Arrêtons la chasse à Aminata Touré : La politique dépasse les portraits - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 17/01/2026 12:01:00

Arrêtons la chasse à Aminata Touré : La politique dépasse les portraits

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La focalisation quasi obsessionnelle sur Aminata Touré pour expliquer les impasses politiques récentes révèle moins une analyse rigoureuse qu’une chasse à la femme politique commode. Cette manière de personnaliser les difficultés de la coalition sert une stratégie redoutable : stigmatiser une dirigeante féminine pour masquer des failles institutionnelles profondes. Le propos ici prend clairement position contre cette simplification misérable et exige qu’on nomme les véritables problèmes plutôt que d’ériger un bouc émissaire.

Le débat public tourne depuis plusieurs semaines autour des choix d’alliance du chef de l’État et du rôle d’Aminata Touré au sein de l’appareil présidentiel élargi. Certains commentateurs insistent sur sa supposée fermeture aux rapprochements avec l’APR et le PDS, affirmant que « elle ne peut ni contacter l’APR ni le PDS ». La scène politique s’en trouve digérée en portraits et en rumeurs, pendant que la question centrale — la faiblesse des dispositifs institutionnels et la stratégie électorale — reste en éternel second plan.

La mise en lumière exclusive d’une personnalité féminine pour expliquer l’échec d’une stratégie politique révèle un biais ancien : celui de réduire la complexité à une figure identifiable. Le raisonnement est séduisant parce qu’il est simple, mais il est faux. Les tensions entre parti et président, la construction tardive d’une coalition, la centralisation des candidatures législatives sont des mécanismes structurels qui dépassent largement le caractère ou la réputation d’une dirigeante. Plutôt que d’examiner l’érosion des institutions, les rotations de pouvoir et l’absence de pacte politique clair, l’opinion publique se contente d’un récit humain, souvent agressif, qui stigmatise.

L’obsession pour la personne empêche de tirer des enseignements opérationnels. Premièrement, la décision d’aller aux législatives avec une seule liste a des causes organisationnelles et juridiques, pas seulement des motifs de personnalité. Deuxièmement, la perception que « le parti demeure le centre du pouvoir » ralentit toute tentative de reforme institutionnelle ; c’est une question de modèles de gouvernance plus que de tempérament. Troisièmement, la réduction du débat à des querelles de personnes favorise la polarisation et fragilise la place des femmes en politique, rappelant des écueils déjà vus lors de précédents renversements.

La focalisation sur Aminata Touré illustre une tendance tenace : la personnalisation au détriment de l’analyse systémique. Cette stratégie médiane fragilise la démocratie parce qu’elle évite l’examen des règles du jeu politique et de la responsabilité collective. En mettant la loupe sur une femme, on répète deux comparaisons parlantes : c’est comme regarder un phare pour expliquer un naufrage ; c’est comme blâmer le capitaine d’un bateau quand la cale était trouée depuis longtemps. Le phénomène rappelle d’autres épisodes où la mise en cause personnelle a servi d’écran de fumée pour des problèmes institutionnels plus graves.

Les faits confirment la nécessité d’une lecture structurale. La configuration des listes électorales, les capacités de négociation entre partis historiques et nouveaux mouvements, et le calendrier électoral ont pesé sur les marges de manœuvre. Des exemples régionaux montrent que la réussite d’une coalition passe par des accords formels bien en amont des scrutins et par des compromis sur des postes clés, pas par l’exclusion d’une figure féminine jugée peu conciliante. Les chiffres de participation et de représentation parlementaire soulignent par ailleurs que la concentration médiatique autour d’un nom ne change pas les équilibres institutionnels.

La politique mérite mieux que la diabolisation d’un visage féminin. En s’acharnant sur Aminata Touré, une partie du débat évite de regarder les causes réelles de l’affaiblissement de la majorité et du déclin des marges institutionnelles. La vraie question reste celle des choix structurels et des pratiques de coalition, et non la réduction des responsabilités à une seule personne. Si l’objectif est de réparer et d’avancer, il faudra cesser la chasse personnelle et passer enfin à l’analyse des mécanismes qui gouvernent le pouvoir.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Omar Diop.
Mis en ligne : 17/01/202
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