Poutine fixe ses cibles : L’Occident joue sa crédibilité en Ukraine - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Eva | Publié le 09/09/2025 02:09:15

Poutine fixe ses cibles : L’Occident joue sa crédibilité en Ukraine

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Le 5 septembre 2025, Vladimir Poutine a de nouveau franchi une ligne rouge en déclarant que toute force occidentale déployée en Ukraine serait considérée comme une « cible légitime » pour l’armée russe. Cette menace, proférée lors d’un forum économique à Vladivostok, intervient au lendemain d’un sommet européen où 26 pays se sont engagés à envoyer des troupes en Ukraine dans le cadre d’une « coalition des volontaires », censée garantir la sécurité de Kiev après un éventuel cessez-le-feu.

Si l’objectif affiché par l’Occident est de dissuader Moscou d’une nouvelle agression, la réponse du Kremlin rappelle une réalité brutale : l’Europe joue avec le feu. En brandissant la possibilité d’une confrontation directe entre Russes et Occidentaux, Poutine ne fait pas que menacer il expose les limites dangereuses d’une stratégie qui pourrait bien précipiter le continent dans une guerre élargie.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie n’a cessé d’élargir les contours de sa doctrine militaire. Les déclarations récentes de Poutine sur l’arme nucléaire ne sont pas de vaines provocations : en septembre 2024, il a explicitement évoqué le recours à l’arme atomique en cas d’« attaque massive » contre le territoire russe, élargissant ainsi les critères d’utilisation de l’arsenal nucléaire russe. Cette rhétorique s’inscrit dans une logique d’intimidation, mais aussi dans une réalité stratégique : Moscou cherche à dissuader l’Occident de s’impliquer davantage, tout en préparant le terrain pour une riposte asymétrique. La « coalition des volontaires », lancée en mars 2025 et formalisée lors du sommet de Paris du 4 septembre, vise à déployer des troupes en Ukraine « le jour d’après » un cessez-le-feu. Pourtant, les détails concrets manquent, et les engagements restent flous, laissant planer le doute sur la crédibilité de cette force de réassurance.

L’OTAN, divisée et prudente, refuse toujours un engagement terrestre direct, privilégiant une présence symbolique ou aérienne. Mais en autorisant l’Ukraine à frapper le territoire russe avec des armes occidentales, les Alliés ont déjà franchi un seuil critique, suscitant des réactions musclées de Moscou. Des experts russes évoquent désormais des scénarios de riposte contre des bases logistiques de l’OTAN en Pologne ou contre des drones américains en mer Noire. La question se pose : jusqu’où l’Occident est-il prêt à aller pour l’Ukraine, sans déclencher une escalade incontrôlable ?

En qualifiant de « cibles légitimes » les forces occidentales en Ukraine, Poutine ne fait pas que réaffirmer une ligne rouge il teste la détermination de l’Europe. La doctrine russe prévoit en effet l’utilisation de l’arme nucléaire en cas de « menace existentielle », une notion volontairement extensive qui peut inclure une attaque massive de drones ou le déploiement de missiles à longue portée sur son sol. Or, la coalition des volontaires, bien que présentée comme un gage de paix, pourrait être perçue par Moscou comme une provocation supplémentaire. Les 26 pays engagés se retrouvent ainsi dans une position paradoxale : leur présence est censée dissuader, mais elle risque au contraire d’attiser les tensions.

Les précédents historiques sont éloquents. En 2022, la menace nucléaire russe avait déjà gelé toute velléité occidentale d’intervention directe. Aujourd’hui, alors que la guerre s’enlise et que les gains territoriaux russes restent limités, Poutine mise sur l’usure et la division de ses adversaires. En brandissant le spectre d’une guerre totale, il force l’Occident à choisir entre deux mauvaises options : reculer et abandonner l’Ukraine, ou persister et risquer une confrontation directe.

Depuis 2022, Poutine a à plusieurs reprises évoqué l’arme atomique, signant même un décret élargissant les conditions de son utilisation. Si l’Occident sous-estime ces menaces, il commet une erreur stratégique. La Russie, acculée, pourrait recourir à une frappe tactique pour forcer un cessez-le-feu à ses conditions.

Les États-Unis, en pleine année électorale, refusent toujours un engagement terrestre. L’Europe, elle, est tiraillée entre ceux qui veulent soutenir Kiev coûte que coûte (France, Royaume-Uni, pays baltes) et ceux qui craignent une escalade (Allemagne, Hongrie). Une présence militaire occidentale en Ukraine, même limitée, pourrait devenir le prétexte à une riposte russe contre un membre de l’Alliance, déclenchant ainsi l’article 5.

Les garanties de sécurité promises à Kiev reposent sur une hypothèse fragile : celle d’un cessez-le-feu durable. Or, rien ne garantit que Moscou respecte ses engagements. En 2025, les accords de paix évoqués restent lettre morte, et la Russie continue de violer les cessez-le-feu, comme en Transnistrie ou en Ossétie du Sud.

Les frappes ukrainiennes sur le territoire russe, autorisées par l’OTAN, ont déjà provoqué des représailles. Une présence occidentale en Ukraine ne ferait qu’aggraver ce cercle vicieux, transformant le conflit en une guerre par procuration aux conséquences imprévisibles.

La stratégie occidentale en Ukraine repose sur un pari dangereux : celui que Poutine, malgré ses menaces, ne passera pas à l’acte. Pourtant, chaque escalade déploiement de troupes, frappes en profondeur, rhétorique nucléaire rapproche le continent d’un scénario catastrophe. En envoyant des soldats en Ukraine, l’Europe ne fait pas que soutenir Kiev : elle s’expose à devenir partie prenante du conflit.

La question posée par Poutine est simple, mais vertigineuse : les Européens sont-ils prêts à mourir pour l’Ukraine ? À ce stade, la réponse reste floue. Une chose est sûre : en l’absence de ligne rouge claire et de stratégie cohérente, l’Occident risque de se retrouver entraîné dans une guerre qu’il ne maîtrise plus. La prudence, et non l’aventurisme, devrait guider les prochaines décisions. Car dans l’équation actuelle, le seul perdant certain serait la paix.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ibrahima Ndiaye.
Mis en ligne : 09/09/2025

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