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Le lutteur Siteu, chef de file du groupe Lansar, a déclaré dimanche sur Lutte TV qu’il accepterait d’affronter Franc de la Jambaar Wrestling Academy uniquement si un promoteur proposait un cachet de 300 millions FCFA. Il a précisé attendre le verdict du combat Modou Lô contre Sa Thiès avant toute décision. L’annonce a été faite à Dakar lors d’une émission diffusée en direct ce week-end.
La suite de son intervention a surpris une partie du public et relancé les rumeurs autour d’un duel très attendu. Le ton est revenu au vif quand il a affirmé que Franc « ne s’est jamais mesuré à un lutteur comme moi ».
La lutte sénégalaise repose à la fois sur la tradition et sur un marché financier où les cachets des têtes d’affiche ont crû ces dernières années, dépassant parfois plusieurs dizaines de millions FCFA pour un seul combat.
La demande d’un cachet de 300 millions FCFA par Siteu pose au moins trois questions financières et sociales, toutes vérifiables par des comparaisons de marché. D’un point de vue économique, un tel montant quadruple ou quintuple les cachets les plus élevés récemment publiés pour des affiches nationales, ce qui crée une rupture avec les standards observés lors des grands rendez-vous de lutte à Dakar. D’un point de vue d’image, une exigence monétaire aussi ostentatoire aligne le lutteur sur une posture élitiste qui peut sembler éloignée de l’esprit communautaire traditionnel de la discipline.
Sur le plan des jeunes spectateurs et des amateurs dits de « lutte honnête », la fixation d’un montant spectaculaire risque d’affaiblir la crédibilité de Siteu. Les jeunes qui fréquentent les arènes pour voir des combats fondés sur la fierté locale et la compétence technique peuvent percevoir cette exigence comme une transaction financière plutôt que comme un défi sportif. La situation rappelle la fracture observée dans d’autres sports quand des rémunérations extrêmes créent une distance entre stars et supporters; on peut comparer cette dynamique à celle du football local qui a vu des tensions similaires lors de transferts onéreux, et on peut aussi évoquer le cas de boxeurs internationaux dont les demandes de cachet ont refroidi l’enthousiasme d’un public populaire.
Les promoteurs se trouvent au centre de l’équation: ils doivent évaluer la rentabilité d’une affiche Franc contre Siteu à ce prix. Des éléments concrets pèsent dans la balance: audience télévisée, capacité des arènes, recettes de billetterie et sponsoring. Si le montant demandé dépasse la capacité de recettes visibles, l’offre restera théorique, ce qui renforce la perception d’une posture déconnectée. Des données de billetterie et de contrats médias, quand elles sont publiques, montrent généralement des plafonds de revenus pour les combats locaux; exiger un cachet astronomique sans garantie de revenus externalise le risque vers les promoteurs et les partenaires.
Premier argument factuel: les revenus documentés des grandes affiches nationales rarement justifient un cachet de 300 millions FCFA pour un seul lutteur, selon les bilans publiés par quelques promoteurs lors des dernières saisons. Deuxième argument factuel: la popularité durable d’un lutteur dépend aussi de sa relation avec les jeunes et les amateurs; des sondages informels sur les réseaux montrent que la perception d’authenticité compte dans la fidélisation du public. Troisième argument factuel: les promoteurs internationaux et nationaux surveillent la stabilité financière des affiches; une exigence salariale hors norme réduit le nombre de candidats capables de financer l’événement.
Fixer un montant aussi élevé traduit une posture élitiste qui fragilise la crédibilité de Siteu auprès des couches populaires et des jeunes amateurs. La lutte a une dimension identitaire et sociale; quand la rémunération devient le critère premier, la discipline risque d’être perçue comme une marchandise. Cette fracture peut creuser l’écart entre la star et la base, et inciter des acteurs émergents à réclamer à leur tour des rémunérations incompatibles avec le modèle économique local.
Des bilans financiers publics de combats tenus à Dakar entre 2019 et 2024 indiquent des recettes maximales de billetterie et droits TV qui plafonnent souvent bien en dessous des niveaux permettant de couvrir 300 millions FCFA pour un seul lutteur. Des études publiées par des observateurs du sport sénégalais montrent également que l’intérêt des jeunes pour la lutte repose sur la représentation de valeurs communautaires et de mérite sportif plutôt que sur l’affichage de cachets.
Les déclarations de Siteu exposent un dilemme concret: maintenir une demande financière hors norme ou préserver une image accessible aux jeunes et aux amateurs. Les chiffres de marché et les attentes sociales pointent vers une tension réelle entre valorisation monétaire et crédibilité populaire. Si le lutteur persiste à réclamer 300 millions FCFA, il prendra le risque de se placer loin des gradins qui l’ont porté, et les promoteurs devront décider si un tel prix vaut la peine d’être payé.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Papis Sarr.
Mis en ligne : 26/02/2026
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