Il y a de quoi pousser un véritable coup de gueule. Au Sénégal, alors que les ménages peinent à joindre les deux bouts, que les entreprises attendent leurs paiements et que les services publics manquent de moyens, le projet de loi de finances rectificative (LFR) est bloqué par des désaccords entre le gouvernement et la majorité parlementaire de Pastef.
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Suite de l’article : Le 27 octobre 2026, le texte a été renvoyé en commission pour tenter de trouver un compromis. Mais comment en est-on arrivé là ?
Le ministre de l’Économie et des Finances, Cheikh Diba, a préféré suspendre les débats plutôt que de risquer une impasse institutionnelle. Sur le principe, le dialogue est nécessaire. Mais il est révoltant de voir un texte aussi important devenir le terrain d’un bras de fer politique, alors que les conséquences de cette confrontation dépassent largement les murs de l’Assemblée nationale.
Le gouvernement veut réduire de 555 milliards de francs CFA les investissements publics pour faire face aux difficultés budgétaires, notamment à la hausse des subventions sur les carburants. En face, les députés de Pastef refusent que ces coupes affectent des secteurs essentiels comme la santé et l’éducation. Ils réclament également davantage de transparence sur les fonds spéciaux de l’exécutif et s’interrogent sur les investissements initialement votés mais non exécutés. Des questions légitimes, auxquelles le gouvernement doit apporter des réponses précises.
Mais une autre interrogation s’impose : pourquoi faut-il attendre que la crise éclate pour que les responsables politiques cherchent enfin un compromis ? Si les dépenses doivent être réduites, pourquoi ne pas identifier clairement les projets concernés, publier les critères retenus et expliquer les conséquences de chaque décision aux citoyens ?
Prenons l’exemple du pont de Ziguinchor, évoqué par la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Oulimata Sidibé, qui alerte sur sa situation préoccupante. Lorsqu’un investissement essentiel est menacé, ce sont les populations qui risquent d’en payer le prix. Derrière les chiffres budgétaires, il y a des déplacements compliqués, des activités économiques fragilisées et des besoins quotidiens qui ne peuvent pas attendre la fin d’une querelle politique.
Cette situation rappelle les blocages budgétaires observés aux États-Unis, où les affrontements entre le pouvoir exécutif et les parlementaires peuvent perturber le fonctionnement de services publics. Le contexte institutionnel est différent, mais la leçon reste la même : lorsque les responsables politiques privilégient le rapport de force, les citoyens deviennent les premières victimes de leurs désaccords.
Au Sénégal, l’enjeu est d’autant plus sérieux que le pays fait face à une dette publique estimée à 132 % du PIB à la fin de 2024, selon les chiffres cités dans le dossier. L’accord préliminaire de 2,2 milliards de dollars annoncé par le FMI en septembre constitue un enjeu majeur pour la stabilisation des finances publiques. Son approbation définitive reste toutefois soumise aux procédures et conditions de l’institution.
Dans ce contexte, chaque jour perdu peut compliquer davantage la situation économique. Le remboursement annoncé de 300 milliards de francs CFA au secteur privé est également un sujet sensible : derrière ces sommes, des entreprises attendent des paiements et des familles dépendent de la santé de ces activités.
Le gouvernement et la majorité parlementaire doivent donc sortir de cette confrontation. La transparence ne doit pas être négociable, mais elle ne doit pas non plus servir de prétexte à l’immobilisme. Le Sénégal n’a pas besoin d’une bataille de pouvoir supplémentaire. Il a besoin de décisions claires, d’un budget crédible et de responsables capables de dépasser leurs divergences.
Le peuple n’a pas élu ses dirigeants pour assister à un bras de fer permanent. Il les a élus pour trouver des solutions. À force de transformer chaque désaccord en épreuve de force, le pouvoir risque de décevoir ceux qui attendaient justement une rupture avec les anciennes pratiques. Le compromis n’est pas une faiblesse : dans une période aussi difficile, c’est une obligation envers la nation.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 31/10/2026
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