Réforme de l'État au Sénégal : Un chantier à double tranchant - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 15/01/2026 03:01:30

Réforme de l'État au Sénégal : Un chantier à double tranchant

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La réforme de l’État est un sujet crucial pour l’administration publique, particulièrement au Sénégal, où les enjeux de modernisation et d’efficacité sont pressants. Pathé Ndiaye, fort de son expérience de plus de trente ans au sein de l’État, propose des recommandations visant à alléger le poids administratif. Toutefois, ces suggestions soulèvent des questions quant à leur réalisme et leur adéquation face aux défis sociaux actuels.

La fonction publique sénégalaise a connu une expansion significative, passant de 65 000 agents en 2000 à plus de 300 000 en 2025, y compris le secteur parapublic. Cette croissance soulève des préoccupations sur la gestion des ressources humaines et l’efficacité des services publics. Un audit stratégique et organisationnel, comme proposé par Ndiaye, pourrait permettre d’identifier les doublons et de rationaliser les effectifs. Cependant, la question de la capacité du secteur privé à assumer certaines missions de l’État reste ouverte.

Ndiaye préconise une réduction de la taille de l’État, en suggérant un transfert de certaines missions au secteur privé. Bien que cette approche puisse sembler attrayante pour alléger les coûts, elle ne prend pas en compte les réalités économiques et sociales des populations. En effet, le secteur privé au Sénégal est souvent perçu comme moins accessible pour les citoyens, notamment dans des domaines essentiels tels que l’éducation et la santé. La privatisation de ces services pourrait exacerber les inégalités, en laissant sur le côté les plus vulnérables.

Un autre axe de sa proposition concerne la relance du Bureau Organisation et Méthodes (BOM), qu’il considère comme essentiel pour la réforme administrative. Bien qu’une modernisation des outils d’analyse managériale et une formation continue des cadres soient des objectifs louables, la mise en œuvre de ces mesures nécessite des ressources financières et humaines importantes, qui ne sont pas toujours disponibles. L’expérience montre que des réformes similaires dans d’autres pays ont souvent échoué lorsque les conditions de travail et le moral des employés n’ont pas été pris en compte.

Les recommandations de Ndiaye soulèvent plusieurs préoccupations. Premièrement, la réduction des effectifs pourrait entraîner une perte d’expertise au sein de l’administration, ce qui pourrait nuire à la qualité des services publics. Par exemple, dans des pays ayant entrepris des réformes similaires, comme en Grèce, la réduction des effectifs a souvent conduit à une surcharge de travail pour les agents restants, augmentant ainsi le stress et diminuant l’efficacité.

Deuxièmement, la dépendance accrue au secteur privé pourrait compromettre l’accessibilité des services. Dans des contextes où le secteur privé est privilégié, comme aux États-Unis, des études ont montré que les populations à faible revenu ont souvent du mal à accéder à des services essentiels, ce qui peut créer des disparités importantes.

Les recommandations de Pathé Ndiaye semblent déconnectées des réalités sociales actuelles. Alors que l’État fait face à des défis économiques croissants, la proposition de transférer des missions au secteur privé ne tient pas compte des risques d’exclusion sociale. De plus, la nécessité d’un audit organisationnel pourrait être perçue comme une solution rapide, alors que des réformes structurelles plus profondes sont nécessaires pour répondre aux besoins des citoyens. La complexité des enjeux sociaux, tels que le chômage et la précarité, nécessite une approche plus nuancée que la simple réduction des effectifs.

Des données récentes montrent que les pays ayant investi dans le renforcement des capacités de leur administration publique ont souvent observé des améliorations significatives en matière de service public. Par exemple, le Rwanda a mis en place des programmes de formation continue pour ses fonctionnaires, ce qui a conduit à une augmentation de la satisfaction des citoyens concernant les services fournis. Ces exemples illustrent l’importance d’une approche holistique qui intègre à la fois la réduction des coûts et l’amélioration de la qualité des services.

Les recommandations de Pathé Ndiaye pour réformer l’État soulèvent des questions importantes sur leur faisabilité et leur impact social. Bien que l’audit et la modernisation du BOM soient des objectifs valables, ils doivent être mis en œuvre avec prudence, en tenant compte des réalités économiques et sociales. Une réforme efficace de l’administration publique nécessite une vision à long terme qui privilégie l’accessibilité et l’égalité des chances pour tous les citoyens.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Théodore Badji.
Mis en ligne : 15/01/2026

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