Voyage annulé : Le calcul politique derrière le rejet de Paris - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 09/09/2025 03:09:30

Voyage annulé : Le calcul politique derrière le rejet de Paris

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L’annulation par Ousmane Sonko de son premier déplacement officiel en France, prévu le 23 septembre 2025, a de quoi interroger. Officiellement invoqué pour des raisons d’agenda, ce désistement s’inscrit en réalité dans une stratégie politique de plus en plus évidente : celle du rejet systématique de la France, brandi comme un étendard panafricaniste pour masquer l’incapacité à gouverner.

Derrière les communiqués lissés de la Primature, c’est une fuite en avant qui se dessine, où l’émotion et le discours victimiste priment sur la responsabilité et l’intérêt national.

Depuis son arrivée au pouvoir, Ousmane Sonko a fait du rejet de la France un pilier de sa communication. En mai 2024, il dénonçait déjà, devant des étudiants galvanisés, l’attitude de Paris sous Macron, accusant la France d’avoir « incité à la persécution » de son camp sous Macky Sall. Plus récemment, il a promis la fermeture des bases militaires françaises au Sénégal, tout en critiquant ouvertement la Cédéao et en se rapprochant des régimes de l’Alliance des États du Sahel, eux-mêmes en rupture avec les partenaires traditionnels.

Pourtant, ces postures radicales, si elles séduisent une frange de l’opinion, ne suffisent pas à construire une politique étrangère cohérente. Le Sénégal, pays stable et respecté, mérite mieux que des slogans et des annulations de dernière minute.

L’annulation du voyage à Paris intervient alors que Sonko multiplie les déplacements vers des pays moins exigeants en matière de transparence et de droits de l’homme (Émirats arabes unis, Italie). Le protocole invoqué, ne pas laisser le pays sans chef de l’État ni Premier ministre est un prétexte commode. En réalité, cette décision s’inscrit dans une logique de confrontation permanente avec la France, perçue comme un bouc émissaire idéal pour détourner l’attention des difficultés internes. Le Sénégal souffre d’un « profond problème d’autorité », comme il l’a lui-même reconnu, et les tensions avec le président Bassirou Diomaye Faye, qu’il accuse de ne pas le soutenir assez, sont publiques.

Sonko semble croire qu’on gère un pays avec les émotions et les sentiments. Pourtant, les défis sont immenses : chômage, finances publiques fragiles, attentes sociales immenses. Plutôt que de s’attaquer à ces problèmes, il préfère jouer la carte du panafricanisme radical, une rhétorique qui flatte les foules mais ne nourrit pas son peuple.

Le retrait des troupes françaises, présenté comme une victoire, n’a pas apporté de solutions concrètes aux Sénégalais. Au contraire, il a isolé le pays sur la scène internationale et compliqué les relations avec des partenaires économiques essentiels. Sonko trouve le temps de se rendre aux Émirats ou en Italie, mais pas de participer à un forum d’investisseurs à Paris, alors que le Sénégal a désespérément besoin d’investissements étrangers pour créer des emplois et moderniser son économie. En s’en prenant systématiquement à la France, il alimente les tensions régionales et affaiblit la position du Sénégal en Afrique de l’Ouest, où la coopération avec Paris reste un levier majeur pour la stabilité et le développement. Sonko et Faye ont promis une « politique de rupture ». Un an après, où sont les résultats ? Le pays reste dépendant des mêmes partenaires, mais avec moins de marges de manœuvre.

Contrairement à Sonko, des dirigeants comme Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire ou Macky Sall avant lui ont su concilier souveraineté et coopération avec la France, attirant des investissements et renforçant leur influence. Même des pays comme le Rwanda, critiques envers l’Occident, maintiennent un dialogue constructif avec Paris. Le Sénégal, lui, semble préférer l’isolement à l’efficacité.

Ousmane Sonko devra tôt ou tard comprendre qu’un pays ne se gouverne pas par la provocation. La France n’est pas responsable des échecs du Sénégal ; c’est aux dirigeants sénégalais de proposer des solutions, pas des boucs émissaires. Le séminaire intergouvernemental prévu avec la France pourrait être une occasion de redéfinir la coopération sur des bases saines, mais encore faudrait-il que Sonko accepte de dialoguer plutôt que de fuir.

Le populisme est une arme à double tranchant : il mobilise à court terme, mais il isole et appauvrit à long terme. Pour le bien du Sénégal, il est temps de remplacer les discours par des actes, et les postures par une vraie vision. Sinon, ce ne sont pas les Français, mais bien les Sénégalais qui paieront le prix de cette politique de l’émotion.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousmane Gaye.
Mis en ligne : 09/09/2025

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