L’annonce est tombée comme une évidence : la nomination de Marie-Angélique Diouf au gouvernement a mécaniquement propulsé sa suppléante, Salimata Dieng, à l’Assemblée nationale.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Sur le papier, la procédure est irréprochable. Dans les faits, je ne peux m’empêcher d’y voir une nouvelle illustration de ce système où les réseaux priment sur le mérite, et où les institutions deviennent le terrain de jeu des calculs politiques.
Salimata Dieng n’est pas une inconnue des couloirs du pouvoir. Ancienne chargée de mission à la Présidence de la République, elle en a été limogée en septembre 2025 après avoir osé critiquer, sur Facebook, la gestion des jeunes au sein du parti Pastef et de l’État. Son délit ? Avoir plaidé pour une plus grande implication de la jeunesse dans les affaires publiques. Une prise de position militante, jugée « insolente » par certains cercles du Palais, qui lui a valu un départ discret, scellé par un arrêté présidentiel. Aujourd’hui, grâce à un coup du sort — ou plutôt à un remaniement ministériel — la voilà de retour, par la petite porte des suppléants, à l’Assemblée nationale.
Comment ne pas y voir une ironie cruelle ? Celle qui fut sanctionnée pour avoir dénoncé les dysfonctionnements internes se retrouve désormais en position de les perpétuer.
La nomination de Salimata Dieng à l’hémicycle n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans une logique bien huilée : celle des réseaux et des loyautés partisanes. Au Sénégal, comme ailleurs en Afrique francophone, les sièges de suppléants sont souvent attribués à des proches, des fidèles, ou des figures montantes du parti. Rien de surprenant, donc, à ce que Marie-Angélique Diouf ait choisi une personne déjà ancrée dans son sillage. Mais ce qui choque, c’est la rapidité avec laquelle une carrière politique peut renaître de ses cendres, sans que le mérite ou l’éthique n’y jouent le moindre rôle.
Pire, cette pratique n’est pas isolée. En 2023, au Bénin, le frère du président Patrice Talon avait été nommé à un poste stratégique, suscitant une vague de protestations. En Côte d’Ivoire, les nominations controversées de proches du pouvoir ont régulièrement alimenté les débats sur la gouvernance. Le Sénégal, lui, semble emprunter la même voie, avec une désinvolture déconcertante.
Premièrement, la crédibilité des institutions en prend un coup. Quand une personne limogée pour des raisons politiques — fussent-elles controversées — revient par la fenêtre des suppléants, le message envoyé aux citoyens est clair : les principes comptent moins que les alliances. Deuxièmement, ce système décourage les compétences extérieures. Pourquoi s’engager en politique si l’on sait que les postes se monnayent en loyauté plutôt qu’en expertise ? Enfin, l’Assemblée nationale, temple de la démocratie, se transforme en club fermé, où l’on entre moins par le vote que par la cooptation.
Je ne conteste pas le droit de Salimata Dieng à siéger. Mais je m’insurge contre l’hypocrisie d’un système qui punit la dissidence un jour, pour la récompenser le lendemain. Où est la cohérence ? Où est l’exemplarité ?
Ce cas n’est qu’un symbole parmi d’autres d’un mal bien plus profond : celui d’une classe politique qui confond pouvoir et privilège. Tant que les nominations continueront à reposer sur des calculs d’influence plutôt que sur la transparence et le mérite, la défiance des citoyens envers leurs institutions ne fera que grandir.
Je le dis sans détour : il est temps de mettre fin à cette logique du « pistonnage institutionnel ». Les Sénégalais méritent mieux qu’un système où l’on rebondit grâce à ses appuis, plutôt qu’à ses compétences. La démocratie, elle, ne se supplée pas.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 05/06/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





