Plusieurs pays africains ont accepté de signer avec les États-Unis des accords bilatéraux inscrits dans la stratégie « America First », lancée sous l’administration de Donald Trump.
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Suite de l’article : Sur le papier, l’objectif paraît simple : freiner la propagation d’épidémies vers le territoire américain tout en aidant des États partenaires à renforcer leurs systèmes de santé et à réduire leur dépendance à l’aide internationale. Mais derrière cette formulation officielle se dessinent des enjeux politiques et économiques qui suscitent, à juste titre, certaines réserves sur le continent.
Washington a déjà conclu des accords de cinq ans avec une vingtaine d’États africains, parmi lesquels figurent le Burkina Faso, le Niger et la République démocratique du Congo. Ces engagements prévoient un cofinancement de programmes de santé publique ciblant notamment le paludisme, le VIH et la mortalité maternelle et infantile. Dans un contexte où les financements internationaux se raréfient et où certains donateurs envisagent de réduire leurs contributions aux grands fonds sanitaires mondiaux, plusieurs gouvernements africains perçoivent ces accords comme une bouée susceptible de maintenir des programmes essentiels.
Pourtant, l’analyse impose de distinguer la rhétorique officielle de la réalité des négociations. Présentés comme des partenariats pragmatiques, ces accords reposent sur un échange de moyens financiers contre un renforcement institutionnel. Mais certaines caractéristiques interrogent. Des pays comme la Zambie ou le Zimbabwe ont refusé de signer ou demandent une renégociation, estimant que certaines conditions ne correspondent pas à leurs intérêts nationaux. Des organisations de santé, à l’image de Health GAP, dénoncent par ailleurs un manque de transparence et redoutent que la coopération sanitaire ne devienne un levier de pression politique ou économique. La comparaison avec des programmes antérieurs, comme PEPFAR, est révélatrice : longtemps salué pour son approche scientifique et collaborative, ce programme reposait sur une concertation plus large avec les acteurs locaux, ce qui semble moins évident dans le cas des nouveaux accords.
Deux risques principaux apparaissent ainsi dans le débat. Le premier tient à l’introduction d’objectifs non sanitaires dans des accords présentés comme strictement médicaux. Le second concerne le déséquilibre de pouvoir entre bailleurs et bénéficiaires. Lorsque des financements sont conditionnés à des engagements pouvant toucher aux ressources nationales, au partage de données ou à certaines contreparties économiques, la souveraineté des États partenaires peut se trouver fragilisée. Certains observateurs craignent alors que l’aide ne devienne un instrument d’influence capable de rediriger les priorités nationales vers des intérêts extérieurs.
La manière dont ces accords sont négociés compte autant que leur contenu. Le manque de consultation des acteurs locaux affaiblit l’appropriation des programmes et peut compromettre leur efficacité sur le long terme. Les gouvernements africains qui acceptent ces dispositifs doivent donc évaluer non seulement l’apport financier immédiat, mais aussi les implications futures pour leurs politiques publiques. Les hésitations observées dans certains pays traduisent moins une hostilité systématique qu’une prudence stratégique : mieux vaut prendre le temps d’examiner les clauses que de s’engager dans des arrangements susceptibles de restreindre des décisions souveraines.
En définitive, la stratégie « America First » peut offrir des ressources utiles à des programmes de santé indispensables. Mais elle soulève également des questions politiques et morales auxquelles les États africains cherchent encore des réponses claires. Entre opportunité financière et vigilance souveraine, le défi consiste à garantir que la coopération sanitaire demeure d’abord au service des populations locales, et non le prolongement d’intérêts extérieurs. Dans ce contexte, une lecture critique et transparente de ces accords reste essentielle pour éviter que l’aide internationale ne se transforme en instrument d’influence.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 22/04/2026
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