Un discours qui lasse : Thierno Bocoum fragilise son propre camp - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 28/09/2025 08:09:00

Un discours qui lasse : Thierno Bocoum fragilise son propre camp

Thierno Bocoum, président d’AGIR-LES LEADERS, a une nouvelle fois saisi l’occasion d’une affaire judiciaire, celle de l’artiste Waly Seck, finalement blanchi après des accusations de détournement de fonds, pour dénoncer ce qu’il qualifie de « dérive spectaculaire de la justice » et de « traque sélective » orchestrée par le régime. Si la défense des libertés individuelles et la vigilance face aux abus de pouvoir sont louables, la méthode de Bocoum interroge.

Son réflexe systématique de transformer chaque dossier en procès politique, sans nuance ni preuve solide, finit par affaiblir la crédibilité de l’opposition et banaliser les vrais enjeux. À force de crier au complot, ne risque-t-il pas de discréditer les causes qu’il prétend défendre ?

Waly Seck, figure respectée de la musique sénégalaise, a été accusé de détournement de fonds publics avant d’être innocenté, après avoir démontré que les sommes en question provenaient d’une vente légale de sa voiture. L’affaire, médiatisée, a effectivement suscité des questions sur le fonctionnement de la justice et le traitement réservé aux personnalités publiques. Pourtant, une fois les faits éclaircis, la procédure a suivi son cours : l’artiste a été disculpé, et les erreurs éventuelles (comme la médiatisation excessive de l’enquête) auraient pu faire l’objet d’un débat serein sur les réformes nécessaires.

Mais pour Bocoum, cette affaire est avant tout une « honte » pour le régime, une preuve de plus de sa volonté d’humilier les citoyens. Une réaction qui, loin d’éclairer, obscurcit le débat en réduisant une question complexe à un simple affrontement politique.

Cette posture n’est pas nouvelle. Que ce soit pour dénoncer des arrestations de militants, des distributions de fonds publics, ou des décisions judiciaires, Bocoum adopte toujours le même schéma : une condamnation sans appel du pouvoir, une victimisation des acteurs concernés, et une absence totale de proposition concrète. Pire, en associant systématiquement justice et persécution politique, il contribue à saper la confiance dans les institutions, y compris auprès de ceux qui pourraient être sensibles à ses arguments.

Le problème avec la rhétorique de Bocoum, c’est sa généralisation abusive. Pour lui, toute procédure judiciaire impliquant une figure publique ou un opposant est nécessairement le signe d’une « dérive autoritaire ». Or, les affaires judiciaires sont rarement blanches ou noires : elles méritent d’être examinées au cas par cas, avec rigueur. En refusant cette nuance, Bocoum transforme l’opposition en machine à polémiques, prévisible et caricaturale.

Prenons l’exemple de Waly Seck. L’artiste a effectivement subi un préjudice médiatique et financier pendant l’enquête. Mais de là à en faire le symbole d’une justice aux ordres, il y a un pas que Bocoum franchit allègrement, sans jamais interroger les dysfonctionnements structurels (lenteurs judiciaires, communication hasardeuse des autorités) qui expliquent aussi ces dérives. En agissant ainsi, il ne fait pas avancer le débat : il l’enferme dans une logique de conflit permanent, où le régime est toujours coupable, et l’opposition toujours vertueuse.

Cette approche a un coût : elle dépolitise les vrais problèmes. Quand tout devient « faute du régime », plus rien n’est prioritaire. Les citoyens, lassés par ce discours répétitif, finissent par ne plus écouter, y compris quand les critiques sont fondées. Pire, Bocoum instrumentalise des figures populaires comme Waly Seck, les érigeant en martyrs malgré eux. L’artiste, qui n’a jamais revendiqué un rôle politique, se retrouve malgré lui au cœur d’une bataille qui le dépasse. Est-ce vraiment rendre service à sa cause que de le placer sur ce piédestal ? Ou est-ce une manière commode de capter l’attention, en surfant sur l’émotion plutôt que sur les faits ?

À force de dénoncer sans proposer, Bocoum donne l’impression que l’opposition se contente d’être contre, sans vision pour le pays. Les Sénégalais attendent des solutions, pas des anathèmes. En réduisant chaque dossier à une « honte nationale », il banalise les vrais scandales et affaiblit l’impact de ses prises de parole.

La justice doit rester indépendante, même (surtout) quand elle s’applique à des personnalités. En qualifiant toute procédure de « spectacle », Bocoum encourage une défiance généralisée, y compris envers les décisions qui, comme dans le cas de Waly Seck, finissent par donner raison aux accusés. Résultat : quand un vrai scandale éclate, plus personne ne croit l’opposition.

Bocoum omet soigneusement de mentionner que les dérives qu’il dénonce (clientélisme, opacité) existent aussi au sein de l’opposition. Son silence sur ces sujets est assourdissant. Une crédibilité se construit aussi par l’exemplarité, pas seulement par la dénonciation.

Dans d’autres démocraties africaines, comme au Ghana ou en Tunisie, les mouvements d’opposition qui ont su allier critique et proposition ont gagné en influence. À l’inverse, ceux qui ont choisi la surenchère permanente (comme certains partis au Zimbabwe ou en RDC) ont fini par être marginalisés, perçus comme des éternels mécontents. Bocoum semble prendre le même chemin.

Thierno Bocoum a le droit de critiquer le pouvoir. Mais une opposition digne de ce nom ne se contente pas de dénoncer : elle propose, elle nuance, elle assume ses propres contradictions. En transformant chaque affaire en procès politique, il ne défend pas la démocratie, il la fragilise.

Le Sénégal mérite mieux qu’une opposition en mode répétition, qui voit des complots partout et des solutions nulle part. Aux dirigeants d’AGIR-LES LEADERS de choisir : continuer à jouer les tribuns indignés, ou devenir une force de proposition crédible. Car à force de tout ramener au régime, c’est leur propre légitimité qu’ils sapent. Et dans ce jeu-là, les seuls perdants sont les citoyens.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Massamba T.
Mis en ligne : 28/09/2025

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