Consommateurs, médias, pouvoirs publics : Qui a failli à sa responsabilité ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 14/12/2025 01:12:55

Consommateurs, médias, pouvoirs publics : Qui a failli à sa responsabilité ?

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L’inspection récente d’une boulangerie dakaroise a révélé des conditions d’hygiène effarantes : 227 baguettes de pain étalées sur un drap infesté de vers de farine, des cafards cohabitant avec les aliments, des moisissures microbiennes, des bouteilles d’eau ouvertes servant à la préparation des pains, et une odeur nauséabonde persistante. Pire encore, ces pratiques perduraient depuis plus d’une décennie, avant que les autorités n’interviennent enfin pour fermer l’établissement et placer ses responsables en garde à vue.

Ce cas, aussi choquant soit-il, ne doit pas être réduit à une simple affaire de fraudeurs isolés. Il révèle une défaillance collective : celle des consommateurs, des médias, et des pouvoirs publics. Comment une telle situation a-t-elle pu se maintenir aussi longtemps ? Qui, dans notre société, a failli à sa responsabilité ?

Le Sénégal n’est malheureusement pas un cas isolé en matière d’insalubrité alimentaire. En Afrique de l’Ouest, des scandales similaires éclatent régulièrement. À Ouagadougou, des boulangeries ont récemment été fermées pour des manquements graves aux règles d’hygiène, avec des constats alarmants : matières premières de qualité douteuse, locaux insalubres, et absence totale de respect des normes. En Belgique, plus de 450 établissements ont été fermés en 2024 pour des infractions graves, comme la présence de nuisibles ou une hygiène jugée insuffisante.

Pourtant, malgré ces alertes répétées, le Sénégal peine à mettre en place un système de contrôle efficace. Bien que des dispositifs existent comme le numéro vert 800 00 17 00 pour signaler les cas d’insalubrité, leur efficacité reste très limitée. En 2025, plus de 3 600 infractions ont été relevées dans les boulangeries en seulement quatre mois, preuve que les manquements sont loin d’être exceptionnels. Alors, pourquoi ces problèmes persistent-ils ? Pourquoi les contrôles ne sont-ils pas plus rigoureux, et pourquoi les signalements ne débouchent-ils pas sur des actions rapides ?

Les clients de cette boulangerie savaient-ils vraiment dans quelles conditions le pain était produit ? Certains ont peut-être fermé les yeux par habitude, d’autres par manque de choix. Dans un contexte où l’accès à une alimentation saine et abordable n’est pas toujours garanti, la résignation l’emporte souvent sur la vigilance. Pourtant, dans un pays où les réseaux sociaux et les médias locaux sont actifs, on peut s’interroger : pourquoi si peu d’alertes ont-elles été lancées avant que la situation n’atteigne un niveau aussi critique ?

Les journalistes sénégalais sont reconnus pour leur engagement. Pourtant, force est de constater que les enquêtes approfondies sur les conditions d’hygiène dans les boulangeries ou les restaurants restent trop rares. En Algérie, une simple vidéo postée sur Facebook a suffi à déclencher une réaction des autorités contre une boulangerie insalubre. Au Sénégal, il a fallu dix ans pour que des mesures soient prises. Les médias ont-ils les moyens d’enquêter ? Manquent-ils de ressources, ou préfèrent-ils se concentrer sur d’autres sujets ? Une chose est sûre : leur rôle est crucial pour alerter l’opinion et forcer les autorités à agir.

Le ministère de l’Agriculture et les services de contrôle sanitaire promettent régulièrement des inspections renforcées. Pourtant, dans les faits, les résultats peinent à suivre. En France, par exemple, 100 000 inspections supplémentaires ont été menées en 2024 dans les établissements alimentaires, avec une transparence totale sur les notes attribuées à chaque commerce. Au Sénégal, les rapports d’inspection, s’ils existent, restent peu accessibles au public. Le numéro vert 800 00 17 00, censé permettre aux citoyens de signaler les cas d’insalubrité, semble peu efficace : combien d’appels ont été ignorés avant que cette boulangerie ne soit enfin fermée ?

Les conditions décrites dans cette boulangerie (moisissures, cafards, eau non potable) ne sont pas de simples détails. Elles représentent un danger réel pour la santé des consommateurs, avec des risques d’intoxications, d’infections, ou de maladies chroniques.

Dans des pays comme la Belgique ou la France, les résultats des inspections sanitaires sont publics et consultables en ligne. Au Sénégal, cette transparence fait défaut, ce qui empêche les citoyens de faire des choix éclairés.

Une responsabilité partagée : Si les fraudeurs doivent répondre de leurs actes, la société dans son ensemble a failli. Les consommateurs, en achetant sans poser de questions ; les médias, en n’enquêtant pas assez ; les autorités, en ne contrôlant pas suffisamment.

Ce scandale doit servir de déclic. Il ne suffit pas de fermer une boulangerie après dix ans de dysfonctionnements : il faut repenser tout le système. Cela passe par :

Des contrôles sanitaires plus fréquents et transparents, avec des résultats accessibles à tous. Un rôle accru des médias dans l’investigation et la sensibilisation du public. Une mobilisation des consommateurs, pour exiger des conditions d’hygiène irréprochables et signaler les manquements.

La sécurité alimentaire n’est pas seulement l’affaire des autorités ou des professionnels du secteur. C’est une responsabilité collective. Le pain est un aliment de base, un symbole de vie quotidienne. Il ne devrait jamais devenir un risque. À nous tous citoyens, journalistes, pouvoirs publics de veiller à ce que de tels scandales ne se reproduisent plus.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousmane Sané.
Mis en ligne : 14/12/2025

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