Pastef et l’Assemblée nationale : Une histoire de gâchis - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 11/11/2025 12:11:00

Pastef et l’Assemblée nationale : Une histoire de gâchis

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Le député Guy Marius Sagna a récemment pointé du doigt l’inaction criante du groupe parlementaire de Pastef, soulignant un paradoxe accablant : malgré des moyens financiers considérables (dix millions de FCFA par mois) et une majorité confortable à l’Assemblée nationale, le groupe n’a déposé aucune proposition de loi en un an. Si ces déclarations sont factuelles, elles révèlent un problème bien plus profond : celui d’un parti qui, une fois au pouvoir, semble incapable de transformer ses promesses en actes concrets. Cet article se propose d’analyser cette situation et de dénoncer un gâchis politique aux conséquences lourdes pour le Sénégal, en s’appuyant sur des exemples concrets et des analyses récentes.

Pastef est arrivé au pouvoir avec un mandat clair : rompre avec les pratiques politiques traditionnelles, incarnées par une classe dirigeante souvent accusée d’immobilisme et de clientélisme. Les électeurs, en lui confiant une majorité parlementaire écrasante (plus de 80 % des sièges selon les projections après les législatives de novembre 2024), ont cru voter pour un changement radical, une volonté de réforme, et une capacité à légiférer dans l’intérêt général. Pourtant, un an après, le bilan est accablant : aucune proposition de loi, aucune initiative législative majeure, et une impression tenace que le groupe parlementaire de Pastef reproduit les mêmes erreurs que ceux qu’il critiquait hier.

Cette inaction est d’autant plus incompréhensible que le groupe dispose de ressources financières importantes. Dix millions de FCFA par mois, c’est un budget qui permettrait, si bien utilisé, de s’entourer des meilleurs experts, de former les députés à la technicité du travail législatif, et de préparer des textes ambitieux. Pourtant, rien ne semble bouger.

Guy Marius Sagna a raison de souligner que le problème ne réside ni dans un manque de moyens, ni dans des contraintes institutionnelles. La majorité parlementaire de Pastef lui donne les clés pour faire passer des réformes, et les ressources financières sont là. Le vrai problème, c’est l’absence de volonté politique, le manque de courage, et une incapacité à assumer les responsabilités du pouvoir.

Avec une telle majorité, Pastef pourrait faire adopter des lois ambitieuses sur des sujets aussi cruciaux que la gouvernance économique, la lutte contre la corruption, ou la réforme de l’éducation. Pourtant, le groupe semble préférer l’immobilisme, comme s’il craignait de froisser des intérêts ou de s’engager dans des débats complexes. Mais gouverner, c’est aussi savoir trancher, prendre des risques, et assumer ses choix.

Le groupe parlementaire de Pastef évite soigneusement les sujets qui fâchent. Plutôt que de s’attaquer aux réformes structurelles dont le Sénégal a besoin, il semble se contenter de gérer le quotidien, sans ambition, sans vision. Cette attitude est d’autant plus incompréhensible que Pastef s’est construit sur une image de mouvement contestataire, prêt à bousculer l’ordre établi. Aujourd’hui, il donne l’impression de se complaire dans le statu quo, comme s’il avait oublié ses propres promesses.

Le Sénégal est à un tournant de son histoire. Le pays a besoin de réformes profondes pour répondre aux défis économiques, sociaux et environnementaux. En refusant d’agir, Pastef trahit non seulement ses électeurs, mais aussi sa propre raison d’être. Un parti qui se revendique du changement ne peut se permettre de rester immobile. L’inaction a un coût : celui du développement du pays, de la confiance des citoyens, et de la crédibilité de la démocratie sénégalaise.

Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres cas, au Sénégal comme ailleurs, où des majorités parlementaires ont su ou non saisir les opportunités qui leur étaient offertes. Au Rwanda, par exemple, le parti au pouvoir a utilisé sa majorité pour faire passer des réformes ambitieuses en matière de développement économique et de lutte contre la corruption. En Tunisie, à l’inverse, l’incapacité des partis à s’entendre et à légiférer a plongé le pays dans une crise politique durable.

Au Sénégal même, des groupes parlementaires minoritaires ont su, par le passé, déposer des propositions de loi et influencer le débat public. Pastef, avec sa majorité, n’a même pas cette excuse. Son inaction est d’autant plus incompréhensible qu’elle contraste avec l’activisme législatif d’autres formations, y compris dans des contextes bien plus difficiles.

En France, malgré des crises politiques répétées et des majorités fragiles, le Parlement a su adopter un budget 2025 après des mois de débats et de compromis, évitant ainsi un blocage institutionnel. Même dans un contexte de forte polarisation, les élus ont fini par privilégier l’intérêt général et la stabilité du pays. Au Sénégal, Pastef dispose d’une majorité écrasante et de moyens financiers, mais semble incapable de produire le moindre texte législatif.

Face à cette situation, une question s’impose : jusqu’à quand les Sénégalais accepteront-ils de voir leurs représentants gaspiller les ressources publiques et les opportunités de réforme ? L’inaction de Pastef n’est pas seulement une trahison de ses promesses, c’est aussi un mépris pour l’intérêt général.

Les citoyens ont le droit et le devoir d’exiger des comptes. Ils doivent interroger leurs députés, leur demander où passent les dix millions de FCFA mensuels, et pourquoi aucune proposition de loi n’a été déposée. Ils doivent aussi rappeler à Pastef que le pouvoir n’est pas une fin en soi, mais un moyen de servir le pays.

La démocratie ne se résume pas à des élections. Elle se construit aussi par l’action, par la capacité à transformer les promesses en réalisations. Pastef a été élu pour changer les choses. Il est temps qu’il assume cette responsabilité, ou qu’il laisse la place à ceux qui en sont capables.

L’histoire retiendra peut-être que Pastef, malgré une majorité parlementaire écrasante et des moyens financiers importants, aura choisi l’immobilisme. Mais il n’est pas trop tard pour rectifier le tir. Le groupe parlementaire doit se ressaisir, s’entourer des compétences nécessaires, et enfin légiférer dans l’intérêt du Sénégal.

Les électeurs, eux, ne doivent pas oublier. Ils ont le pouvoir de sanctionner ceux qui les trahissent, et de récompenser ceux qui agissent. Car au-delà des discours, c’est par les actes que se juge un parti. Et pour l’instant, le bilan de Pastef à l’Assemblée nationale est celui d’un gâchis un gâchis que le Sénégal ne peut plus se permettre.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Balla Ndour.
Mis en ligne : 11/11/2025

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