Trafic humain à Kédougou : Une arrestation qui cache un réseau plus vaste - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Maimouna | Publié le 24/02/2026 02:02:00

Trafic humain à Kédougou : Une arrestation qui cache un réseau plus vaste

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Le 18 février 2026, l’Antenne Régionale de Kédougou de la Division Nationale de Lutte contre le Trafic de migrants et pratiques assimilées a démantelé un réseau de traite des êtres humains et interpellé une mise en cause principale au « ROUGEO BAR » du village de Bantaco. La suspecte a été trouvée en chambre n°4 avec une victime nigériane récemment convoyée au Sénégal; l’affaire porte sur recrutement, transport et exploitation sexuelle.

L’opération a duré peu après la remontée d’un renseignement opérationnel et la police indique une dette de convoyage d’un million FCfa imposée à la victime. Le récit officiel présente l’arrestation comme une victoire de l’action policière, mais la description factuelle du mécanisme d’exploitation révèle des éléments qui dépassent le simple coup de filet.

La victime avait été amenée depuis le Nigéria via le Bénin et exploitée dès la troisième journée sur le territoire national; lors d’une nuit elle a généré 17 000 FCfa qui ont été confisqués, laissant un solde de 983 000 FCfa. L’enquête vise aussi la complicité transnationale et la falsification de documents.

Les faits montrent un système d’exploitation par la dette et une chaîne de facilitation régionale: organisation du voyage, impose­ment d’une « dette de convoyage », confiscation des revenus quotidiens, et formation de la victime aux « tarifs » de la prostitution. Ces éléments correspondent à des schémas décrits dans des rapports internationaux sur la traite: les réseaux utilisent la dette comme moyen de contrôle, souvent en lien avec des itinéraires transfrontaliers. La somme exigée ici, un million FCfa, représente l’équivalent de plusieurs années de revenus pour de nombreuses personnes vulnérables dans la région, ce qui illustre l’emprise économique du procédé.

La communication policière met l’accent sur l’arrestation unique et sur les chefs d’inculpation: association de malfaiteurs, traite de personnes et complicité de faux. Ces accusations sont pertinentes, mais elles ne rendent pas compte des facteurs structurels observés sur le terrain. Les causes sous-jacentes comme la pauvreté rurale, l’absence d’emplois décents, la demande locale et internationale de services sexuels, et la porosité des frontières sont absentes de la présentation. La description des faits sans ces éléments s’apparente à un récit de succès ponctuel plutôt qu’à une analyse du phénomène.

En présentant l’intervention comme une victoire isolée, la narration officielle minimise la responsabilité des chaînes transnationales et des éventuelles complicités locales: passeurs, tenanciers d’établissements, et acteurs de la corruption administrative ou policière. Comparé à d’autres opérations où des filets plus larges ont permis de remonter plusieurs maillons du réseau, l’opération de Kédougou paraît limitée. Comparé aussi à des études de cas en Afrique de l’Ouest, l’absence d’indication sur l’arrestation des recruteurs au Nigéria ou des intermédiaires au Bénin souligne le caractère partiel de l’action.

Les statistiques régionales publiées par des organisations spécialisées montrent que la traite transfrontalière en Afrique de l’Ouest reste alimentée par le manque d’accès à l’éducation, par des migrations économiques irrégulières, et par des réseaux criminels structurés. Les montants de « dette » varient, mais la pratique d’exiger la remise de l’intégralité des gains quotidiens est récurrente. Des enquêtes judiciaires antérieures ont parfois révélé des complicités administratives, ce qui renforce la nécessité d’investigations larges et coordonnées.

Les faits établissent un dossier d’exploitation et des chefs d’inculpation sérieux, mais la mise en avant exclusive de l’arrestation donne une image incomplète. La dette de convoyage de un million FCfa, le passage rapide entre pays et la confiscation immédiate des gains constituent des indices d’un réseau qui dépasse l’action d’un seul individu. Sans enquêtes transnationales approfondies et sans prise en compte de la pauvreté et des complicités locales, les opérations ponctuelles risquent de rester des palliatifs plutôt que des réponses durables.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mamadou D.
Mis en ligne : 24/02/2026

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