Viol collectif sous prétexte mystique : 10 ans, est-ce suffisant ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Eva | Publié le 24/05/2026 12:05:45

Viol collectif sous prétexte mystique : 10 ans, est-ce suffisant ?

Je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le verdict rendu par la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Thiès dans l’affaire du viol collectif de Thiaye.

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Suite de l’article : 10 ans de prison pour M. Mbengue, reconnu coupable de viol et complicité de viol, me semblent dérisoires au regard de l’horreur des faits et de leur impact sur la victime. Cette affaire, où une femme a été contrainte à des rapports sexuels sous la menace d’un couteau, dans un cadre soi-disant « mystique », soulève des questions fondamentales sur la justice, la protection des victimes et la tolérance sociale face à de telles violences.

Les faits sont accablants : en septembre 2022, M. Mbengue, sous l’influence de son marabout, a forcé sa femme à avoir des rapports sexuels avec deux hommes, M. Sow et I. Niang, sous la menace d’une arme blanche. Pire, il a ensuite contraint sa femme à subir les avances d’un troisième homme, P. Ciss, pour éviter que ce dernier ne révèle publiquement les pratiques obscènes déjà commises. La victime, Mme Niang, a porté plainte en décembre 2022, décrivant un calvaire où elle a été réduite à un simple objet, utilisé pour des rituels mystiques abjects.

Ce qui me frappe, c’est l’instrumentalisation de la spiritualité pour justifier l’innommable. Les rituels mystiques, souvent perçus comme sacrés dans certaines cultures, sont ici détournés pour légitimer des violences sexuelles. Cela rappelle d’autres affaires, comme celle du charlatan M. Sarr, qui a utilisé des rituels pour isoler et violer une fillette de 12 ans à Pouye. Dans les deux cas, la manipulation psychologique est aussi destructrice que la violence physique.

Le procureur avait requis 15 ans de réclusion contre M. Mbengue, soulignant qu’il avait transformé son épouse en « objet sexuel ». Pourtant, le tribunal a retenu 10 ans. Cette peine, bien que sévère, me semble insuffisante pour plusieurs raisons :

Il ne s’agit pas d’un viol isolé, mais d’une série d’agressions sexuelles collectives, commises sous la contrainte et dans un cadre humiliant. La victime a subi des traumatismes physiques et psychologiques irréversibles, comme le confirment de nombreuses études sur les conséquences des viols collectifs.

Au Sénégal, les peines pour viol peuvent aller jusqu’à la réclusion à perpétuité, notamment pour les crimes commis sur mineurs ou avec circonstances aggravantes. Une peine de 10 ans, dans un cas aussi extrême, envoie un message ambigu : celui d’une justice qui, malgré ses efforts, minimise encore la souffrance des victimes.

L’utilisation de prétendus rituels mystiques pour justifier ces actes est particulièrement choquante. Cela rappelle les cas où des marabouts ou des guides spirituels abusent de leur autorité pour commettre des violences sexuelles. Une peine plus lourde aurait pu servir de signal fort contre ces dérives, où la spiritualité est détournée pour déshumaniser les victimes.

Dans d’autres pays, les peines pour des crimes similaires sont bien plus sévères. En France, par exemple, le viol est passible de 15 à 20 ans de réclusion, voire la perpétuité en cas de circonstances aggravantes (torture, viol collectif, etc.). Au Maroc, un violeur d’enfants a été condamné à 30 ans de prison en 2011, une peine record pour ce type de crime. Au Canada, les agressions sexuelles graves peuvent valoir jusqu’à la perpétuité.

Au Sénégal, la loi de 2020 criminalisant le viol et la pédophilie prévoit des peines pouvant aller jusqu’à la perpétuité. Pourtant, dans cette affaire, la peine prononcée reste en deçà des attentes, surtout quand on sait que seulement 1% des viols font l’objet d’une condamnation en France, un chiffre qui pourrait être similaire au Sénégal. Cela pose la question : la justice sénégalaise est-elle assez ferme pour dissuader ces crimes ?

Les conséquences pour la victime vont bien au-delà des blessures physiques. Les études montrent que les victimes de viols collectifs souffrent souvent de troubles de stress post-traumatique (TSPT), de dépression, et d’une perte totale de confiance en soi. Dans ce cas, la victime a été humiliée, menacée, et contrainte sous prétexte de rituels. Comment une peine de 10 ans peut-elle réparer cela ?

De plus, l’acquittement de P. Ciss au bénéfice du doute est incompréhensible. Les témoignages de M. Sow et I. Niang, ainsi que celui de la victime, devraient suffire à établir sa culpabilité. Cet acquittement risque de renforcer l’impunité et de décourager d’autres victimes à porter plainte.

Je ne peux m’empêcher de penser que 10 ans, c’est trop peu pour un crime aussi odieux. La justice doit non seulement punir, mais aussi réparer et dissuader. Dans cette affaire, elle a échoué sur les trois plans.

Le Sénégal a fait des progrès en matière de législation contre les violences sexuelles, mais l’application reste insuffisante. Une peine plus lourde aurait envoyé un message clair : les violences sexuelles, qu’elles soient commises sous couvert de rituels ou non, ne seront pas tolérées.

Je termine en citant les mots de la présidente de la Synergie des associations de la société civile contre les violences basées sur le genre (SYSC) : « Il faut des peines dissuasives ». 10 ans, ce n’est pas dissuasif. C’est une injustice pour la victime, et un danger pour la société.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/05/202
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