Enseignement supérieur privé : La chasse aux diplômes fantômes est lancée - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Education | Par Maimouna | Publié le 21/04/2026 12:04:45

Enseignement supérieur privé : La chasse aux diplômes fantômes est lancée

Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) a réuni les établissements privés d’enseignement supérieur le jeudi 5 mars à Dakar pour alerter sur la délivrance de diplômes non reconnus par l’État et annoncer des mesures de régulation.

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Suite de l’article : Le professeur Benoît Tine, directeur de l’Enseignement supérieur privé au MESRI, a présenté trois axes d’intervention et rappelé le décret n°2018-850 qui fixe le statut des établissements privés.

La rencontre visait à assainir l’écosystème et à protéger les étudiants face à des pratiques jugées défaillantes, tandis que le ministère a promis une feuille de route suivie par un comité de pilotage tripartite. « Nous voulons redorer le blason de l’enseignement supérieur privé afin qu’il devienne un véritable hub au niveau de l’Afrique francophone, voire au-delà », a déclaré Benoît Tine.

Le signalement concerne des établissements privés qui continuent de remettre des diplômes sans reconnaissance d’État, fragilisant la crédibilité du secteur et exposant les diplômés à des pertes de valeur professionnelle et financière.

Les éléments présentés par le MESRI mettent en lumière une faille réglementaire plus que la seule faiblesse administrative. Le rappel du décret n°2018-850 confirme l’existence d’un cadre légal, mais l’annonce de « cadres de dialogue » et d’une feuille de route reste une mesure institutionnelle sans précision sur les mécanismes coercitifs. Le constat factuel: des diplômes privés non reconnus ont été signalés; des autorités ont identifié des dysfonctionnements; un plan en trois axes a été proposé. Le problème réside dans l’écart entre l’affirmation d’un cadre et l’absence d’outils publics répressifs clairement énoncés, comme des sanctions financières, des retraits d’agrément rapides ou des poursuites pénales ciblées.

Les faits disponibles montrent que la simple harmonisation réglementaire ne suffit lorsqu’elle n’est pas assortie d’instruments de contrôle opérationnels. Sans sanctions financières, des établissements disposant d’un financement privé peuvent considérer le coût d’une suspension comme un risque marginal. Sans menaces pénales appliquées, les pratiques frauduleuses conservent un ratio bénéfice/risque attractif. Les conséquences pour les étudiants sont mesurables: titres sans valeur pour l’emploi, dépenses engagées pour des formations sans retour palpable, potentiel décrochage de confiance dans l’ensemble du système universitaire. La mise en place d’un comité tripartite garantit la concertation, mais sans pouvoirs exécutifs il risque de devenir un simple organe de suivi administratif.

Sans dispositifs sanctionnateurs efficaces, les annonces du MESRI risquent de rester des promesses. Les trois axes présentés apportent une structure politique et une logique de dialogue, mais ils omettent de préciser des seuils de sanction, des procédures d’audit indépendant et des délais contraignants pour la fermeture ou la mise sous administration provisoire d’un établissement fautif. Comparée à des secteurs où des amendes et des sanctions disciplinaires rapides ont réduit les fraudes, l’approche annoncée manque de leviers. Comparée aussi à des pratiques universitaires régulées dans certains pays africains, l’effort reste timide sur le volet répressif.

Des pistes factuelles pour combler ces lacunes existent: mise en place d’audits externes annuels, publication des listes d’établissements habilités et non habilités, application de peines administratives avec barèmes financiers et possibilité de poursuites en cas de falsification. Les pays qui exigent l’alignement sur des standards externes observent une baisse des diplômes fantômes, selon des rapports sectoriels internationaux. L’adoption de mesures comparables exigerait l’ajout de textes réglementaires précisant sanctions et procédures d’exécution.

La volonté affichée par le MESRI de restaurer la crédibilité de l’enseignement supérieur privé repose sur des orientations structurantes, mais le tissu d’abus relevé dans les faits ne se résorbera que si des moyens coercitifs sont clairement inscrits et appliqués. Le rappel du décret et la création d’espaces de dialogue sont des étapes nécessaires, mais sans sanctions financières proportionnées et sans recours pénal effectif, les annonces risquent de laisser intacte une économie parallèle de faux diplômes et de continuer à éroder la confiance des étudiants et des employeurs.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ibrahima S.
Mis en ligne : 21/04/2026

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