« Crise la plus aiguë » : Le FDR, maître de la dramatisation politique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 08/12/2025 08:12:00

« Crise la plus aiguë » : Le FDR, maître de la dramatisation politique

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Le Front pour la défense de la République (FDR) a récemment lancé une alerte sur une « dérive grave et sans précédent » de la gouvernance sénégalaise, qualifiant la situation actuelle de « crise la plus aiguë de son existence ». Selon le mouvement, le bilan du gouvernement est un échec total, l’endettement du pays est critique, et le climat institutionnel, désastreux. Face à cette « catastrophe imminente », le FDR appelle à un « sursaut national » et annonce une « mobilisation soutenue » pour l’avenir du Sénégal.

Si le ton est alarmiste, il convient de s’interroger : cette rhétorique de la victimisation et de la dramatisation n’est-elle pas une stratégie politique usée, visant à masquer un manque criant de propositions concrètes et à semer la panique plutôt qu’à construire des solutions ?

Les chiffres avancés par le FDR sur l’endettement du Sénégal sont réels, mais leur interprétation est biaisée. Il est vrai que la dette publique a fortement augmenté, passant de 74,4 % à près de 119 % du PIB entre 2023 et 2024, selon les audits de la Cour des comptes et les évaluations du FMI. Cependant, cette situation s’explique en grande partie par la découverte d’une dette cachée héritée de l’administration précédente, et non par une gestion actuelle désastreuse. De plus, malgré ce niveau d’endettement, le Sénégal affiche en 2025 une croissance record de 12,1 %, tirée par le boom pétrolier et gazier, même si la croissance hors hydrocarbures reste limitée. Le gouvernement actuel a d’ailleurs engagé un plan de redressement ambitieux, visant à mobiliser 5 667 milliards de FCFA sur la période 2025–2028, majoritairement financé par des ressources nationales pour limiter l’endettement public.

Le FDR utilise la formule de la « crise la plus aiguë » comme un slogan, sans jamais proposer de solutions viables. Or, un tel discours n’est pas sans risque : il peut décourager les investisseurs, aggraver la méfiance des marchés financiers, et fragiliser encore davantage la situation économique. Les exemples ne manquent pas en Afrique : des oppositions qui, par leur rhétorique excessive, ont contribué à détériorer le climat des affaires et à éloigner les partenaires économiques. Au Sénégal, les obligations en dollars ont déjà perdu 9,1 % de leur valeur depuis le début de l’année 2025, en partie à cause de ces alertes répétées.

Le FDR a une fâcheuse tendance à dramatiser la situation sans toujours s’appuyer sur des faits avérés. Par le passé, ses déclarations se sont parfois révélées exagérées ou infondées, comme lors des élections de 2024, où il avait prédit un effondrement économique immédiat sous le nouveau gouvernement. Pourtant, malgré les défis, le Sénégal maintient une croissance positive et un dialogue avec le FMI pour stabiliser ses finances. Le mouvement semble ainsi privilégier la surenchère médiatique à l’analyse rigoureuse, ce qui affaiblit sa crédibilité.

Le FDR se contente de critiquer, mais où sont ses propositions concrètes ? Le gouvernement, lui, a présenté un référentiel clair (« Sénégal 2050 ») et un plan de redressement économique et social détaillé, avec des objectifs précis : réduire le déficit budgétaire, augmenter les recettes fiscales sans alourdir la dette, et investir dans les secteurs clés. À l’inverse, le FDR se limite à des appels vagues à la mobilisation, sans jamais préciser comment il compte résoudre les problèmes qu’il dénonce.

Le FDR joue la carte de la victimisation et de la dramatisation, une stratégie qui, si elle peut mobiliser à court terme, ne répond pas aux attentes des Sénégalais. Plutôt que de brandir la menace d’une « catastrophe imminente », le mouvement ferait mieux de proposer des alternatives crédibles et de participer de manière constructive au débat national. Le Sénégal a besoin de solutions, pas de slogans anxiogènes. Face à une opposition qui semble plus préoccupée par sa propre survie politique que par l’intérêt général, il est urgent de recentrer le débat sur des propositions concrètes et réalistes pour l’avenir du pays.

Le FDR, en recourant systématiquement à la victimisation, ne fait que masquer son propre manque de projet. Il faut que l’opposition sénégalaise passe des mots aux actes, et cesse de jouer les Cassandre pour devenir un acteur responsable de la vie politique nationale.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Jacques Ndour.
Mis en ligne : 08/12/2025

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