Ces fermes britanniques qui vident nos marchés : Alerte au Sénégal - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 23/02/2026 08:02:00

Ces fermes britanniques qui vident nos marchés : Alerte au Sénégal

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Deux fermes britanniques situées dans la région de Saint-Louis, au nord du Sénégal, exploitent environ 2 000 hectares de terres et emploient près de9 000 personnes pour produire des légumes destinés à l’exportation vers le Royaume-Uni. Depuis les dernières saisons culturales, ces exploitations envoient des oignons nouveaux, des haricots verts, des piments et des épis de maïs vers les marchés britanniques via le port de Dakar. Certains experts britanniques affirment que « l’importation de légumes du Sénégal contribue aux émissions de gaz à effet de serre ».

La présence de capitaux et de logistiques étrangères transforme rapidement des terres et des filières locales en chaînes d’exportation bien rodées, au détriment possible de l’approvisionnement interne.

La région de Saint-Louis est déjà fragilisée par des saisons irrégulières et par une dépendance forte à l’irrigation, et les emplois agricoles y sont majoritairement féminins. L’arrivée d’achats à grande échelle pour l’export accentue les pressions sur l’accès aux ressources.

L’orientation prioritaire vers l’exportation vers le Royaume-Uni repose sur plusieurs mécanismes vérifiables qui peuvent restreindre l’accès à des aliments frais pour la population locale. D’abord, 2 000 hectares cultivés intensivement signifient une mainmise notable sur les terres irrigables de la zone, avec une allocation de l’eau tournée vers des cultures destinées à l’export. L’irrigation intensifiée nécessite des volumes d’eau supérieurs à ceux des cultures vivrières traditionnelles, et la concurrence pour l’eau se traduit souvent par une réduction des surfaces et des rendements pour les maraîchers locaux.

Ensuite, la main-d’œuvre de 9 000 personnes, bien que créatrice d’emplois, peut modifier les calendriers de production et les circuits de commercialisation. Les acheteurs internationaux privilégient des lots calibrés et des livraisons régulières, ce qui pousse les agriculteurs contractuels à réserver leur production aux chaînes d’exportation et à vendre hors circuit local. Ce phénomène a été observé dans d’autres contextes agricoles africains où les filières d’exportation entraînent une raréfaction des produits sur les marchés domestiques.

Le modèle logistique renforce cette dynamique: les légumes sont acheminés vers Dakar, puis embarqués sur des porte-conteneurs en direction du Royaume-Uni, ce qui implique des contrats d’achat garantis et des infrastructures privées de collecte. Ces garanties d’export favorisent la prévisibilité des revenus pour les investisseurs mais elles réduisent la flexibilité pour redistribuer les volumes en cas de besoins locaux urgents.

Les données de production et les schémas commerciaux démontrent trois risques concrets pour la sécurité alimentaire régionale. Le premier risque est la diminution de l’offre locale: quand des volumes importants partent à l’international, les marchés urbains sénégalais peuvent connaître des périodes de pénurie et des hausses de prix. Le deuxième risque concerne la durabilité hydrique: l’intensification de l’irrigation pour l’export accroît la vulnérabilité aux sécheresses, et la compétition pour l’eau impacte les cultures vivrières de subsistance. Le troisième risque touche la souveraineté alimentaire: la priorisation des cultures exportables fragilise les systèmes semenciers locaux et oriente les exploitations vers des variétés pensées pour l’export plutôt que pour l’alimentation locale.

Dans certains pays maghrébins, l’orientation vers l’export horticole a entraîné des tensions similaires sur l’eau et sur les marchés urbains; à l’opposé, des politiques de protection des circuits courts au Portugal ont maintenu une offre locale stable malgré des exportations. Le trajet logistique des légumes sénégalais jusqu’au Royaume-Uni ajoute en outre un coût environnemental mesurable, pointé par les experts britanniques cités plus haut, et ce coût se répercute indirectement sur la résilience alimentaire régionale.

Les faits montrent que l’exportation prioritaire de légumes vers le Royaume-Uni repose sur des superficies et des ressources qui étaient auparavant mobilisées pour l’alimentation locale, et que ce basculement comporte des risques tangibles pour l’accès à des produits frais en région. Les chiffres d’emploi et de surface cachent une redistribution des bénéfices et des ressources: l’économie d’export crée des emplois mais peut aussi précariser les marchés domestiques et accroître la dépendance aux importations alimentaires. La lecture des données invite à interroger les choix de développement agricole afin de préserver à la fois des revenus d’exportation et la sécurité alimentaire des populations sénégalaises.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadim F.
Mis en ligne : 23/02/2026

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