudiants étrangers a montré comment une mesure présentée comme « technique » peut devenir un symbole d’exclusion. Le Sénégal doit éviter ce piège.

La comparaison avec d’autres contextes est édifiante. En Europe, la réduction des aides étudiantes a systématiquement conduit à une hausse de la précarité et des abandons de parcours. Aux États-Unis, la suspension de programmes comme l’USAID a plongé des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire, rappelant que les coupes budgétaires dans l’éducation et le social ont des conséquences durables. Ces exemples doivent servir d’avertissement : sacrifier la jeunesse au nom de l’équilibre budgétaire, c’est hypothéquer l’avenir du pays.

La dénonciation d’Abdou Mbow n’est pas une posture politique, mais un cri d’alarme. Suspendre les bourses et fermer les restaurants universitaires, c’est choisir la précarité comme mode de gouvernance. Ces mesures, en plus d’être injustes, sont contre-productives : elles alimentent la défiance, fragilisent la paix sociale, et risquent de priver le Sénégal d’une jeunesse formée et engagée.

Il est encore temps de rectifier le tir. Cela passe par :
Le rétablissement immédiat des bourses et des restaurants universitaires, avec un calendrier clair et transparent. Un dialogue sincère avec les représentants étudiants, pour réformer — et non démanteler — le système d’aides. Une réflexion sur le financement de l’enseignement supérieur, qui ne peut se faire au détriment des plus vulnérables.

L’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement. Affamer les étudiants, c’est affamer l’avenir du pays.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/02/202
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