La commission d’enquête de l’Assemblée nationale du Sénégal a tenu, ces dernières semaines à Dakar, des auditions d’anciens et d’actuels responsables du ministère de la Pêche sur l’attribution des licences de pêche industrielle.
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Suite de l’article : La Coalition nationale pour une pêche durable (CONAPED) a suivi ces dépositions et a publié un communiqué pointant des irrégularités procédurales et une opacité dans le processus d’attribution. Les débats ont ciblé la Commission consultative d’attribution des licences de pêche (CCALP) et le respect des avis scientifiques du CRODT.
L’éclaircissement de ces pratiques suscite un débat public intense, mais la perspective d’une annulation massive des licences inquiète des acteurs économiques et sociaux. Les auditions renforcent la nécessité d’une procédure transparente, mais elles posent aussi la question des effets concrets sur les emplois, les entreprises locales et la sécurité alimentaire des communautés côtières.
Les auditions mettent en évidence plusieurs faits concrets. Des licences auraient été attribuées sans respect systématique du passage par la CCALP, selon les témoignages. La CONAPED dénonce l’absence de prise en compte régulière des avis du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye, et demande la mise en œuvre d’un audit complet de la flotte nationale et du parc piroguier, suivi de la publication des conclusions. L’organisation réclame également l’annulation des licences délivrées en violation des procédures légales et l’abrogation des arrêtés autorisant l’octroi ou le dégel de licences ciblant des espèces surexploitées, y compris un arrêté relatif au dégel des licences de pêche démersale côtière.
Sur le plan économique, plusieurs mécanismes expliquent la vulnérabilité des emplois locaux en cas d’annulation brutale. Les entreprises de transformation, les mareyeurs, les fournisseurs d’équipement et les capitaines de pirogues dépendent de l’accès régulier aux captures et aux marchés. Quand une autorisation est retirée sans mesure de transition, les contrats commerciaux peuvent se rompre, les créances rester exigibles et les activités portuaires perdre leur clientèle. La fermeture soudaine d’une activité de pêche industrielle affecte les filières en amont et en aval, ce qui fragilise les entreprises sénégalaises qui déjà opèrent dans un contexte concurrentiel.
La question scientifique ajoute une autre couche de complexité. Les chercheurs du CRODT publient des évaluations sur l’état des stocks qui devraient guider les quotas et les fermetures temporaires, mais les auditions montrent que ces avis ne lient pas toujours le ministre. « Le fait que l’avis de la CCALP ne lie pas le ministre dans sa décision soulève également la question de la place accordée à l’expertise pluridisciplinaire », a rappelé la coalition. Si des licences sont annulées sans recourir à des données de biomasse et sans calendrier de retrait progressif, les populations côtières risquent d’assister à une perte d’emplois sans amélioration durable de la ressource.
En comparant la situation aux principes de gestion responsable, la coordination entre audits, consultation des professionnels et mesures sociales apparaît indispensable. En comparaison avec une suspension temporaire encadrée, une annulation massive constitue un choc pour l’économie locale. Les exigences de CONAPED incluent l’intégration des acteurs du secteur au sein de la CCALP et la transparence sur les licences délivrées, demandes qui vont dans le sens d’une meilleure gouvernance, mais qui doivent être accompagnées d’analyses socio-économiques détaillées.
Les éléments factuels exposés par les auditions et les demandes de la CONAPED montrent que la résolution du problème ne peut se limiter à des annulations administratives rapides. Une stratégie qui combine audit public, prise en compte effective des avis scientifiques et mesures d’accompagnement pour les travailleurs et les entreprises permettrait de réduire le risque d’affaiblissement du tissu économique côtier et d’aggravation de la précarité des communautés dépendantes de la pêche. En l’état, la perspective d’une annulation massive soulève des risques tangibles pour l’emploi local et pour la résilience des entreprises sénégalaises.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Fallou B.
Mis en ligne : 13/10/2026
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