Rufisque : L'abandon qui condamne deux fois les femmes - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Maimouna | Publié le 17/06/2026 06:06:00

Rufisque : L'abandon qui condamne deux fois les femmes

Le 9 juin 2026, à Rufisque, une femme de ménage de 29 ans, A. Samb, a été placée en garde à vue pour tentative d’avortement après avoir ingéré des médicaments dangereux pour sa santé. Son geste désespéré ?

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Suite de l’article : Une réponse au refus catégorique du père de reconnaître sa paternité, aggravé par les pressions familiales. Ce cas n’est pas isolé, et je ne peux m’empêcher de dénoncer l’hypocrisie d’une société qui abandonne ces femmes avant de les condamner. Si la loi doit être respectée, elle ne peut ignorer les circonstances qui poussent à de tels actes.

Au Sénégal, l’avortement est interdit par l’article 305 du Code pénal, sauf si la vie de la mère est en danger une exception rarement accordée. Pourtant, plus de 30 000 femmes recourent chaque année à des avortements clandestins, risquant leur santé et leur liberté. Les statistiques sont accablantes : 19 % des femmes détenues au camp pénal de Liberté 6 le sont pour avortement ou infanticide. Derrière ces chiffres, des vies brisées par l’absence de soutien et des lois rigides.

A. Samb a agi par désespoir. Son cas révèle un double abandon : celui du géniteur, qui fuit ses responsabilités, et celui d’une société qui ne propose aucune solution pour les femmes seules face à une grossesse non désirée. Les pressions familiales, comme celles subies par A. Samb, achèvent de les acculer. Je me demande : où était l’aide sociale ? Où étaient les mécanismes de prévention ? La loi sanctionne, mais elle ne protège pas.

Condamner une femme pour un acte de détresse, sans tenir compte du contexte, revient à punir la victime. Le Protocole de Maputo, ratifié par le Sénégal, autorise l’avortement en cas de viol ou d’inceste. Pourtant, il reste lettre morte. Les avortements clandestins sont la 5e cause de décès maternel au Sénégal. Des milliers de femmes risquent leur vie faute d’alternatives. Dans 15 % des cas d’avortements clandestins à Brazzaville, la paternité est refusée. Au Sénégal, le phénomène est similaire. Pourtant, aucune sanction ne vise les hommes qui abandonnent leurs partenaires.

En Éthiopie ou au Nigeria, la légalisation partielle de l’avortement a réduit la mortalité maternelle. Au Sénégal, l’interdiction totale aggrave les drames. Pendant ce temps, des réseaux clandestins prospèrent, exploitant la détresse des femmes.

Je ne peux accepter que des femmes comme A. Samb soient livrées à elles-mêmes. La solution ? Renforcer les aides sociales, appliquer le Protocole de Maputo, et sanctionner l’irresponsabilité paternelle. La loi doit protéger, pas condamner. Car derrière chaque cas comme celui de Rufisque, c’est toute une société qui échoue.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 17/06/202
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